Allez leur dire à eux…

Au départ je n’ai cru qu’à une insistance de grand-mère angoissée, comme toutes les grand-mères.
– » Tu nous présenteras à l’école pour qu’ils sachent qui on est. »

Oui bien sur, s’ils le souhaitaient, je trouvais la démarche plutôt mignonne, déjà qu’ils voulaient faire la rentrée avec nous…

Elle insiste, c’est important tu vois car si on vient la chercher un mardi tous les quinze jours et qu’on ne veut pas nous la donner, les surveillantes sont chargées de ne pas laisser les enfants partir avec n’importe qui et si Loulette les voit et ne peut pas partir avec eux ce sera la catastrophe…Bref l’effet boule de neige.
Je lui ai répondu que je ne pensais pas qu’il soit indispensable que les personnes de l’école voient leurs bouilles, qu’il suffisait certainement de prévenir la maîtresse le matin que papy et mamie viendraient récupérer Loulette, qu’au pire ils emmenaient leur carte d’identité…

– Une carte d’identité? me répond-elle. Avec un nom différent du sien? Juridiquement nous ne sommes rien tu sais. Tu es la maman légale et nous n’avons aucun lien avec elle sur papier. S’il se passait quoi que ce soit, elle pourrait disparaître de notre vie.

Je lui garantis que quoi qu’il puisse se produire, on ne lui enlèvera jamais le fait qu’ils soient les grand-parents de Loulette.

– Oui mais tu comprends, s’il t’arrivait quelque chose…
– S’il m’arrivait quelque chose, j’ai déposé mon testament chez un notaire avant la naissance de Loulette. Si je venais à décéder je demande à ce que votre fille ait la garde de Loulette. Dans le cas où nous venions toutes les deux à décéder en même temps, dans un accident de voiture par exemple, je précise que je souhaite que la garde de notre fille vous soit accordée.
– Oh! Vraiment…Pourquoi…Nous?…mais ta famille…vraiment?

Là ma belle-maman s’est carrément mise à pleurer, je l’ai prise dans mes bras.
– En lui donnant naissance, tu nous a fait le plus beau cadeau qu’on pouvait espérer, m’a-t-elle soufflé

Elle était là quand j’ai été prise à cinq mois de grossesse de contractions violentes
Elle était là quand je fus emmenée toutes sirènes hurlantes à l’hôpital et qu’on a demandé si elle était ma maman, oui presque
Elle était là tous les jours, m’apportant des repas cuisinés quand les repas étaient affreux
Elle était là derrière cette porte de salle d’accouchement malgré notre interdiction de voir du monde ce jour là
Elle était là quand on nous a dit « elle pèse 2.4 kg! »
Elle était là chaque jour

Ils sont ses premières comptines, ses premières framboises cueillies dans le potager, son premier vélo, son premier gâteau confectionné avec une toque, ses premières vacances passées sans les mamans, ses premiers repas passés avec les cousins et les cousines.

Que je lise ici et là, parfois sur ce blog, des commentaires du type « vous avez beau essayer de nous en convaincre et de vous leurrer, ça n’existe pas deux mamans », ça ne m’atteint pas.
Mais allez leur dire à eux, qu’ils ne sont pas vraiment grands-parents.

 

Petite note : nous faisons partie d’un de ces tribunaux qui refusent l’adoption pour les couples de même sexe pour cause de fraude à la loi.
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