Bien sûr, c’est plus facile pour moi…

Parce que j’ai quatre enfants et que d’un côté, ma famille ne serait pas reconnue comme telle, discriminée au bas mot, insultée et méprisée pour le haut, et que de l’autre on défend la pluralité des familles et qu’on dit enfin les mots que j’ai attendus de la gauche depuis cinq ans.

Parce que mon grand-père était un résistant, qu’il parlait peu, mais qu’il a raconté, et que c’est resté. Non, je n’ai pas oublié. Qu’il a combattu ces mêmes maux, ces mêmes projets nauséabonds qui mettent les humains dans des cases, avant de les mettre dans des trains.

Parce que j’ai des enfants et que je n’ai pas envie qu’ils grandissent dans un pays où le roman national remplacerait l’histoire de France, où le vel d’hiv ou les chambres à gaz n’auraient pas existé, que je pense qu’il faut connaître son passé pour prédire, un peu, son avenir et que non, cet avenir-là, n’a rien de nouveau, le monde l’a déjà vécu et il n’a rien résolu.
Du tout.

Parce que le jour du premier tour, en sortant du bureau de vote, je marchais avec une amie noire et qu’on a croisé un mec qui nous a regardé et a hurlé « La race blanche ». Et que j’ai eu envie de vomir. Parce que oui, qu’on le veuille ou non, cautionner ça, silencieusement, c’est peut-être ne pas donner le pouvoir, mais c’est laisser de la place. À ça.

Alors oui, bien sûr, c’est plus facile pour moi…

En plus, j’ai la nationalité française, un emploi stable, un prêt sur la tête que j’espère bien rembourser avant la majorité de mes enfants, et assez d’argent à la fin du mois pour quelquefois partir en vacances et m’acheter Causette. Je fais partie de cette classe moyenne, sans trop savoir ce que ça veut dire, si ce n’est qu’on se fait qu’on est toujours plus ou moins riche que quelqu’un et qu’on flirte des fois du bon, des fois du mauvais coté des seuils et des barèmes.

Ce n’est pas pour autant que je me fous des conditions de travail, de l’écologie, des problèmes que crée la mondialisation, la consommation à outrance.

Je crois qu’il faut préserver la planète, que l’entraide commence dès un bonjour dans la rue et qu’avant de hurler au méchant loup de la finance il faut d’abord se regarder soi-même dans une glace.
Combien qui crie à la préférence nationale et qui font l’effort d’acheter leurs légumes un peu + cher chez le fermier local qu’au Carrouf du coin?
Combien qui débecte la fraude aux aides sociales, mais qui sont les premiers à ne pas déclarer leur peintre et leur femme de ménage?
Combien sont contre la mondialisation mais ne peuvent se passer de leur Iphone ou de leur Nespresso?
Combien?

J’aime mon pays.
J’aime ses valeurs.
Liberté, égalité, fraternité, pour rappel.
Je n’aime pas en revanche ce côté français de voir le verre à moitié vide et de toujours vouloir le renverser parce que si ce n’est pas plein, ça ne vaut rien.
Qui, quoi qu’il en soit, décidera au bout de 2 mois que « whoever is in charge » est un con, un problème freudien sans doute, et qui verra comme un challenge le fait de gruger le système (mais attention si c’est un immigré qui le fait, là non, c’est intolérable), doubler dans les queues et dire non de principe à toute évolution.

Je n’aime pas trop non plus, ce coté enfant gâté qui fait qu’on mette sur le même pied la démocratie libérale certes, et le fachisme qui, qu’on le veuille ou non, tue des gens. Si, désolée, c’est vrai. Les divergences politiques ont la place de s’exprimer, dimanche, puis aux législatives, puis dans un futur où les désaccords auraient encore le droit de citer.

Ces derniers temps, la solution marine résoudrait tout.
Exemple véridique : « On a profané la tombe de Romy Schneider. Faut pas s’étonner qu’après ça on vote Marine! »
Le chômage de masse, la météo, les cheveux blancs qui poussent trop tôt, la défaite de Monaco, tout conduit, absolument tout à trouver une bonne raison de voter pour le front national.
WTF France?
Quel rapport?!?
Aucun, peu importe, la vérité et le bon sens se noient ensemble, dans ce même petit verre d’eau sous la colère, certes légitime… mais où on va là?

C’est facile hein cet argumentaire..
Votons Marine pour que la France gagne la prochaine coupe du monde de football, Marine présidente et l’été commencera dès le mois de Février, les giboulées de Mars seront transformées en pluies d’euro, ou de n’importe quelle monnaie qu’elle décidera de créer qui se multipliera quand on insultera un immigré. Et peut-être même qu’à la fin les licornes s’associeront aux marmottes pour mettre le chocolat dans le papier alu.

Parce que j’ai un minimum de réflexion et que je sais faire la différence quand on me raconte des conneries ou des promesses.
Parce que je ne peux léguer à mes enfants un monde pareil.
Parce que fuck.

Alors oui c’est sûr, la décision de dimanche,  est plus facile pour moi.

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