Cher François,

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Cher François,

Vous permettez que je vous appelle comme ça?
En fait, la démocratie en France depuis 35 ans, c’est simple, on regarde si y a un François dans le lot et il devient président (3/6 sur les précédents quand même, beau score), bref, je m’égare.

Il semblerait que vous allez être notre futur président de la république, si tant est que les médias et les sondages ne nous disent pas n’importe quoi (vous sentez l’ironie? mais allons bon soyons naif, gageons de leur bonne foi de temps en temps) vous m’excuserez de ne pas m’en réjouir.

Difficile en effet de sauter de joie quand je regarde toutes les belles promesses que vous avez pour mon pays et moi.
Déjà, notre histoire a mal démarré parce que à une année près, je naissais dans un pays où sans rien faire j’étais passible du délit d’homosexualité. Un « fléau social »au même titre que la drogue et que l’alcoolisme. Corruption de la jeunesse, acte contre nature et j’en passe, et paf moi j’arrive là dessus. Que nenni, on propose, belle évolution de la société, que tout ceci n’est que pure ineptie et qu’on dépénalise le fait d’aimer quelqu’un (en fait, on y reviendra, l’homosexualité ce n’est, ni plus, ni moins, que ça) et vous, cher François, non, vous êtes contre ça.

On me dira qu’en 40ans, les moeurs ont le droit de changer, et que comme d’autres politiques (dont beaucoup de gauche j’en conviens), vous avez pu changé d’avis. Non? Et bien disons déjà pour la forme que ça ne fait pas tout à fait 40 ans (je tiens à ce détail) et que, non, en 2016 vous semblez toujours garder dans un coin de votre tête, l’idée que cette forme d’amour n’est peut être pas tout à fait contre nature mais un peu quand même au vue de vos propositions visant à revenir sur la loi Taubira.

Vos convictions religieuses?
Mais cher François, laissez moi vous dire que je partage (c’est peut être bien la seule chose) les mêmes que vous ! J’ai lu le même livre sacré et que, je n’en ai visiblement pas tiré les mêmes conclusions. Non, moi vraiment j’y ai vu de l’introspection sur soi, un truc qui prônait l’amour de son prochain et la tolérance avant tout. Si vous me ressortez les petites lignes des Corinthiens je vous en ressors une tonne d’autres que, j’en suis sûre, vous n’appliquez pas à la lettre aussi respectueux soyez vous.

« La femme n’a point d’autorité sur son corps »… je sens qu’on a des différents potentiels sur la question donc je vais prendre un autre extrait, mais là aussi, beau futur pour notre société.
On pourrait débattre « des viandes sacrifiées aux idoles », c’est une pratique que vous suivez à la lettre?
Est ce que, puisque c’est écrit, on remet la coupure de main au goût du jour pour les voleurs? On reparle lapidation en cas d’adultère? Uniquement pour la femme bien sûr.

Non, bien sûr que non allez vous me dire. C’est là où je voulais en venir… La croyance accepte qu’on évolue sur certains points mais pas d’autres.. c’est bien dommage.
Bien dommage qu’en 2013 vous vous opposiez farouchement à une autre évolution de la société, mesure de gauche certes, ouvrant la possibilité à toute personne de se marier avec celle qu’elle aime (bis, on parle d’amour, ni plus, ni moins). Et pire encore, vous envisagez de revenir sur la loi, déjà bien précaire, qui permettait à des familles homoparentales de sécuriser leurs enfants en les adoptant.

C’est contraire avec votre foi et vos convictions religieuses?
Mais monsieur, nous ne parlons pas de concourir à l’ordination suprême, mais à la présidence d’une république laique. La foi n’a rien à voir avec la politique. Parlons en justement de politique…

Suppression de plus de 500 000 fonctionnaires (500 000 hein, pour info c’est à peu près la population de Lyon intra muros) à une période où l’hopital va mal et qu’on crie partout que l’école n’est pas au mieux non plus…
Passage au 39 heures (en fait pour vous la politique c’est facile, c’est regarder tout ce qui a été fait avant, par la gauche, et tout détricoter, c’est ça?)
Déchéance de la nationalité (on a intérêt à avoir un super bon système de justice qui se plante jamais moi je vous le dis, et je ne parle même pas de ce que ça m’évoque au plus profond de moi)
Quoi d’autres…
Consolider le nucléaire (évidemment, cela marche si bien, une énergie si belle, si propre, sans risques, on aurait tort de s’en priver.. toujours une fan d’ironie), le chômage dégressif, la suppression du principe de précaution…
Je passe sur le burkini, les alliances géopolitiques qui me font saigner du nez, bref, tout ça qui bout à bout m’a fait pleurer, oui je l’avoue.

Alors, oui, forcément moi, fonctionnaire, homosexuelle, mariée d’un mariage que vous ne voulez pas reconnaître (mais ça vous embête parce que le droit ne peut être rétroactif), à qui vous voulez fragiliser le lien avec ses enfants, et accessoirement de gauche, forcément, je ne me réjouis pas.

Je ne me réjouis pas, je pleure et surtout j’irai voter dimanche, parce que derrière toute cette description qui vous semble si aberrante, je suis aussi et surtout une fille naive, je crois encore dans la possibilité d’une autre France, qui pourrait aller bien sans pour autant faire un bon de 40 ans en arrière.

J’irai voter dimanche parce que je ne peux toujours pas me résigner à hésiter entre votre nom, votre vision de la France, et celui, bien plus réjouissant encore que propose le Front National.
(qui soit dit en passant, à titre purement personnel me retire moins de droits que votre programme à vous.. Mais là aussi, autre détail, pensez à regarder la globalité des programmes..)

Je n’encourage personne à faire de même, j’en ai marre du prosélitisme à la con.
Le monde irait tellement mieux si chacun restait à sa place, à se forger ses propres opinions durables déjà (définition de « durable » : opinion qui durerait un peu plus que 6 mois et basée sur des convictions profondes et non pas sur « oh j’aime pas sa tête/oh j’aime bien sa tête ») avant de vouloir forcer les autres à avoir la même.

Je pense simplement que chacun doit se poser la question, sur ce qui est important, sur ce en quoi on croit, sur ce que « agir » veut dire.

Pour moi, c’est simple, à défaut de changer le monde, je veux me rendre la vie plus facile.
Pour moi, encore, choisir entre Fillon ou Lepen, comme l’aurait été Sarko ou Lepen, est un choix beaucoup trop difficile, alors j’essaie de me l’éviter.

Pour moi, enfin, la bataille pour protéger mes valeurs, ma famille, mon travail, commence dès maintenant.

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