Lettre à Marion, la vraie, et l’autre

dead horse point

25 ans.. Tu te rappelles où on était pour nos 25 ans?

On était devant un des plus beaux paysages du monde, Dead Horse Point.
On regardait les méandres du Colorado en pensant à nos futurs enfants.
On parlait d’avenir, d’amour, ça allait pas très fort pour toi, t’avais besoin de réfléchir, t’avais besoin qu’on fasse les cons, qu’on s’allonge au milieu de la route pour faire les chiens de prairie écrasés, qu’on refasse le monde, qu’on raconte des blagues débiles en se collant aux radiateurs, qu’on pique nique dans un PT Cruiser bleu avec de l’eau gelée dans les bouteilles.
Des trucs normaux pour des filles de notre âge quoi.

Et dire que l’autre elle a 25 ans pareil…
Mais quand elle parle du futur, on dirait qu’elle parle à l’imparfait.

A 25 ans on avait déjà bourlingué toi et moi..
Aux Etats-Unis, en Australie, un peu ici et là, en Belgique à se perdre pour manger des frites, en Alsace sous la pluie et même pas très loin de chez elle, à faire de l’escalade dans l’Estérel, c’est là bas d’ailleurs qu’est né notre amitié, sur une plage du Var à regarder les étoiles, allongées sur un transat parce que j’aime pas trop le sable. Et à parler d’amour déjà, on est des filles ou on ne l’est pas.

Et dire que l’autre, sa belle région, t’as vu ce qu’elle est en train d’en faire?
C’est doublement con quand même de vouloir fermer les frontières d’une région dont la richesse est basée sur le tourisme et la venue de gens de l’extérieur.. mais bon, c’est peut être pas sa faute, peut-être que ses parents lui ont mal expliqué.

Tu te rappelles quand on défilait dans les rues de Paris?
Pour la liberté et la tolérance, des belles raisons de marcher quoi. Je sais pas si je t’ai dit combien ça a compté pour moi ce jour là, que tu prennes ton mec et ton fils sous le bras pour venir défiler pour un truc qui vous concernait pas.

Et dire que l’autre, elle manifestait aussi.. mais de l’autre coté, ça la concernait pas non plus mais mes lardons et moi, on passait pas ses standards de la famille traditionnelle où il vaut mieux garder un enfant non désiré, sans père, que d’accepter que deux mamans puissent élever un enfant qu’elles ont souhaité très fort.

C’est triste quand même d’être si aigrie, si jeune…
D’avoir aussi peur de l’autre, aussi peur de soi aussi…

Hey Marion, l’autre.. va faire la fête un peu, va vers les autres, regarde les, écoute les.
Va danser, va fumer, va baiser, enfin protège toi hein, ce serait con quand même d’avoir encore un enfant par accident.
Et il parait que l’IVG va devenir compliqué par chez toi.
Va, mais s’il te plait, arrête de nous faire chier.

Et toi, ma puce, la vraie, viens, on va continuer à se voir au 59, qui s’appelle comme ça parce qu’il est au 59 de la rue t’as vu?, de boire du vin au verre, d’être dépitée et de ne pas comprendre la politique de ce pays, de râler sur Mireille ou sur je sais pas qui, de parler de la pluie, du beau temps, et de nos beaux enfants.
Six beaux enfants, trois garçons, trois filles, tous très désirés et aimés, avec chacun deux parents qui les aiment et qui en bavent parfois un peu au quotidien.

Et n’en déplaise à l’autre, on continuera, de vivre nos vies comme on veut, de s’aimer, d’aimer les autres, d’en profiter et d’apprendre à nos enfants à surtout, surtout, faire tout pareil, exactement.

Comme nos parents nous l’ont appris, et bien appris.

De ne pas avoir peur, de ne pas suivre le mouvement, bêtement.
De profiter, de s’amuser dans la vie mais sans casser trop de paires de ski 😉
D’être délirant, exubérant, parfois un peu chiant… mais tolérant.

 

 

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