Des larmes au rire

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Et pas l’inverse.
C’est important. Toute la subtilité est dans cet ordre là.

Voilà maintenant 4 mois que notre vie a basculé.
4 mois que, comme à chaque naissance, on tatonne, on s’adapte, on tend à retrouver ce bel équilibre qui nous caractérise.
C’est amusant d’ailleurs, ce que la nature humaine peut être complexe.. de passer sa vie à tendre vers quelque chose et à la fois à le défaire, consciemment, pour le faire à nouveau.
Fucking Penelope syndrome…

Il faut tout ré-apprendre.
Quand on croyait savoir, gérer, maîtriser.
Parce qu’on a choisit d’avancer, de bouger, de se remettre en danger en quelque sorte.
D’avancer.
Je garderais ce mot. Parce que la vie est un mouvement.
Permanent.
Flou.

Alors j’apprends.

J’apprends.. que mettre un bouton pression sur trois sur les bodys permet de gagner 66% de temps de rhabillage..
J’apprends la géométrie variable des amis, de la famille.. avec des très belles surprises, omniprésentes au quotidien et quelques déceptions qui ont du oublié notre numéro quand ils ont endendu « jumeaux »..

J’apprends à décliner poliment les explications de texte de la page 52 de mon roman quand je n’ai dormi que trois heures, à faire semblant d’écouter les multiples avis dont je ne sais que faire, et toutes ces fins, bien meilleures, que je n’ai pas choisi de faire mais que je leur laisse le soin d’écrire si ça les tente tant.

J’apprends à adapter nos grands principes éducatifs pour les appliquer à la réalité d’une famille transformée en mini crèche.
J’en plaisante. Il parait qu’avant on avait des principes, et qu’ensuite on a des enfants.
Je dis qu’il nous en restait quelques uns et qu’ensuite, on a eu des jumelles.

J’apprends à trouver quand même du temps pour recharger les batteries, à cuisiner des tajines pour me détendre, à aménager notre intérieur dans le détail vu que c’est ici qu’on passe le plus clair de notre temps, le plus sombre aussi d’ailleurs.
A lire, un peu, à écrire, encore moins.
Ecouter de la musique, celle un peu triste dans les coins où je me retrouve si bien.

J’apprends à cacher mes larmes, à nouveau.. parce que.. it’s damned hard you know..
Se déplacer à 6, porter 8kg à bout de bras, de chaque bras, être en constant retard de sommeil, gérer les pleurs d’un bébé, répéter, gérer les maux de ventre d’un bébé, répéter, faire téter un bébé, répéter, répéter, répéter…

Ceux qui ont des enfants savent, l’influx nerveux immense que cela peut prendre parfois, souvent.
Ils savent l’éclair de soulagement qui vient quand enfin, il lâche, que la bouche se desserre sur votre doigt, que les traits du visage s’apaise, qu’il s’endort.. mais qui sait la deuxième vague, qui déferle, si vite, cette redite, implacable, qui s’impose, toujours?

Depuis le premier jour on apprend ça.

Les femmes qui ont accouché savent, cette sensation de vide, de plénitude, de bonheur, de fatigue, de douleur qui s’arrête quand enfin, ça y est, elle est là, elle est née, elle crie…
Mais qui sait le combat qu’il faut mener contre ce corps qui veut dormir, sortir de la salle, se blottir contre sa fille, souffler, dormir, son cerveau qui décroche, qui part loin, et qu’on vous dit « Allez, on y retourne, quand tu veux.. »?

 

Il faut apprendre à vivre la vie deux fois.

 

J’apprends aussi à ne pas lui en vouloir.. quand j’ai fait deux lessives dans la journée, rangé l’appartement, ai bercé les filles pendant deux heures, leur ai donné à manger deux fois, chacune, ai préparé le repas, mis la table, rangé la cuisine, lavé une trentaine de dents, lu cinq histoires, donné des sirops pour la toux, le rhume, la nuit..
Parce qu’elle pourrait m’en vouloir aussi.. quand elle s’est levée pour préparer les lardons pour l’école, les a fait déjeuner, les a lavés, habillés, chaussés, a géré le départ sac de goûter, chaussure, bonnet.. a fait les courses, le plein d’essence, descendu les poubelles, couru pour récupérer les garçons à la garderie, préparer les affaires pour demain, bercé les filles deux heures, leur a donné à manger deux fois, donner le bain aux filles, lavé leur nez..
And that’s monday…

Il faut apprendre à ne plus compter les points.
Ils sont beaucoup trop nombreux.

Il faut apprendre l’adaptation permanente.
Mes filles sont allées à la crèche aujourd’hui, déjà..
Je sais mon corps fatigué, meurtri.
Je sens qu’il va mal, qu’il tremble trop, qu’il somatise, qu’il se remet.
Je me suis acheté un maillot de bain une pièce, un nouveau jean, j’apprends.

Comme les lardons, mes fragilités remontent.
La fatigue, le doute, sont autant de terrains meubles où elles aiment pousser.
Un voisin est mort aujourd’hui, j’ai reconnu le visage fermé du samu qui s’en va, parce que je le connais et que ces regards me hantent à nouveau la nuit.
Le doute revient, s’insinue partout. Dans ma capacité à être une mère, une femme, une amie, suffisamment bonne.
J’ai envie de partir, à nouveau, loin..
Et à la fois de rester là, dans ce nid que j’ai construit, ne rien changer, dans cette grotte, avec mes repères, mes ours,

Avoir des jumeaux c’est… un peu tout ça.

Ce chamboule tout génial.
Quelque chose de merveilleusement difficile.
Mais c’est beau aussi.. tellement..
C’est l’épuisement des réveils incessants d’une nuit qui s’évapore dans trois sourire sur une photo…

J’apprends à apprécier ces moments de grâce, comme ce goûter en famille réunie à nouveau quand les filles viennent de pleurer depuis plus de deux heures, à les laisser me remplir même si j’ai encore les yeux humides…
Le salut viendra de là je le sais.

Apprendre à faire « pause » dans une dispute, quand elle éclate par maladresse la veille du seul couple d’heure que nous offre le temps,
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Apprendre à changer mes habitudes, à m’habiller le matin et tant pis s’il faudra se redoucher plus tard,
Apprendre à ne pas en vouloir aux absents , parce qu’on a pas le temps pour ça, et simplement remercier, mille fois, ceux qui sont vraiment là.

Il n’y a pas vraiment de tristesse dans ces mots.
Du gris, sûrement… parce que c’est dur.
Très.
Du n’importe quoi, aussi, beaucoup.
Mais du rose aussi, surtout.

Parce qu’aussi dure est la vie elle est belle aussi. Z.

Parce que c’est ce qui ressort, à la fin de la journée, de la nuit.
Quand on en a vu de toutes les couleurs.

Passer des larmes au rire.
Dans cet ordre là, c’est important.

 

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