Nage, nage, petit poisson

Ta tête repose au creux de mon cou avec cette respiration lente et régulière qui m’apaise. Je caresse ces boucles blondes toutes emmêlées de ton sommeil, émue par cette sensation lointaine, le poids de ton petit corps qui pèse sur mon bassin, me rappelant l’époque où nichée à l’intérieur de moi, j’avais l’impression que tu reposais sur mon ventre. Mais aujourd’hui tes longues jambes dépliées descendent jusqu’à mes genoux et tes cils qui clignent dans ton sommeil me chatouillent le cou.

Trois ans. Et demi pour être exacte. C’est rien trois ans. A trois ans on imagine le trampoline sur le lit, de la confiture qui barbouille la bouche, des rires en s’échappant dans le couloir et ton innocence, toujours. Il y a de ça aussi, surtout, et c’est tant mieux. Mais il y a aussi ce long début d’apprentissage de la vie et des autres. Et si on est préparé en tant que parents à beaucoup de choses, il n’est pas toujours aisé de voir son enfant se confronter seul à la vie : les premières séparations, les premiers chagrins d’amitié, les premiers regards des autres, les premières critiques, les vies qui s’en vont subitement, qui nous laissent cois et qui t’amènent à t’interroger sur ce que c’est, la vie. C’est marrant d’ailleurs, moi qui me suis assez confrontée à la mienne durant tant d’années et qui en  reconnait les bienfaits, d’éprouver ce besoin de te protéger de tout. Cette envie de t’offrir une vie idéale en t’épargnant le moindre coup.

De remplir cette tête et ce cœur d’amour, de confiance, d’armes pour te défendre, de partage, d’histoires de princesses et de dragons, d’ouverture et de liberté. T’apprendre que tout est possible tant que l’on s’en donne les moyens. De m’assurer que tu ne seras jamais seule et que tu ne manqueras de rien.

Et te laisser voguer avec ces bagages pleins.

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