Waouh la chance ! Réflexions

Au fur et à mesure que notre départ approche, que j’écris de ma table de salon (vendue), ma table de jardin (vendue), ma table de camping donc, l’extérieur nous renvoie les projections de ce voyage. Parfois je me pose, je regarde cette maison qui se vide, plus de boulot, plus de meuble, plus de maison, plus de voiture,  et je me demande si ça un moment donné je vais me poser cette question : « est ce bien raisonnable ? » et puis les gens, en général, me renvoie une bouffée anxiogène des dangers de sortir de sa zone de confort et je me rends compte que je n’ai pas besoin de me poser cette question là, parce que j’en ai pas envie, parce que j’en ai pas besoin surtout.  Ça ne m’intéresse pas de savoir ce que le futur me réserve car entre maintenant et le après-après-après ce que je peux projeter, il peut se passer mille choses. Ma copine Linem m’a dit « il peut tout se passer en un an ».  Et c’est vrai regardez, en un an elle a doublé son nombre de lardons. Il y a un an,  j’ai perdu 10 kilos d’un coup, je ne pesais plus que 42 kg. A croire que ça pèse les larmes. Il y a un an si l’on m’avait dit « Dans 12 mois à la même période tu crouleras sous l’organisation d’une maison à rendre, de visas, du choix d’une robe blanche, de pots de départ au boulot, de container à envoyer à des milliers des kilomètres » j’aurais arqué un sourcil dubitatif. Comme quoi rien est immuable. Le changement c’est la vie. Je me sens forte au sens physique, au sens mental. Est-ce que j’étais pétrifiée dans ma chambre d’étudiante à manger des pâtes sur le fait d’avoir une maison, un boulot super bien payé, une voiture ? Tout était ouvert, tout était à construire. Et c’est comme ça que je le ressens. Une nouvelle page blanche à écrire. Et je trouve ça génial, cette sensation de respirer à pleins poumons.

Nous avons certes une idée de là où nous poserons les pieds après, mais il nous arrive fréquemment de nous dire que si ça se trouve ça ne sera pas cet endroit, où cette activité là, on le pressent même, que cette expérience nous mènera totalement ailleurs que ce que l’on pense là aujourd’hui 3 juin 2015.  Et ça nous va.

A l’annonce de ce départ pour l’Asie, j’ai été confrontée à toutes sortes de réactions, et passée par autant d’émotions : ravie de constater que certaines personnes que j’aime avaient cette même optique, amusement, me sentant accomplir un truc super héroïque, me sentir accomplir un truc farfelu, agacée parfois, gênée aussi plus souvent. « Han j’ai appris la nouvelle, tu sais que je te déteste ? » (oui toi aussi tu vas me manquer), « Mais vous n’allez pas tout laisser derrière vous avec un enfant en bas âge » (si), « Vous avez gagné le gros lot ? », « Faîtes attention hein, prenez n’importe quoi pour vous défendre, une batte, un nunchaku » (en vrai ma femme est une sorte de Jackie Chan qui s’assoit à l’arrière du conducteur d’un tuk tuk/taxi/moto/pirogue/charrette/ou tout autre moyen de locomotion pour étrangler le chauffeur qui s’écarterait du chemin déterminé, et c’est véridique).

Quand on me dit que je suis chanceuse, je suis parfois effleurée par la culpabilité de quelqu’un qui vient de gagner au loto et tentée de justifier notre démarche. Ma première réflexion est de me dire que non je ne suis pas vraiment chanceuse, que ces choses-là n’arrivent pas comme ça avec six chiffres cochés au hasard.

Non, nous n’avons pas eu la chance d’avoir un ticket gagnant

J’aurais bien aimé. Ou pas, ça en aurait gâché le goût peut être. Avant cette décision, j’avais certes un boulot qui me plaisait mais qui ne me permettait pas non plus de faire des folies. Nous sommes devenues les pros des tarifs de la poste et nous connaissons par coeur le tarif entre le colis 125 grammes et 630 grammes, les meilleures heures pour poster nos annonces sur le bon coin, j’ai rencontré un monsieur bizarre dans un lieu public pour vendre une lampe et j’ai remercié le ciel que cette vente ne se soit pas faite à la maison, sinon y aurait eu un article dans « La Provence » avec un monsieur aux grosses lunettes jaunes et moustache épaisse de serial killer des années 80 et ma tronche. Mais c’est chouette de voir cette maison se vider, ça dépoussière l’esprit, ça laisse de l’espace.

Mais en fait, oui je suis chanceuse

J’ai toujours pensé qu’en se donnant les moyens, on a la capacité de réaliser ses rêves.

Malgré tout, je me sens chanceuse, extrêmement chanceuse.  Je me sens chanceuse de pouvoir partir ailleurs pendant un bout de temps quand je bois un café dans un vieux bar délabré de Habana Vieja avec deux jeunes cubaines  qui n’ont pas la possibilité de quitter leur île et qui obtiennent du sucre avec une carte de ravitaillement. Je suis chanceuse quand je vois un gamin mendier dans les rues de Dehli et qui n’aura pas d’autres issues que de rester dans sa  caste. Allez lui parler d’un tour du monde ? Je suis chanceuse d’être née dans un pays qui me permet d’avoir cette liberté de partir où bon me semble, ou je peux envisager de tout plaquer sans me demander comment je vais me nourrir, comment je vais me déplacer dans un premier temps grâce à ce que j’ai pu mettre en place avant. J’ai le luxe de pouvoir envisager ce projet et pouvoir le réaliser, même s’il nécessite des sacrifices. Certains ne le peuvent pas.

J’ai la chance d’avoir une petite femme qui est sur la même longueur d’ondes que moi. J’ai la chance d’avoir une petite fille  à qui j’ai envie de donner le meilleur et dont je crains parfois que ces changements la perturbent, et qui courre au devant de la doctoresse de l’hôpital qu’elle voit pour la deuxième fois, en lui disant « attend docteur, prend ma main, c’est moi qui commence les piqûres de médicaments ». Parce que bon les médicaments (vaccins) c’est important pour le voyage et puis comme maman petite n’aime pas les piqûres ça lui montre que même si ça fait mal, ça va quand même.

J’ai la chance de pouvoir rêver, bouger, changer, apprendre…

C’est vrai finalement, j’ai de la chance.

 

 

 

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