Une semaine après…

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J’ai toujours fait attention à certaines choses. A certains mots.
M’en suis voulue d’en avoir laisser filer d’autres.
Parce que c’est en eux que je puise ce que je suis, ou la force que parfois, je n’oublie pas avoir.

« Ah ouais.. bah mieux vaut elles que nous! »

Quand nous avons annoncé ma grossesse, l’arrivée de nos deux prochains enfants, il y a eu derrière des réactions de la joie, celle qu’on a quand un couple d’amis, d’enfants, de parents, vous annonce l’arrivée d’un enfant. Mais il y a eu autre chose, aussi, et c’est bien normal. Il y a eu un peu de peur, un peu de « est ce que c’est une bonne nouvelle? » et un peu beaucoup de « pfff.. heureusement que c’est pas moi ». Je le sais et je m’en fiche. Ce sont des réactions normales.

Des jumeaux, pour n’importe qui, ce n’est pas forcément une nouvelle « facile ». Des jumeaux quand on a déjà 2 enfants, ça fait forcément beaucoup. Des jumeaux quand on vit dans un quatre pièces, qu’on a pas des salaires pour payer une nurse à plein temps, ça fait bizarre forcément, oui forcément.

Mais je crois que j’ai jamais vraiment eu peur. Pas vraiment.
Il y a quelque chose en moi, en nous, qui fait que… that’s the way it is.
Une sorte d’histoire écrite comme ça, qu’on ne décide pas. Comme les histoires que j’écris, il y a quelque chose de plus fort que moi, que nous, et au final je ne suis que la main qui les transcrit.
Que la fille qui les vit.

Je ne nie pas que ça m’a tout de même fait trembler parfois.
Encore hier soir quand je les attendais.
Parce que je savais…
Bien sûr que je savais… qu’elles seraient là aujourd’hui.
Qu’il ne pouvait pas en être autrement.
Il y avait un jour parfait.
Le 22.

Dans sa date, dans sa parité, le dernier jour du signe de la vierge parce que ma chérie n’aurait pas supporté 3 balances à la maison.
Parce qu’il y avait toutes les belles personnes que je voulais sur place ce jour là. Enfin il en manquait une ou deux.
Parce qu’elles ne sont pas du genre à nous faire le coup, à naître du bordel comme leurs frères, qu’elles sont parfaites depuis le premier jour. Evidentes.
Et que ça devait être ce jour là.

 

« S’il y en a qui peuvent y arriver, c’est vous »

« Avec vous, ça ira »

Alors oui ce sera pas simple. Oui elles sont deux. Oui ils sont aussi deux devant.
Mais parce que c’est nous, ça ira. C’est une force d’entendre ça.
Même si des fois, cette certitude là, celle des autres à notre égard, elle m’énerve par moment. J’ai envie de déchirer ce papier film parfait qui semble nous recouvrir pour montrer qu’il y a aussi du gris, parfois. Que ça se voit pas toujours forcément. Mais si. Du gris, des années difficiles, des vagues, des tempêtes. Bien sûr.

J’ai envie de dire que je suis à peu près aussi imparfaite que les autres, que je merde, que j’ai merdé, que je merdererai à nouveau.
Que comme tout le monde on le dit peut être pas assez mais on est dans le dur et qu’il fait parfois un peu peur ce « oh vous, trop facile » parce qu’on a peur que les autres ne voient pas quand on se noie.

Mais je sens aussi la force qu’il contient. La confiance que nous donne les autres, elle ne doit pas venir de nul part.. hein? Elle nous porte quand on doute. Et quand je réussis à ranger la fillasse insecure à l’intérieur de moi, je suis d’accord avec ça. Bien sûr que ça ira.

 

« ça fait une bien jolie famille »

« C’est pas possible, tu es vraiment faite pour ça »

Que ça fait du bien d’entendre ça.
Une fois, dix fois, cent fois. Après des années à voir se déverser les mots inverses, comme un double pied de nez en trompette à tous ces asshole qui n’ont rien compris. Que j’ai envie moi aussi de mettre un collier de perle et un bandeau, de me fondre dans leur masse pour aller défiler avec mes quatre enfants. Pour leur montrer ce qu’est vraiment une vraie et belle famille.

Parce que oui, mille fois oui, la famille est magnifique.
Sur ce que me renvoie les photographies, je suis parfois obligée de l’admettre. Même moi et mon horreur des clichés.

Que je suis certainement peu douée pour plein de choses mais que pour ça, pour lui faire les plus beaux enfants du monde, à la date qu’elle veut, à la couleur des cheveux qu’elle veut, je gère. Mais bon, ai je vraiment du mérite?

Je l’ai dit et je le redis, c’est la place d’à coté la plus dure. Celle qui supporte les angoisses, les cheveux aux toilettes, qui passent des heures et des heures ses mains sur mon ventre, ma hanche, mon dos pour qu’il tienne. Elle qui supporte, écoute, cuisine, lit entre les larmes le trop plein d’hormones ou les vraies angoisses anciennes qui remontent.

Celle qui me parle quand ayé les contractions picotent un peu plus, qui met sa main sur ma cuisse, me dit les mots que j’ai oublié, ceux de la sage-femme, me recentre dans la pièce, me balance et me secoue parce que c’est ce qu’il faut faire à ce moment. C’est elle qui me dit que j’ai le droit de souffler un peu, , elle qui contourne les contraintes pour m’amener de la musique au bloc opératoire, qui gère la playlist pour que nos filles naissent sur Pink, puis Keane…

C’est elle… qui est vraiment faite pour ça.

 

 

« Fais ce que tu as à faire.. et fais le bien »

Cette phrase est certainement inconsciemment celle qui me pousse le plus.
Tous les jours. A chaque instant.

Elle a d’autant plus de poids, que l’homme qui me l’a dite est mort sous mes mains quelques heures après.
Et que forcément, à l’heure de donner la vie, ces choses là se mélangent.

J’aurais pu dire qu’il a été le père, ou le beau-père, que je n’ai jamais eu.
Mais non.

J’ai un père que j’aime, qui me protège depuis 33ans comme la seule petite princesse qu’il aura eu et me bouscule à la fois pour me faire devenir qui je suis. Qui m’a fait ronchonner quand il travaille trop et que je le vois pas de toute ma grossesse, et qui vient par surprise poser sa main sur mon ventre avant hier comme pour me dire, allez maintenant vas y, tu peux accoucher.

J’ai un beau-père qui travaille trop lui aussi, me fait ronchonner à la dernière minute pour des histoires de malentendus de garde, mais qui m’apprend toujours des choses que j’ignore, qui m’ouvre un autre monde, qui m’a inconsciemment donné la matière pour ce futur bébé de novembre, qui est toujours de bons conseils dans nos projets de vie et surtout… qui m’a offert la femme de ma vie.

 

Alors, sans véritable mot pour lui donner une place, cet homme aura été pour moi, unique au monde.
Et ses mots restent parmi ceux qui m’accompagnent tous les jours.

J’ai rencontré une petite princesse aux cheveux à la couleur des champs de blés et puis lui, et il m’a apprivoisée.
Il m’aura donné le goût d’offrir des fleurs et des sous-vêtements.
Il a traversé ma vie, trop vite, bien trop vite, mais l’a pourtant rempli de souvenirs, de conseils qu’on n’oublie pas, de tristesse aussi, bien sûr, parce qu’il n’avait pas le droit de mourir ce soir là.

Mais il a aussi, évidemment, fait de moi la femme et la mère que je suis aujourd’hui.
A donné dans cette épreuve, la force et le mental à une petite fille, qui a appris en une soirée, la place qu’elle avait dans cette famille, la force que pouvait, et que devait, porter ses épaules.. et aussi ses limites.

Mes parents, mes beaux-parents, ma femme, mes enfants, je leur dédierai toute ma vie, les projets que je fais et que je ferai, grâce à eux, tous les jours.

Celui là, les deux dernières choses que j’ai faite, du mieux que je pouvais…
Je ne peux que les lier à lui…
Ses deux dernières petites filles, E & L, sont nées aujourd’hui.

Et je crois, je sais… qu’il les aurait Aimées vraiment très fort.

22/09/2015

 

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