C’est l’histoire d’une fille…

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C’est l’histoire d’une fille qui a dit a sa copine, il y a longtemps déjà, « tu sais, je veux pas forcer les choses, mais j’ai des petits soucis de fertilité, et si un jour tu.. enfin si on.. si on veut des enfants, il faudra pas commencer trop tard ».

Cette même fille aura peut-être 4 enfants à 32 ans.
Et sa copine, devenue sa femme entre temps, à 30. Oui, hein, ça fait pas mal?
Qu’est ce ça peut dire comme connerie les filles des fois je vous jure…

C’est l’histoire d’une fille qui a fait une sorte de burnouille-out en 2013, un an après la naissance de son 2e enfant, alors que les rues de son pays se remplissaient de haine contre la famille qu’elle venait de créer, alors que son couple s’était embrumé un peu derrière les couches, les kilos et les soutiens gorge d’allaitement.

Cette même fille avait repris pied à l’automne, au gré d’une petite fête, un baptême des foin, un grand baptême où devant toute sa famille et ses amis, elle avait retrouvé le soleil. Et les yeux de sa femme. Ses repères. Elle avait décidément entérinée l’idée qu’elle n’aimait pas les années impaires, même si c’était les années avec deux des plus grands moments de sa vie. Son mariage, et le deuxième mariage. Un double, déjà.

2014, année paire, cette fille aime vraiment beaucoup les chiffres ronds, on verra que le karma est un sacré petit farceur, au fil des discussions avec des supers potes avait trouvé des solutions aux problèmes existentiels de sa vie, mis de l’ordre dans ses idées, arrêté de prendre tout en mode fillasse « J’en ai marre chérie on part à Bali » et a entrepris un nouveau projet, un truc qui, grâce à des bonnes paroles, ne lui paraissait plus trop grand pour elle, un truc sans prétention, un roman, enfin non, le mot était encore trop grand, juste un truc.

Le truc encore une fois avec la vie, c’est que même si tu vas mieux, elle te donne pas quand même le ticket pour l’espace tout de suite, alors on va pas se mentir, il y a eu d’autres soucis, d’autres creux de la vague, des moments face à la glace où elle s’est demandée où ça allait tout ça et quand est-ce qu’elle allait retrouver ses converses.

L’automne arrive, le renouveau. D’habitude c’est le printemps mais cette fille ne fait décidément pas tout comme tout le monde. Les pages se tournent, les derniers mots se trouvent, sur un coin de table face à l’Afrique, sous le Levante de Tarifa, un projet qui se devait d’aller au bout se termine, et maintenant?

Elle se retrouve dans la glace, elle a 32 ans.
Elle n’aime pas toujours ce qu’elle y voit certains matins, mais certains jours, si un peu plus.
Elle se retrouve surtout dans les yeux de cette femme, encore, la sienne. Celle qui lui est revenue après une année un peu distendue, celle avec qui elle peut tout dire, même quand les mots ne parlent plus. Celle qui n’aime jamais vraiment la partager mais qui sera toujours là no matter what, qui lui montre que le kite c’est quand même autre chose que le cerf volant. Celle avec qui elle irait au bout du monde. Ou y retournerait.
« Alors, on repart vraiment? – Oui, pourquoi pas, mais on va pas se presser, on verra. »

Quand tout va bien, quand tout va mieux, on parle d’avenir, c’est normal.
Et l’avenir, quand on a deux beaux lardons, c’est d’en faire des nouveaux.

La fille se surprend à se dire que c’est peut être trop tôt, qu’il ne faut pas être fragile pour un tel projet, que la mer redevient tout juste calme. Elle attend. Si, si.
Et puis parce que c’est l’histoire de leur vie, qu’elles ne savent peut être pas ne rien faire, un jour sur un banc, à regarder jouer leurs enfants, alors que le début de la conversation part d’un constat conjoint que c’est si bon que ce soit simple, que c’est apaisant de se dire que pour une fois, on a pas un nouveau projet grandiose dans l’année à venir, la même discussion se termine – la fille ne sait toujours pas comment – par « Alors on y retourne? – Oui, si c’est ce qu’on veut, on a qu’à commencer ».

A ce stade de l’histoire c’est important de dire que sa femme dit à la fille « De toutes façons tu te débrouilles, tant que tu me fais une petite fille de septembre avec des yeux noisette, moi je m’en fiche ».

C’est l’histoire d’une fille qui a toujours dit qu’elle ne ferait pas d’enfant les années impaires.
Mais qui dans sa logique toute personnelle pense que les années en 0 et 5 ne sont pas impaires.

C’est l’histoire d’une fille qui est repartit en Belgique en fin d’année parce que, de toutes façons, ça allait prendre du temps pour avoir un cycle qui tombait une fois par an et trouver le bon traitement.
Qui a vu ses règles débarquer trois jours après et les jours du cycle s’enchaîner et qui a dit à sa pote gynéco « l’insé ne peut pas tomber jeudi, tout tomberait parfaitement, les enfants seraient gardés, on bosserait pas, et c’est jamais comme ça que ça marche, c’est pas assez le bordel, c’est presque trop simple.. ça ne tombera jamais jeudi »
Du plus beau bordel naissent les plus grandes choses. Vous lui rappellerez.
Et qui est parti, direction Bruxelles, sa femme avec elle, le fameux jeudi, retrouver ces lieux si familiers et si lointains.
Et qui a raté un épisode de la Nouvelle Star.

C’est l’histoire d’une fille qui a dit qu’elle ne voulait pas se prendre la tête pour cet essai, qu’elle partait en vacances le mois suivant et qu’elle pourrait tromper sa tristesse de l’échec dans les cocktails de Floride.
C’est l’histoire d’une fille qui s’est dit que pour s’occuper l’esprit à ne pas penser aux jours à compter pendant les essais suivant allait se présenter aux élections.
C’est l’histoire d’une fille qui n’avait que des tests de grossesse périmées chez elle et qui s’est demandée si ça marchait quand même, qui en a fait racheter un à sa femme quand même parce qu’on pourrait pas conclure.
C’est l’histoire d’une fille qui, comme tout le monde a fait pipi trop tôt sur ces putains de test, qui a vu un positif franc sur le test périmé et un truc bizarre qu’on savait pas trop ce que c’était sur le nouveau.
C’est l’histoire d’une fille qui s’est dit qu’elle attendrait deux jours et qui a finalement traîné ses deux fils en catastrophe au laboratoire à midi pour faire une prise de sang.

Qui a fait croire à sa femme que le labo n’avait pas pu valider les résultats pour le soir même et qui entre temps avait récupéré une enveloppe, qu’elle ne voulait pas ouvrir seule, mais à qui la laborantine avait dit « Vous voulez savoir? C’est positif »

C’est l’histoire d’une fille qui a toujours dit qu’on n’achetait rien avant le dernier trimestre et qui pour lui annoncer a acheté un body. Rose.
Et même deux, parce qu’ils étaient vendus par deux. La parité, encore. Et du champagne, rosé.
Sa femme, qui la connait par coeur, avait le reste du repas.
Et les mêmes étoiles dans les yeux. Que la première fois. Que la deuxième fois.

Cette fille a passé de supers vacances, ça aussi c’est important pour la suite, car on ne sait jamais quand tomberont les prochaines, croyez moi.
Elle s’est retrouvée à faire des contest avec son propre corps qu’elle vous racontera. Elle a râlé de ne pas pouvoir boire de Margarita devant le golfe du Mexique ou de Mojito sur Ocean Drive.
Mais au fond elle savait, déjà, qu’elle n’avait pas le droit de râler.
Qu’elle n’avait plus le droit.
Et sa femme lui avait même acheté des Bières sans alcool.

C’est l’histoire d’une fille qui a compté les semaines, en comptant les jeudis, en comptant les Prime de la Nouvelle Star. En parlant à son ventre pour qu’il écoute Emji, et en croisant les jambes pendant que Nelson chantait.
Une fille qui s’est dit que c’était pas gagné, qui a compté les semaines, mais qui s’est dit qu’à la fin du programme, peut être que ça le deviendrait.

C’est l’histoire d’une fille qui en rentrant de vacances, trompe un jour de plus de stress à se demander si tout cela est bien réel, si la vie lui donne vraiment la chance qu’elle ne pense pas mériter, si ce truc complètement dingue est vraiment en train d’arriver.

Et en fait non.

En fait ce jour là, ce mardi, le gynécologue lui a dit de se déshabiller, de se peser, sa femme a refait une blague sur les lamentins de Floride, lui a alloué un crédit de 70kg max, puis elle s’est allongée, il lui a mis du gel bleu sur le ventre.
Et puis c’est là, c’est à ce moment là que le bordel est vraiment arrivé.
Parce que c’était trop simple avant, elle l’avait bien senti.

« Ah mais c’est une grossesse gemellaire !!! »
Euh, ah oui tiens.
« Mais il faut que je change de logiciel!!! »
Ah.
Euh, nous aussi, peut-être.

C’était pas un truc complètement dingue qui était en train d’arriver.
C’était deux.

C’était deux petites peanuts.
Côte à côte, comme un petit club.
C’était nos enfants.

Le temps que le gynéco « aille changer son logiciel », elle a regardé sa femme.
Elle avait, déjà looseuse bouhh!, les larmes aux yeux.
Mais ses yeux… Encore.

C’est l’histoire d’une fille qui a su, vraiment su du plus profond de son âme et de son corps, à cette seconde là, que tout irait bien.
Tout.
Pour eux.
Pour elle.
Pour tout le monde.

Mais elle l’a oublié quelques jours après donc ça aussi je vous charge de lui rappeler.

C’est l’histoire d’une fille qui me ressemble beaucoup, mais qui bien sûr prendra beaucoup plus de poids que moi nous sommes bien d’accord? Même si elle a demandé un droit de rallonge sur les 70 quand même.
Qui s’est « juste » pris une petite marge pour les statistiques d’avoir « une petite fille du mois de septembre »
Qui doit juste ralentir son cerveau qui tourne à bloc depuis, la voiture, l’appart, la poussette double, le labrador, les soutifs d’allaitement…
Qui est bien embêtée maintenant avec les sollicitations politiques qui lui passent loin, mais alors très loin, du cerveau imbibé d’hormones.
Qui a vu Emji gagné la Nouvelle star.
Et qui est enceinte.
De deux lardons.

Enfin non, je crois que c’est juste le début de l’histoire en fait…
« C’est du plus beau bordel que naissent les plus belles choses » Linem. 2009.

 

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