Les boules de couleurs

pills
Il a ouvert ses petits yeux et il a dit en me caressant le bras : regarde.
Je lui ai demandé ce qu’il fallait que je regarde. Dans un demi-sommeil il a répondu : les boules de couleurs.
Il devait être quatre ou cinq heure du matin.
Une de ces nuits trop souvent hachées ces derniers mois, où nous veillons notre fils malade.
Les boules de couleurs. Ces petites hallucinations. Ces petits moments de poésie qui viennent avec la fatigue ou les médicaments. Ces moments que je trouve si beaux et aussi il faut bien le dire un peu flippants parce que je ne sais pas s’il rêve ou s’il a trop de fièvre. S’il est conscient ou délirant.
Que la noctambule en moi ne sait pas si elle doit admirer les mots que la nuit rend toujours plus forts ou craindre pour la santé de son enfant.
Une nuit sans dormir. A l’écouter respirer. A oublier de se reposer.
A l’entendre tousser. A chercher des solutions pour le soulager. A ne pas en trouver. A pleurer. Un peu.
A trouver dérisoire, déplacé, déconnant la superposition de sirops, de pulvérisateurs, de poudres, de gouttes qu’on lui donne actuellement. Un si petit corps.
A me tranquilliser en sachant qu’il ne se souviendra de rien au petit matin.
Ni les sept bouffées fois quatre de Ventol*n à trois heures et demi. Ses yeux mi-clos et nous, applaudissant comme en plein jour, à chaque fois qu’il aspire bien.
Ni « petit escargot » en fond sonore à quatre heures.
Ni Maman P. en mode zombie dans le couloir.
A me culpabiliser de lui avoir transmis la part de moi qui tousse.
A me demander ce qu’il faudra faire après ça : rappeler la pédiatre, jeter toutes les boîtes et le laisser vivre, passer à des médecines douces.
A m’interroger sur la marche à suivre. A comparer, à extrapoler : si je devais avoir un autre enfant ? Est-ce qu’il aurait cette défaillance là lui aussi ?
Est-ce qu’on suivrait le même chemin d’anesthésies, de molécules, de milligrammes, de pipettes et d’inhalateurs ?
Comment on fait ?
Comment on refait ?
Comment on défait ?
Comment on sait ce qui est le meilleur pour l’enfant qu’on aime ? Tout petit ou très grand ?
Comment ?
Comment s’assurer que les boules de couleurs seront toujours de belles images ? De beaux souvenirs ?

 

Publicités