Adaptation

La vie est un mouvement perpétuel.
Incertain, imprévu, effrayant.

Le monde change, toujours. Des gens nous quittent, d’autres arrivent. J’ai perdu une amazing woman qui m’était très chère et d’un autre coté, je sautille d’impatience en pensant à ce petit bout qui s’est fait tant attendre. Pas le mien hein, j’ai déjà repeuplé la principauté d’Andorre moi, c’est bon.

Vous connaissez ces petits bouliers avec les billes qui s’entrechoquent? Qui font éclater celle de droite, puis celle de gauche.
Voilà, c’est ça. C’est un peu ça ma vie, un truc pas toujours smooth, qui ne s’arrête jamais, mais c’est beau.
Enfin je trouve.

Il faut apprendre à faire avec son temps, son époque, son corps qui change, ce sommeil qui s’enfuit et son manque qui s’encaisse moins facilement que quand on enchaînait les malibu cocos dans les bars de St Jean d’aulps. Le nouveau rythme qu’il faut trouver aussi, la vitesse de croisière sur lequel régler son Cruise Life Control (toujours eu un mal fou avec ce truc). Moi qui ai toujours eu un espace temps qui m’était propre, où vingt quatre heure semblait une éternité, je me surprends à apprécier que ma vision à long terme soit devenue celle de la semaine prochaine.

Il y a déjà bien sûr l’adaptation familiale qui s’impose après le doublement de votre nombre d’enfants.
Je ne fais plus assez de pâtes, je mets plus de pâtes, je fais trop de pâtes. Bref, je suis comme tout le monde en version famille nombreuse. J’achète deux pack de yaourts pour la semaine et je m’étonne que le frigo soit vide le soir même. Et encore, mon aîné n’a pas encore 7 ans. Je découvre qu’on fait des escalopes de poulet par pack de douze dans l’hyper avec lequel je trompe mon petit Biocoop quand j’ai des scrupules à devoir choisir entre nourrir toute ma tribu ou les laisser grandir semi orphelin parce que j’aurais vendu mes deux reins.

En plus de négocier comme un imminent diplomate de l’ONU, je développe des talents cachés de berger, vive mes racines montagnardes, pour guider mon petit troupeau d’enfants. Deux qui découvrent la marche et ce magnifique pouvoir de « je vais où je veux tu peux toujours me courir après », ça vous forge des mollets d’enfer. Je m’apprête à gérer deux terrible twos en puissance, je fais un stock de sommeil, de patience en conséquence et je lis « Comment gérer deux étoiles de mer hurlante par terre au milieu du marché pour les nuls ».

Je redeviens une spécialiste des cris d’animaux, des histoires à trois voix, du grand méchant loup à la princesse en passant par Batman et Poison Ivy, Maria Carey et ses deux octaves peuvent aller se rhabiller, et à mes heures perdues je taquine en encastrement, en tours de Kapla ou en triage des deux cents cartes de foot Adrenalyn Panini. Dans le même temps, je paufine mes tactiques de Blokus, mes coups francs pleine lucarne maman, pleine lucarne, interrompus parfois de bisous magiques, de berceuse de Zazie et de pansement coccinelle.

Je connais le générique de Caillou par coeur (il est particulièrement irritant d’ailleurs non? Ou c’est moi?) et je peux imiter les lapins crétins dans mon sommeil mais j’ai du apprendre qu’au ciné de nos jours (j’y étais allée au siècle dernier), il fallait des lunettes de soleil et une carte d’embarquement pour trouver sa place comme dans l’avion, les fauteuils confortables en plus. Mais que le goût du pop corn salé avait survécu ainsi que le sourire frippon après l’achat d’un énorme sac de bonbons (un troisième rein au passage).

Je cherche des nouveaux modèles de couple et de vie, depuis que Johnny a largué Vaness (le con) et qu’Angie a quitté Brad. J’ai toujours cette photo en tête (que je cherche d’ailleurs, à bon entendeur), summum de sexy, funky coolitude, où il suivait ses grands, Shiloh bébé dans les bras, un bib qui dépasse de la poche arrière du jean. Mon but secret dans la vie est de ressembler à Brad Pitt. Jeune. Et sans addiction problem.

De temps en temps, quand un ange passe et que les nuages laissent filtrer un bout de lumière, je traîne sur fb comme toute personne normale du 21e sicèle, je prends des nouvelles du monde, j’essaie de ne pas pleurer. J’ai commencé à lire le figaro, en espérant comprendre un peu plus cette société droitière dans lequel on vit, mais j’ai décidé de jeter mes New Balance et d’arrêter d’utiliser Uber,  ce que je n’ai jamais commencé à faire, je reste une femme engagée. Le reste de ce (faible) temps de cerveau disponible, je l’utilise au mieux en faisant des tests pour savoir quel tatouage je devrais me faire, à coté de qui je passerais ma vie l’an prochain ou à quoi ressembleront mes enfants. Huge lol.

Il y a des choses qui ne changent pas 🙂
J’aime toujours ma femme éperdument, après quinze ans, deux mariages, quatre enfants. Je lui fais toujours les mêmes blagues pourries et elle sourit, je lui envoie des sexto au milieu de ses réunions importantes, lui demande toujours de me faire un fondant au chocolat à 21h12 quand les enfants sont couchés, qu’elle a rangé la cuisine et qu’elle vient enfin de se poser à coté de moi qui glande dans le lit. Et elle se relève toujours pour le faire.
J’ai toujours des amis en or. Je les aime au moins aussi fort que je suis une pote énervante, qui ronchonne trop et qui communique comme un ours hyperactif insecure qui oublie souvent leurs anniversaires. Mais qui se rattrape.

Je crois que ce qui change vraiment, c’est la forme de la trajectoire de vie qu’on pense avoir.

Je me rends compte que plutôt qu’une course en avant on tourne d’avantage autour de certains points : ses amours, ses amis, ses emmerdes.
Sans être fataliste, il y a tout de même un certain pouvoir pour faire changer les courbes des orbites, alors je largue des amarres, je simplifie, du moins j’essaie, et je renforce les centres autour duquel j’aime et j’ai besoin de tourner.
Someday you find someone you will turn your world around, qu’il disait.

Enfin voilà quoi…

Life is motion.

Mais à la fin, on en revient toujours au même…
Une fois qu’on est sur le plongeoir, on peut avoir peur, des regrets, la chair de poule, des pensées qui se téléscopent à cent mille à l’heure et le ventre qui se retourne, et qu’est ce qu’on fait là, et pourquoi, et comment… la chute sera longue, l’eau sera sûrement froide.

Et à la fin on saute.

 

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