Encore plus fort, encore plus haut

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Je peux pas dire que je suis en super forme depuis quelques temps.

Life dirait une amie.

Mylife. Your life. Rien de bien nouveau dans le monde des femmes actives. Dans mon monde de femme-quadra-maman-boss-militante-qui-essaient-d’écrire-un-peu-et-qui-fait-des-mojitos.

Je suis pas en super forme c’est sûr. Mais je crois que depuis dimanche après-midi, je suis au creux de la vague.

Au creux de ma vague.

Il y a quelque chose qui me déglingue plus que les autres fois. Et je suis vraiment désolée d’y mettre une gradation. Mais il faut bien le dire, plus il y a d’attentats, plus ça me déglingue. Et plus ma colère et ma tristesse creusent une boule vide dans mon ventre.

Cette fois c’est double dose.

A nouveau des personnes qui vivaient. Juste.

Tuées par un taré.

Mais des personnes de ma communauté.

Gay.

LGBT. Comme vous voulez.

D’abord, j’ai ressenti de la sidération. Encore de la violence. Du sang. Des morts. Des sms de victimes. Des familles endeuillées.

Dans une boîte gay… pourquoi ?

Puis de la colère à cerner petit à petit le portrait de ce con qui aurait mieux fait d’aller rouler une galoche à un autre gars du Pulse, ça aurait fait un bien fou à tout le monde.

Parce que l’amour, ça fait du bien. Qu’on soit un homme et une femme, deux hommes, deux femmes, qu’à trois on y aille ou qu’on soit des Grèbes en pleine parade nuptiale, on n’a vraiment rien trouvé de mieux pour pacifier.

Puis de la consternation un peu aussi, à voir que les journaux et les médias français ont délibérément omis de souligner que c’était un acte homophobe. Alors, que c’est probablement surtout ce qu’il est. A moins que ce soit un acte homophile refoulé, moins porteur comme accroche… mais bref, je m’égare.

Bien sûr tout ça n’aide pas à aller bien. A aller mieux. Mais au-delà de la peine que j’ai ressentie, qu’on a tous ressentie – même ces enfoirés de la Manif pour tous, c’est dire – j’ai ce creux sous le diaphragme qui me pose question.

Même en 2013 je n’ai pas autant été ébranlée par les propos de Frigide Barjot ou Christine Boutin. Je me suis battue. Avec mes mots, avec la coloc. Avec mes pieds, à marcher dans les manifs.

Je trouvais ça glauque. Je trouvais ça méchant. Intolérant.

Mais je me disais qu’on re-naissait. Qu’on avait un but et que pour moi ce but, il avait deux ans, des cheveux blonds bouclés et une langue bien pendue. Et que ça valait la peine.

Trois ans après, je me bats encore. J’essaie. Parce que la case mariage + adoption ne me satisfait pas. Qu’elle ne peut pas être satisfaisante.

Normal, c’est une case.

Et là encore je pense aux gamins, aux couples séparés, endeuillés. Aux risques qu’on prend pour aller faire des bébés ailleurs. Aux promesses non tenues…

Mais je m’égare encore. Toujours diraient certains.

Me battre pour des idées, je sais faire. Même quand il faut faire face à un président mollasse qui joue ses coups en tellement de bandes qu’il n’y a même plus assez de côtés pour comprendre dans quelle zone géométrique il vit. Même quand à cause de cette stratégie de psychopathe, il met sur ma route, notre route, des illuminés qui pensent que la société s’est arrêtée au Moyen-Age et qu’il est de leur devoir de partir en croisade. Contre moi. Contre nous.

Même.

Ce fut tout le principe de ce blog, expliquer qui nous sommes. Ce que nous sommes.

Dire aussi notre incompréhension face aux gens qui s’érigent contre…

Mais là. Tuer c’est même plus être contre. Vous comprenez ?

Et il ne s’agit plus de faire comprendre, d’expliquer, de tendre la main.

Rassurez-vous, il ne s’agit pas non plus de sortir ma kalashnikov. Je n’en ai pas. Je n’en aurai jamais.

Moi j’ai des mots. Des idées parfois. De temps en temps.

J’ai de l’énergie aussi. Enfin… les jours pairs et sans massacre.

Mais ma boule au ventre, elle me dit que ça ne suffit pas. Que ça ne suffit plus.

Elle crie, elle pleure, elle me tiraille. Elle me pousse dans mes retranchements depuis dimanche.

Parce que oui j’écris, oui je milite mais assez souvent aussi, j’oublie que je vis dans un monde qui ne me considère pas comme égale. Qui me juge et m’écarte. En me donnant des sous-droits dans mon pays. En oppressant mes pairs. En les tuant, les torturant.

J’oublie assez souvent que j’ai pris le parti de ne pas prendre ma femme par la main dans la rue. Que je dis toujours ma moitié lorsque je ne connais pas mon interlocuteur plutôt que ma compagne et que la plupart de mes relations d’affaire ne connaissent pas mon orientation sexuelle.

Ma boule me dit que je fais le jeu de l’invisibilisation. Et que ça ne me donne plus le droit aujourd’hui d’ouvrir ma gueule.

Et j’aime bien ça ouvrir ma gueule.

Si Orlando a une utilité post-carnage, je pense que ce doit être celle de nous faire parler encore plus fort, encore plus haut. Encore plus fièrement qu’avant.

Pour que ces gars et ces filles ne soient pas morts pour rien.

Et que nos enfants quelle que soit leur orientation sexuelle puissent vivre ensemble dans un monde où ils n’auront pas besoin de se rendre invisible pour sauver leur peau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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