Chroniques d’un lamentin on the edge – 4

lamentin

C’est pas mon coté Sylvester Stalone qui ressort, c’est que des fois, il y a des mots anglais dont je ne trouve pas l’exacte traduction en français. Un peu comme « crowded ». L’autre jour mon osthéo, qui essayait de sauver ce qu’elle pouvait de mon bassin, de mes hanches, me disait.. « ah mais bon, on peut pas faire grand chose, c’est un peu… » Et je voyais ce qu’elle voulait dire, j’ai voulu lui dire « Crowded, c’est un peu crowded là dedans ». Comme « encombré » ou « bien rempli » mais avec une notion de masse, de foule, de personnes. Voilà, j’ai pas de meilleur mot pour décrire l’intérieur de mon ventre et de mon bas ventre en ce moment. Crowded.

« On the edge », c’est pareil. C’est une histoire de barrière, de limite, de frontière. De falaise aussi un peu dans ma tête, je sais pas si c’est vrai. La fine crête au sommet de la montagne. Voilà, c’est un peu tout ça en ce moment dans ma tête. Pas dans la notion de danger, non, plutôt dans celle de la bascule, d’être sur la ligne entre l’avant et l’après. Dans l’attente aussi, la crainte un peu quand même, de savoir ce qu’il y a derrière. Même si on l’aperçoit depuis le haut de la montagne, même si on a déjà fait des randonnées. L’inconnu, la vie. Toujours.

On aura beau dire, il y a quand même beaucoup de choses animales dans une grossesse, intuitive ou je sais pas. Les dictons de grand-mère qui raisonnent font parfois sourire. La pleine lune, les orages, qu’est ce qui décide une naissance? Si mes filles naissent aujourd’hui elles seront nées 2 jours après l’orage, 13 jours après la dernière pleine nuit et 15 jours avant la suivante, est ce qu’on pourra dire que c’est à cause de ça?

On a fait le ménage dans l’appart. Et pas qu’un peu. Parce que notre généraliste n’a rien trouvé de mieux à faire la semaine dernière que nous dire que Goslinou, qui avait des boutons bizarres, avait sûrement la gale. J’ai adoré.
Il n’y a vraiment rien de mieux à faire dans son dernier mois de grossesse (gemellaire) que de se lancer dans un marathon de lessive/sèche-linge pour laver et relaver tout ce qui est dans son appartement. Refaire la chambre des filles qui était prête. Ne pas dormir pendant la nuit qui suit parce que la moindre petite bête invisible est ma hantise. Tout ça pour entendre dire le lendemain que « Non en fait, c’est rien ». C’est marrant… ça fait un petit entraînement. Le genre de truc qui te fait relativiser et où après la vie (sans gale) te paraît tellement plus facile.
Alors, au delà du détails, est ce qu’on pourra dire que c’est parce qu’on a fini le ménage de fond qu’elles arrivent?

Est ce que c’est la déco de leur chambre? Et le dernier clou planté dans le tableau?
Est ce que c’est un dernier texte que je voulais écrire? Les photos souvenirs qu’on voulait faire?
Est ce que c’est « le » bon jour?

J’ai slalomé entre les dates de Septembre. Pour ma chérie et pour moi aussi. Ah non, là, c’est impair j’aime pas. Bah non, pas le 11 quand même.. pour des jumelles c’est pas terrible… Et si elles naissent le 12? C’est trop tôt nan? Trop tôt pour quoi? Bah elles auraient pas le temps de se faire des amies entre la rentrée et leur anniversaire ! Eviter les anniversaires des autres justement, le 3, le 5. Il en reste encore quelques uns… et non des moindres, même si la fin du mois semble « clear ».

Et puis on m’a dit, très justement, que de toutes façons, je n’étais pas maître de ça. Ni la lune, ni mon aspirateur, ni rien.
C’était elles.
Elles qui décideraient du degré de détails sur lequel on s’arrête.
Parce que forcément, dans la liste des choses à faire, dans tout ce qui nous pose un peu question, plus on avance, plus on voit les détails. Le desssous du radiateur qui n’est pas nickel, on ne le voit pas quand il reste tous les murs à poncer et à peindre. Le détail de la chambre de la mat qui énerve, il n’a pas d’importance quand on en est au stade qu’elles risquent de naître deux mois trop tôt.
The devil is in the details.

Mais c’est la beauté de la chose.
C’est elles qui maîtrisent le timing. Qui diront « Bon allez les gars on y va, arrêtez là, c’est très bien comme ça, on arrive »

Ce matin, on the edge, pour la laisser dormir un peu, je me suis mise à lire.
Un roman de Barjavel qui trainait et que je me suis rendue compte que je ne l’avais jamais lu.
Cela m’a fait sourire, et plaisir, dans bien des façons.
Je me suis dit qu’au delà du edge, il y avait encore beaucoup, tellement de choses nouvelles à découvrir…

Et qu’au delà de la pointe de peur qui traîne toujours dans un cerveau de fillasse, j’avais hâte 🙂

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