L’idée de toi

Je me suis battue pour cette idée du bonheur, pour l’idée de toi, pour l’idée de notre famille.

De nombreuses années j’ai été confrontée aux les échecs, a l’infertilité, et j’ai dû lutter avec moi-même et des barrières invisibles, lutter pour continuer une vie rythmée par le calendrier de la clinique de fertilité, faire face aux « tu y penses trop, relax y’a pas de raisons ! ». La peur de ne pas y arriver. De devoir traverser cette vie sans pouvoir te tenir, jouer avec toi, voir le monde à travers tes yeux. Certains diront « j’ai frôlé la mort », et du coup jouissent de la vie et de ses cadeaux d’autant plus. Je dis « j’ai frôlé de ne jamais t’avoir », et suis surprise plusieurs fois par jour de ta présence a mes cotes.

Même dans mes rêves les plus fous je n’aurais imaginé un petit garçon aussi doux, aussi joyeux, aussi adorable que toi. La cicatrice de ces années difficiles, à me piquer et tenter de lâcher prise sur ce qui allait arriver -ou ne pas arriver- rend chacun de tes regards surprenants, intenses et précieux.

L’idée de toi.

Être réveillée par tes pleurs la nuit, acheter des couches au supermarché, mettre de côté des habits devenus trop petits, tout est surprenant pour moi. « Surprenant », mais comprenez-moi bien : pas le genre de surprise que l’on ressent lorsque l’on n’est pas préparés ou désireux d’un changement ; mais plutôt comme si je ne me résolvais pas encore tout à fait à mon nouveau statut : celui de maman. Un cadeau si grand que l’on espérait plus et que l’on vient déposer sur le pas de la porte. Un cadeau si beau que l’on ne cesse de le déplacer dans toutes les pièces de la maison pour savoir où il est le mieux mis en valeur. J’aime et entretiens cette surprise car elle me fait ressentir l’amour que j’ai pour toi dans chacune de mes cellules. Comme disent les écrivains romantiques : elle cristallise l’amour.

L’idée de toi.

J’ai suffisamment pleuré sur mon sort ici pendant ces années de galère, et je vous jurais que si jamais happy ending il y avait, alors je m’envolerai de bonheur. Cela fait 9 mois que Louis est dans notre vie et je n’ai toujours pas atterri. Je ne savais pas comment le dire ici sans paraitre incroyablement cucul la praline, mais au risque de l’être tout de même un peu : je vole, je me vautre dans ce bonheur finalement offert, je renifle ces petits orteils qui commencent à sentir la saucisse sèche, je m’émerveille de la longueur de ses cils, je lui chante Nougaro et Brassens pour l’endormir (comme dans mes rêves les plus fous).

Il est souvent plus facile de poser des mots sur nos maux, de détailler nos douleurs, de dérouler la liste de nos peines que de développer notre bonheur, de décrire ces détails si insignifiants mais si lumineux. De la pudeur ? Peut-être, dans mon cas. Car comme ces adultes sereins et bien dans leurs pompes qui portent toujours quelque part la cicatrice d’une adolescence chahuteuse et complexante, je suis une maman avec un magnifique petit garçon dans les bras qui porte la cicatrice invisible de l’infertilité, et je pense nécessairement à ne pas blesser ceux de mon entourage qui rament encore. Je ne peux que leur dire « le jeu en vaut la chandelle, les amis, courage ».

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