Lettre à la jeune fille qui a perdu sa ballerine

ballerine

Mademoiselle,
Ou Madame, excusez moi je ne vous connais pas,

Je sais juste de vous que hier soir, vous avez perdu votre ballerine en manifestant devant l’assemblée nationale, contre le vote final de la loi pour le mariage pour tous, vraisemblablement au cours de l’intervention des forces de l’ordre.

Tout d’abord, j’espère que vous n’avez pas été blessée, car rien ne justifie la violence, jamais.
Ensuite, et surtout j’aimerais vous dire, qu’au delà de la violence, je crois que la cause que vous defendez ne vaut pas non plus de perdre une ballerine.
Qu’elle soit Repetto ou Gemo à 12 euros.

Je ne vous connais pas, je ne vous juge pas.
Je ne sais pas si vous etes blonde, brune, celibataire, fiancée, mariée, maman, je ne vous connais pas plus que vous ne me connaissez moi.
Et pourtant, je vous fais peur.

Peur au point de manifester depuis des mois, contre le fait que je puisse me marier civilement avec la personne que j’aime, que j’ai rencontré à 20ans, avec qui j’ai traversé le monde et avec qui, au gré, de nos voyages, nous avons fondé une famille, de deux petits garcons, que j’aurais le loisir d’adopter maintenant.

Le loisir d’adopter mes enfants.. trouvez vous vraiment que ça vaille le coup de se battre, de braver le froid de decembre, la nuit d’avril, les forces de l’ordre et de perdre une ballerine?

Je ne vous connais pas, je ne vous juge pas. Ma religion et mes convictions ne reconnaissent peut etre pas votre mode de vie, les principes d’education que vous donnez ou donnerez à vos enfants, et pourtant.. Pourtant je ne juge pas votre vie, je ne décide pas de votre droit à vous marier ou non.

Alors vous allez me repondre que ce n’est pas « contre » moi que vous manifestez, ce n’est pas « contre » mes enfants, mais « pour » les proteger, « proteger les plus faibles ».. mais les proteger de quoi?
Ne me dites pas que vous donnez une seconde de credit à certains propos surrealistes qu’on entend jusque dans les couloirs de l’assemblée nationale.. vous croyez vraiment que je vais « assassiner » mes enfants?
Que leur donner un foyer stable, un couple de parent qui choisit de s’engager l’un envers l’autre, enfin en l’occurence l’une envers l’autre, une famille unie autour d’eux, grands parents, tontons, tata, tatouille, cest les mettre en danger?

Vous croyez au fond de vous, et je le respecte, que chaque enfant a besoin d’un pere et d’une mere. Je ne me bats pas contre ce modèle. Mais je pense que vous croyez cela sans savoir, sans connaitre dautres références qui fonctionnent tout aussi bien, comme on croyait avant que la terre était plate jusqu’à preuve du contraire.

J’accepte d’etre ce contraire là.
J’accepte meme les mots qui blessent par ignorance… meme si ça pique un peu.
J’accepte les prejugés parceque c’est un fait, nous sommes une minorité, nos familles sont méconnues mais je vous invite à les rencontrer vraiment, dans leur vraie vie de parents et pas dans les spectres qu’on agite.

Mais je n’accepterais jamais la violence, ni la betise, ni le fait qu’on puisse combattre sans savoir, au nom d’un soit disant ideal qui n’est pas exhaustif.

Mes parents, ma maman et mon papa, m’ont appris à ne pas juger sans connaitre.

Vous savez, moi, si je devais perdre une ballerine, ce serait pour combattre le fait que des enfants puissent grandir avec des parents qui ne leur apprendraient pas cela.

Cordialement,

Linem

Publicités