Proud and fearless

orlando

Quand on est homosexuel en France dans les années 2000, on peut parfois, l’espace d’une seconde, oublier l’histoire, celle avec un grand H, ou un petit, celle des murs new-yorkais et des triangles allemands.

On peut oublier l’espace d’un instant, quand la vie est douce dans cette occident à peu près tolérant, avec une bague au doigt et des enfants à soi, et se croire à l’abri, au milieu d’un monde dans lequel on se fond.

On peut.

On peut se dire qu’on a pas l’âme militante, qu’on veut juste vivre sa petite vie tranquille, prendre ce qu’on nous donne.
Qu’après tout si la société est encore en retard, sur l’état civil des personnes transgenres, sur la parentalité pour les couples d’hommes, pour l’accès à la PMA pour toutes, la reconnaissances des enfants pour les parents séparés, c’est pas trop notre problème.
Que ça nous dérangerait pas mais bon… on a pas que ça à faire quoi.

Et puis, un soir.
Un soir, un matin, un dimanche, un lundi après un week-end coupé du monde, on apprend.

Orlando.
50 morts.

50 morts parce qu’elles dansaient, parce qu’ils dansaient.
50 morts comme autant de familles, d’amis, d’amant, orphelins, veufs, tristes.
50 morts parce qu’ils étaient gay.

Alors bien sûr, mourir, qu’on soit gay ou pas, restera toujours la même finalité
Etre tuer par l’indiscibilité humaine pour quelque raison que ce soit sera toujours aussi gerbant.
Mais aujourd’hui, en Floride, c’était parce qu’ils s’aimaient.
Alors j’en parle.

J’ai pas envie de parler du pauvre type qui n’a même pas lu le Coran et qui s’est abonné sur internet au dernier truc à la mode.

Moi j’ai envie de parler de nous.
De ce que nous sommes au fond.
De cette différence, qui en restera toujours une.
Parce qu’on a beau dire, nous répéter que l’homophobie n’existe pas, que c’est le lobby gay qui exagère, qu’on a déjà bien assez de droits, qu’on a choisi hein François?
Mais là on a tué des gens parce qu’ils étaient gay.

Alors j’ai envie de dire à ceux qui avaient perdu leur raison de marcher, tous ceux qui se croient arrivés, que non.
Il reste encore un bon bout de chemin.

Ne serait ce que celui de dire qu’on est là, et qu’on le reste.
Qu’on s’aime et qu’on les emmerde.

Proud.
And fearless.

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