De l’importance de ralentir…

Mon bébé a trois ans et va rentrer à l’école. Trois ans qui ont fait de moi une maman. Trois ans de sourires, de premiers pas hésitants d’abord puis assurés ensuite, de guili-guili et de gros câlins.

Trois ans à ressembler à Zezette avec ma poussette, mon repas du midi, le sac à langer, le sac à ordi, mon sac à main à courir entre la maison, la nounou, le boulot, retour nounou, retour maison, bain, manger, « mince elle a encore régurgité, passe-moi la serviette mais là grouille-toi », « et merde j’étais déjà en retard », « Ah enfin du temps pour moi, il n’est que 22h ».
Trois ans à essayer de caser dans 24h du temps pour être maman, épouse, working girl et parfois, souvent en dernier, un peu soi-même. Et à se sentir coupable quand je privilégiais certains aspects de ces rôles ce qui conduisait immanquablement à ponctionner du temps sur les autres.

Jusqu’à récemment je m’acharnais à penser que j’allais parvenir à ce don d’ubiquité.

Mais j’ai une petite fille de trois ans qui va rentrer à l’école. Une petite fille qui aime courir cul nu dans le couloir en riant quand on essaie de l’habiller, qui adore sauter dans les flaques, qui s’arrête pour observer chaque papillon, sentir chaque fleur. Surtout quand on est retard. C’est à dire tous les jours. Une petite fille à qui j’ai souvent demandé de se dépêcher pour mettre ses chaussures, que j’ai maintes fois attrapé par la manche pour l’extirper à sa contemplation de la dixième fleur qu’elle rencontrait en chemin, à laquelle je répondais un oui, oui d’impatience parce que t’as vu il est beau le ciel? et le chat?!
Presque trois ans à regarder mon compteur et l’heure dans les bouchons à penser qu’à 7h22 il faudrait que je passe devant la station service pour être certaine d’arriver à l’heure au boulot, et « maman je veux ldksldjsk? ». Quoi chérie? le ***sjdhjs! Maman le kldkl! lkjdsks mamaaan!!!! Enlève ta sucette ma chérie je ne comprends rien, je suis désolée chérie je ne peux pas me retourner je conduis. « le lkjqskq! sjkjsqklq! lkjsqkj, ouuuuuin ».

Et puis parfois il se produit dans une vie des évènements difficiles qui vous obligent à faire une pause et à regarder ce qui vous entoure et à vous demander ce qui est important.

Ma fille a trois ans et elle va rentrer à l’école.
Elle va encore grandir.
Elle voudra mettre ses céréales dans son bol toute seule.
Elle ne réclamera plus mes bras quand elle sera fatiguée.
Elle ne s’arrêtera plus en chemin pour me faire plonger le nez dans les fleurs-mmmh-sens-maman.

Et je trouverai ça bien. Je n’aurais plus cette impression qu’il me faudrait quatre bras et le double de mon temps.

Et plus tard elle en aura assez des bisous dans le cou devant l’école.
Elle aura le nez plongé sur son téléphone portable
Un jour elle me demandera peut être même de la déposer loin devant le portail parce que c’est trop la honte.

Et j’essaierai de ravaler mes larmes et de penser que c’est une bonne chose. Il y aura toujours des embouteillages, des matins difficiles, un dernier email à envoyer, une vaisselle à ranger. Mais elle n’aura plus trois ans. Un jour les fleurs seront redevenues inexistantes, les flaques d’eau ne seront plus des océans à franchir à la recherche d’un trésor, on ne comptera plus les camions rouges et les camions bleus.Et ce sont ces moments qui apparaîtront comme le sel de la vie.

Je respire ces fleurs en chemin en regardant ses yeux qui s’éclairent, je saute à pied joints sur les pavés. Et j’arrive en retard. Moins qu’avant. Peut être parce qu’à force de ne plus lutter contre le temps, il s’est lassé de s’acharner contre moi. Ou peut être l’inverse.

Ce qui compte c’est qu’aujourd’hui elle a trois ans et elle va rentrer à l’école.

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