Je suis touchée

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Lego a écrit « ça ne se fait pas »… et j’ai frémi. Pas de peur ou de honte, non, juste le petit frémissement doux de l’Alizé, du Mistral de printemps. Celui qui aurait une forme de madeleine s’il se transformait en quelque chose à manger.

J’ai frémi de plaisir. J’ai compris comment prendre ce « ça ne fait pas ». Je l’ai traduit simultanément en « ça se fait ». Ou plutôt en « ça doit se faire », « il faut que ça se fasse ». Toucher un dos, faire un câlin, passer une main sur une nuque, appuyer sa paume sur une épaule.

Je l’ai tourné surtout en « ça ne se dit pas »… et je me suis dit : pourquoi ?

Pourquoi on ne peut pas dire haut et fort qu’on est touché, ou que l’on touche ? Au sens propre comme au figuré.

Pourquoi je réfléchis à deux fois à raconter que l’autre jour, fatiguée que j’étais de courir partout, de douter de partout, de ressentir de partout, je suis restée là, les yeux dans l’eau de mes yeux ? Et que je n’ai pu me relever qu’après que ma voisine de table ait puissamment et longtemps appuyé sur mon épaule ?

Pourquoi ai-je hésité deux secondes à poser ma main sur le genou de ce grand gaillard qui pleurait devant moi un matin de février devant un café ? Epuisé qu’il était de se battre contre tout. Contre lui surtout. Pourquoi l’ai-je fait finalement ? Et comment je pense que l’on s’est aidé lui et moi dans ce moment ?

Pourquoi ça ne se ferait pas de prendre la main d’une autre, de garder ses doigts dans les siens ? Parce que ya rien plus rien à dire. Rien de mieux à faire.

Je dis souvent que je suis un animal. Cela fait de moi quelqu’un de méfiant, de distant. De sensible aussi. Sensitive diront mes ancêtres.

J’aime les mots. Mais ce que je préfère, ce sont les gestes. Ceux, précis qui rassurent. Ceux qui invitent à partager des choses. Fines, fortes, intimes. Ceux qui ne trompent pas.

Une ultime accolade avec mes frères et sœur avant de regarder partir un être cher.

Un « blottissement » entre mon fils et moi avant de dormir.

Ma tête enfouie dans son cou dans ces moments où j’ai 5 ans qu’elle est la seule à pouvoir comprendre. Et résoudre.

Ca ne se fait pas ? Vraiment ?

Ces gestes qui apaisent, qui soutiennent, qui disent des choses qu’une voix cassée ne veut pas prononcer. Ces gestes qui ne racontent pas d’histoires, juste celle du moment, de l’instant. Qui ne s’embarrassent pas des convenances, des errances et du qu’en dira t-on ?

Ces gestes que j’aime pour et par toutes les personnes que j’aime. Et tant pis, si le monde trouve que j’aime trop. Ou pas assez.

Je suis touchée.

 

 

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