The price of salt

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Deux corps. Deux corps enlacés.
Non. Pas enlacés.
Deux corps distincts, couchés sur le côté, nus, face à face. Deux femmes dans un lit une place. Reliées l’une à l’autre par leurs bras qui se touchent.
Deux femmes.
Différentes. Indépendantes. Et pourtant totalement complémentaires. Bienveillantes.
Une image parfaite. Une sublime symétrie.

L’image qui reste. Imprimée sur ma rétine une semaine après avoir vu Carol de Todd Haynes.
Film bouleversant.
De beauté tout d’abord. Todd Haynes peint littéralement ce film de reflets en flous rares. Prenant le point de vue de Thérèse Belivet, jeune femme transparente qui suppose ce qu’elle ne veut pas mais ne sait pas encore ce qu’elle veut vraiment. Jolie vendeuse dans un magasin de jouets, elle va croiser la route de Carol. Quadragénaire séduisante et séductrice. Qui, pour le coup, sait exactement où elle va.

Carol, féministe dans l’âme. Un poil trop tôt pour l’Amérique conservatrice des années 50.
Thérèse nous dévoile la beauté de Carol à travers les vitres, les rétroviseurs et le viseur de son appareil photo. Car Thérèse est photographe. Sans en avoir conscience pour l’instant.
Bouleversant de vérité aussi.
Dans les petits gestes et les regards d’un amour qui naît. Qui n’ose pas et qui ose tout.
Dans le chagrin du mari de Carol, amoureux éperdu, incapable d’accepter le désamour de sa femme.
Dans le choix d’une mère tout d’abord.
Puis celui d’une femme.

Cate Blanchet habite Carol.
Est Carol.
Cette femme ou ces multiples femmes qu’a décrit Patricia Highsmith dans « The Price of salt ».
Incroyablement glamour. Tirée à quatre épingles. Qui pourrait être d’une superficialité éhontée, mais qui cache une force indocile : celle de vouloir vivre son amour. Même si c’est difficile, dangereux, douloureux, inconvenant.
Même si cela l’amène à abandonner son statut de mère.
Bouleversante scène où Carol réalise qu’une bonne mère est une femme libre. Et qui fait le choix ultime de laisser la garde de sa petite fille à son ex-mari, pour à la fois tuer le combat et reprendre sa liberté.

Rooney Mara est Thérèse, et avouons-le, vole de quelques millimètres la vedette à Cate.
Cela faisait très longtemps qu’il n’y avait pas eu autant de nuances et d’intelligence dans un rôle.
On suit son épanouissement et sa douleur joués avec subtilités et grâce.
On dirait que même physiquement, l’amour de Carol va transformer une fille quelconque en une femme extrêmement attirante.
Métaphore du réel qui offre à l’actrice une superbe occasion de laisser éclater son talent et sa beauté tout au long du film. Même si le premier transpirait déjà dans son rôle de Lisbeth Salander dans Millenium (version US).
Cannes ne s’y est pas trompé.
On a hâte de connaître ses prochains cinématographiques.
En attendant, on peut regretter qu’il faille un film d’époque pour traiter du sujet de l’homosexualité et du féminisme avec autant de tact et de réflexion. A croire que le contemporain ne peut trouver suffisamment de recul à filmer une si belle histoire.
Sans cliché et sans compromis.
Sans jugement ou parti-pris sur le prix qu’une femme doit payer pour garder du sel dans sa vie.
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