Four under six

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C’était il y a six ans.
Six ans déjà?
Six ans seulement?
Six ans que j’ai passé la porte de chez moi, de cet appartement si particulier, avec un pansement sur le bras et un enfant, dedans.
Mon fils. Le premier.

Six ans que je prends des rides, des kilos, des coups.
Des coups d’amour, des coup de je t’aime, des coups de « t’es pas belle, t’es méchante, t’es méchante ».
Six ans de maman.

Un plus un plus deux ça fait quatre.
Et trois fois rien, le feu devient froid. It’s not so hard, qu’elle disait.

Des coups de sang qui coule, de départ au bloc opératoire, de colère à gérer, de qui tape sur qui.
Six ans de sourires, de « maman j’ai un secret à te dire.. (voix chuchotée) je t’aime », de premiers pas, de vélo sans roulettes.
De larmes qui coulent dans le café car on ne sait plus trop ce qui est le plus dur entre se lever 5 fois la nuit ou de devoir tenir le cap et dire non quand il serait tellement facile de dire « mais oui vas y mon chéri regarde le match ».
Six ans de coucou depuis l’estrade, la patinoire, le téléski.
De frustration à contenir et à masquer car le mieux est tellement souvent l’ennemi du bien, surtout quand on essaie, péniblement, d’éduquer des enfants.

Six ans de souvenirs qu’on ne peut pas vraiment décrire.
Comme ces premières fois où les visages qui s’illuminent vraiment, parce qu’on est ce « tout » pour eux, ce « gros machin » qui leur donne du lait, ce point dans leur univers qui se crée, pas à pas, et qui s’en revient, toujours à nous.
De leurs regards qui portent de tant de choses.
Six ans de cette responsabilité, déjà, tellement.

Je ne vais pas vous mentir je suis un peu fatiguée.

Je prends mon café après la première vraie nuit depuis Mathusalem…
Parce que si, si les filles font leurs nuits.. ils font tous leurs nuits. Les enfants.
Les parents, moins?
Parce que minipouce a mal au dent le lundi, numérobis fait un cauchemar et s’ouvre le nez le mardi, maxipain fait pipi au lit le mercredi, zébulon se réveille à 5h au lieu de 6 le jeudi et le vendredi maman tourne dans son lit toutes les peurs et les soucis qui se pointent toujours au milieu de la nuit.
Parce que depuis six ans je me demande ce qu’ils vont devenir, si on fait bien, si ça va aller.
S’il faut continuer, ou non, à leur donner à manger la nuit, s’il faut être plus stricte, ou non.
Quand la barre tremble, parce qu’être parent c’est une tempête, est ce qu’on garde le cap, est ce qu’on vire de bord?
Vaste question.

Et au milieu de tout ça, des chaussettes, des compotes, des couches, il faut essayer, accessoirement, de ne pas se perdre aussi, ni soi, ni à deux.

Alors oui, la fatigue.

Et la fierté aussi.
Un peu, bien sûr.
Cachée derrière la grosse couche de.. « tout ça ».
Que les puces jouent sur le tapis, les fesses à l’air pour cause de dents qui poussent, contenues comme on peut par des barrières de coussin et n’attendent qu’une faille pour découvrir le monde, que BradPittou, Birthday Boy, attend plus ou moins sagement ses cadeaux en lisant une histoire à son frère, qui joue lui aussi tranquille depuis ce matin.
Fière bien sûr.
De tout ce qu’ils savent faire, de se dire qu’ils nous le doivent, modestement, un peu.
Fière de ce qu’ils sont en train de devenir.

Et quand les jours sont trop sombres et que j’ai parfois envie, un quart de seconde, de demander un changement, me reposer deux secondes sur le banc, j’ai des copines qui font le job.
Quand je parle de mur, d’ïle déserte au bout du monde, de me jeter sous une DS3, on me dit
« Ce serait quand même dommage, vous êtes quand même sacrément beaux tous les 6 ».
Et j’ai toujours porté attention à la beauté des choses. Alors ça me parle.
Même si je ronchonne.
De toutes façons, il parait aussi, qu’on a pas le choix.

Je les ai compté ce matin.
En les regardant pendant que je terminais mon café.
Je les ai comptés et j’ai réalisé aussi, je crois.. oui, il m’a fallu ce temps là.. Four under six…
Des fois, je l’oublie.

Alors certes, tous voulus, désirés, attendus.. mais avec quelques imprévus quand même.
Quand des fois je croise des gens avec trois enfants, ou deux rapprochés, il n’est pas rare que je me dise « Ah bah dis donc, ils sont courageux »
Et non, évidemment, je ne regrette rien. Je ne regrette jamais rien de toutes façons.
Mais dans cette belle tempête qui montent des Duplo, bien sûr que c’est dur, évidemment…
Je ne le dis même plus tellement ce niveau de seuil a changé.
Dur, fatiguée, c’est notre quotidien maintenant, le moins pire c’est déjà super.

Mais c’est beau…

Tellement.

Ils sont nos quatre enfants.
Blanc, jaune, rose, rose.
Ceux qui ne nous laissent plus le choix, d’autre que celui de tenir, day after day, et qui effacent d’un sourire, tout ça.

Six ans.
Durs.

Beaux.

 

 

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