231g, ou le poids du bonheur

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Est ce que ça se mesure le bonheur?

En quoi? En unité, en kilojoule, en fahrenheit?

Et ça pèse combien?

Il paraît qu’une âme pèse 8g. C’est peu 8 grammes.
L’histoire d’amour de ma vie a beaucoup aimé les 8. Je ne sais pas pourquoi. Au bout de 8 mois, comme une idée, une chanson, un film, qu’elle regarde en boucle encore. De ces anniversaires qu’on se rappelle. Pourquoi celui là? Pourquoi 8 grammes?
Des fois, on sait pas.

Hier j’ai appris combien pesait le bonheur.
Je l’ai pas appris d’un coup.
Sans savoir pourquoi.
Il y a un cheminement à tout. Tout le temps. Toujours.
Si je devais tout vous dire, il en faudrait des heures, bien plus que huit sûrement, surtout que je ne sais pas toujours bien parler. Il faudrait raconter le gris, le soleil, mes parents, l’hypersensibilité, les ours, les daurades, les virages, l’histoire.

Disons juste que la vie évolue, que ce qui nous fait peur peut devenir notre plus belle réussite.

J’ai toujours eu peur d’avoir une fille.
Toujours.

Et pourtant, le premier texte marquant que j’ai écrit. C’était pour elle.
C’était il y a plus de dix ans. ça s’appelait « Lettre à ma fille ».
Je la relis des fois. Il y a tout dedans, déjà.

Cette fille, je l’attends donc depuis 10 ans, et elle me terrifie en même temps. Elle me renvoie mes peurs, ce que je suis et ce que je ne suis pas. Elle me renvoie ma mère, celle que j’aime tant mais à qui je ne sais pas le dire, celle à qui j’aimerais ressembler certains jours, et dont je redoute parfois l’héritage, celle qui doute, celle qui a peur, l’angoisse qui prend, souvent, trop souvent, la place des autres sentiments.

Ma fille, donc, cette princesse entre elle et moi, depuis la nuit des temps, je l’attendais et l’appréhendais à la fois.
Elle l’a voulait tant, elle, que j’aurais fait tout pour lui offrir ça, des régimes au nom barbare, des incantations incas…
Parce que si c’est la femme de ma vie, c’est avant et surtout parce qu’elle me permet d’aller au delà de moi même.
She made me who I really am… she helped me face my fears.

Et je l’ai su.. très tôt.. avant les prises de sang, avant les images, avant tout…
Elle était là, déjà.
Mais elle me terrifiait, toujours, un tout petit peu.

Lundi je l’ai rencontré à nouveau.
Ce n’était pas une surprise pour moi, juste la confirmation, qu’elle arrivait, qu’elle allait bien.
236g.

Entre temps j’ai cheminé, j’ai parlé beaucoup, de ma peur, des couleurs, des barrettes.
On m’a dit qu’on vivait très bien sans couette.
On m’a dit que je ne serais pas ce que je ne voulais pas ne pas être.
On m’a dit que la peur c’était très utile, ça aidait à justement.
On m’a dit que j’étais belle aussi.
Une petite fille dans une cour d’école qui m’a transpercée du regard.

Vous allez me dire, 236g?!?
Bah c’est pas ça qui est dans le titre…
Non.
C’est vrai.

Ma fille, elle pèse 236g. Elle a déjà une place à part dans mon coeur. Celle qui remplit un vide, une attente. Celle dont le prénom est presque déjà gravé dans le marbre. Celle que nous attendons depuis le quasi premier jour. Depuis les phacochères, Lorie et Barjavel, depuis Aix en Provence, Dead Horse Point, Gold Lake et la fête de l’alpage.

Mais elle n’est pas à elle seule l’incarnation du bonheur.
Elle n’en est qu’une partie, une fraction, une mesure dont je n’avais jusqu’à peu, pas l’exacte mesure.
Elle en fait partie comme lui, et lui, et « L » bien sûr. Et moi oserais je.

Mais de cette famille, de ce golden couple, il fallait un équilibre.
Un point d’ancrage. Une parité, encore.

Il fallait un profil qui balaie mes doutes, mes peurs.
Il fallait un coup du sort qui nous donne ce quatrième enfant que nous n’aurions sans doute pas oser faire, par fatigue, par prudence. Par erreur.
Il fallait ce rappel que la vie n’est pas maîtrisable, que ce troisième enfant qui semble si facile, quand les grands seront à l’école, quand on fera ci ou ça… bullshit….
Parce que la vie vous reprend, toujours, l’illusion de maîtrise.

Il fallait un coup du sort qui nous remet à notre place. Infime dans l’univers. Humble face au futur.
Un autre enfant.
Le quatrième.
Mon chiffre fétiche.
Celui qui au détour d’un rêve, me montre qu’il est la clef de tout.
De l’histoire. Le contre-exemple. La fin de la peur.

C’est très paradoxal j’en conviens, pour une fillasse comme moi qui dit avoir peur d’avoir une fille, que d’être rassurée d’en avoir deux.
Parce que oui, la surprise, la solution, le profil, le futur sourire, c’est elle, petite gigoteuse officielle.
C’est elle, aussi.

Celle qui fait semblant de se cacher, un peu, de se laisser désirer, pour les yeux des autres, qui fait croire un instant quand elle joue des coudes et des pieds qu’elle sera Basile, ou Théophile, mais non.
Elle que je savais aussi…
231g, nous y voilà, de deuxième allumette qui viennent comme un soleil, effacer toutes mes craintes…

Pourquoi deux c’est mieux que une?
Parce qu’avoir une fille c’est prendre le risque que si quelque chose est compliqué, d’incriminer la relation mère/fille, soi et ses failles, d’y voir les travers de l’histoire, de sa propre mère, de sa propre grand mère avant elle.
Mais en avoir deux, c’est se confronter de fait à la disparité de la vie. A deux fois plus de crises d’ados, deux fois plus de chagrins d’amour, peut-être, certainement.. mais aussi à une différence, fatalement, de caractère, de relations, entre les deux, qui va mettre du recul dans tout ça et qui me prouvera que non, si telle chose est difficile avec une telle, ce n’est pas parce que je suis une maman nulle et re-nulle avec sa fille, mais juste une maman avec son enfant tout court.
Et que c’est dur parfois. La vie. Pas moi.

Cette deuxième aile qui apporte l’équilibre si fragile à la balance que je suis.
Qui fait que chacun aura un frère et une soeur.
Que nous aurons deux fistons et deux fillasses.
Le double choix du roi.
Des reines.
Princes et princesses d’Ingouchie.
Du Golden couple, à la golden familly.

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