Mon mariage. Pour tous.

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Il y a des choses qu’on ne partage pas, qu’on ne dit pas, qu’on écrit pas.
Et d’autres qu’on essaie, un peu, d’exprimer, de partager…
Pour Tous qu’ils ont dit.

Ce sont ses yeux encore, qui m’ont redécidé d’écrire. Ses yeux maquillés, un peu, à peine, comme je l’aime, comme quand elle se réveille le matin à mes côtés. Ses yeux qui m’ont regardés en souriant, d’un sourire qu’on ne partage pas, qu’on ne dit pas, qu’on n’écrit pas…
Mais qui disait un truc du genre « Tu es magnifique.. allez, on y va… »

Mon mariage, pour tous…
C’est mon fils qui dit « Tu es vraiment très belle maman… » quand ma future-femme arrive.. Il avait pourtant été très clair quand je lui avais demandé ce matin « Tu penses qu’elles seront belles les mamans?
– Euh.. humm peut être que oui, peut etre que non ».
Logique et vérité implacable d’un petit garçon de 3 ans.

Juste avant j’étais sortie de chez le coiffeur, avec la confiance d’une star américaine mais encore habillée dans un vieux hoodie américain justement, pour pouvoir le retirer sans abimer ma coiffure, et ma mère, que j’adore, avec notre communication mère fille légendaire m’a dit « ça jure un peu ta coiffure avec ton vieux sweat… »
Merci maman.

Ensuite mon fils m’avait vu descendre les escaliers dans une robe qui tuesamère.. C’est une expression, personne n’a touché à ma mère. Mais j’ai tout de même vu dans son regard qu’elle trouvait que ça jurait moins qu’avec le vieux sweat.
Et mon fils a crié « Mais maman attention ta belle robe elle traîne par terre !! » Et il s’était mis à porter la traîne. Trop mignon. Puis à se cacher dessous. Puis à se battre avec son frère dessous. Moins mignon. J’ai compris à ce moment là pourquoi les gens se mariaient AVANT d’avoir des enfants.

Oui mais voilà, nous « avant », on avait pas le droit. Alors on avait pris le gauche. (Ma future-déjà-femme n’a jamais compris cette blague). Un mariage grandiose, symbolique, parfait, dans un coin de paradis des Etats Unis. Puis les enfants. Un grand, un petit.
Mais là, ayé, this it it, on nous avait « donné » ce droit. Mariage pour tous qu’ils disaient.

Alors on a pas hésité. On a organisé une petite fête, simple, un grand baptême, un mariage des foins. Pour tous. En 3 mois. La famille, les amis, les collègues, tous. Même tonton Jeannot qu’on voit jamais et Tata Marie Jeanne qui n’a plus toute sa tête. Pour tous. Même le maire du village, un peu droitiste, complètement contre la loi, ouais, même lui. Pour tous qu’ils ont dit.

Et ils sont tous venus…

J’ai compris alors combien cela comptait pour moi, encore plus que ce que je ne voulais bien le dire.
Combien ces 100 personnes pouvaient effacer des centaines de milliers d’autres. J’ai pas voulu trop en parler.. De ces mois de galère, de ces insultes, de ces pleurs. Mon père, maire adjoint du village, qui nous a marié, bah oui, le maire, l’inviter oui, l’avoir sur nos photos officielles, non merci.. Et puis mon papa quoi…
Mon père a dit, entre 100 autres belles choses, qu’ils n’avaient surement pas su combien cela avait été dur pour nous.. c’est surement vrai.. mais c’est déjà presque oublié…

Parcequ’ils étaient tous là, la famille, les amis, les collègues, tata marie jeanne et même jean jacques qui parle fort et qui ruine le tableau que ma témoin a fait pour moi parcequ’il a trop bu Jean Jacques…
Mais oui il fallait « re »faire ce mariage, « re »faire cette petite fête simple.. Il fallait s’entourer de nos proches, de nos forces, pour oublier, pour célébrer.
Oui ça vallait le coup, re-organiser un mariage, en 3 mois, dire 100 fois « puisque c’est comme ça on annule tout » parceque je suis très mélodramatique comme fille.. il fallait repasser par toutes ces petites anecdotes savoureuses qui font les souvenirs d’un grand moment, recevoir un camion de fleurs coupées en vrac une semaine avant à maintenir en vie et monter en bouquets, appeler tonton jeannot pour éteindre l’incident diplomatique parceque son faire part s’était perdu en route et que meme si de toutes façons il ne viendrait pas quoiqu’il arrive, il fallait le rappeler quand même, se taper un régime drastique pour rentrer de nouveau dans cette fichue fucking robe de m***** parceque javais decidé de l’amortir en la remettant en oubliant que 4 ans et une grossesse était passé par la..

Et puis retrouver ses yeux…
Ses yeux pour trouver le courage de se lancer dans l’arène, une arène bienveillante certes mais une arene quand meme.. oublier ses cernes, ses doutes, ses complexes de fillasse insecure qui a finalement réussi à rentrer dans sa robe et se lancer, main dans la main.. En tirant les lardons tout bien habillés qui se demandent un peu ce que font tous ces gens là, tous à nous regarder…

Notre mariage, pour tous…
Le discours de mon père, la sortie de mairie sous une pluie de shokobons, le champagne rosé et le buffet génial que cette fois on aura pas zappé, merci l’expérience du premier mariage.. Les enfants qui courent dans la salle, qui éclatent des ballons, les chansons des copines, de la famille et de Jean Jacques qui s’est incrusté au fond.. Un flash mob qui m’a fait chouinée parceque oh eh quand même fallait rentabiliser le waterproof.. euh c’était bien du waterproof Vivi hein? Merde.

Le sursaut de ma belle soeur végétarienne qui se retourne et se retrouve nez à groin avec le cochon-gratin de mes rêves qui défile dans la salle, le tournoi de foot des mariées, que j’ai gagné bien sur.. et le soleil…

Le soleil, comme signe du destin, que peu importe nos choix ambitieux de cérémonie extérieure, mi avril à 3400m, fin septembre à 800m, notre ange gardien nous surveille et nous couve du regard. A défaut d’avoir été présent pendant ces long mois de débats/combats, il aura braqué par deux fois, le soleil sur nos sourires.. Il aura participer à faire de nous la famille dont on rêvait, celle qu’on admire et qu’on photographie sous une lumière extraordinaire, celle qu’on immortalise pour un jour ou pour toujours sur un coin du buffet du salon… celle contre qui d’autres ont tant lutté, mais pourquoi?…

Je sors de cette journée, mariée, enfin, et remplie de la certitude absolue qu’on ne peut pas lutter contre ça. On peut méconnaître, avoir peur, s’enfermer dans des fausses idées et théories fumeuses mais on ne peut pas ne pas voir..
Regardez nous, regardez tous, dites moi.. dites moi sincèrement, vraiment.
Il est impossible ne pas voir dans cette photo, une famille simple et heureuse.
Tousimplement.

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