Je veux

je veux

« J’veux un enfant

J’veux un enfant

J’veux dans mon ventre

Sentir le sang

La vie dedans

J’veux un enfant »

Je ne vais pas écrire un texte léger ou amusant. Ceci n’est pas un texte réservé aux homos, mais à tous les couples « childless » par force et non par choix. Ceci est un texte écrit par moi encore en train de me relever de ma 7eme tentative de faire un enfant par l’intermédiaire de tout un tas de médicaments et de calendriers d’hôpitaux.

« j’me sens bien seule,

Je ferme ma gueule,

Quand autour de moi

Toutes les cigognes,

Frappent aux portes,

Sans passer par la »

Le temps passe, les enfants grandissent autour de moi et les choses changent perceptiblement. Tu sais que ça fait longtemps que tu galères quand :

Quand les gens réfléchissent avant de s’enquérir de tes nouvelles, par crainte de ta réponse.

Quand tes amies proches tournent autour du pot pour te dire qu’elles aussi retournent en parcours de procréation médicalement assistée pour leur 3eme. Qu’elles ne savent pas comment t’annoncer que ça a marché pour elles.

Quand tu rechignes à filer ton adresse parce que tout ce que tu reçois comme courrier dans ta boite aux lettres depuis… quoi, 3 ans ? ce sont des faire parts de naissance avec des bouilles adorables de nouveau-nés tout frais.

Quand t’en es a la page 234 (deux cent trente quatre) de tes récits, des encouragements, des consolations et des cybers câlins sur le forum « enfants arc en ciel », ou tout a commencé.

Tu sens que ça commence à tirer parce que a chaque négatif tu mets 24h de plus à te relever et retrouver les couleurs aux choses. Que tu deviens de plus en plus difficile a consoler.

« J’ai envie d’hurler

J’ai envie d’pleurer

J’maccroche a ton cou

Qu’est ce qu’ils font les autres

Qu’est ce qu’ils ont les autres

de plus que nous ? »

D’ailleurs tu le sais que personne ne peut vraiment te consoler, personne ne peut vraiment t’assurer que ça marchera un jour. « Mais si ça marchera, allez, y’a pas de raisons ». Or on le sait bien que les choses arrivent ou n’arrivent pas sans raisons. Les maladies, les accidents, toutes ces fois ou la vie pointe son doigt aveugle et décidé sur l’un d’entre nous sans raisons aucunes. Toi t’as le cancer du sein, c’est comme ça. Toi tu nais dans un pays en guerre, c’est comme ça. Toi tu te prends un bus au coin de la rue, c’est comme ça. Toi tu tombes enceinte, puis toi, non.

« J’me fous des discours,

des mots qui rassurent des professionnels,

Connaissez-vous la peine d’une femme qui rêve d’être mère ? »

Je me relève et je continue, parce que je n’ai pas le choix. Si je suis courageuse ? Le vrai courage serait de prendre la décision d’arrêter, comme on me l’a très justement dit aujourd’hui. J’en suis incapable. Je suis coincée dans cette course en avant.

Le vrai courage est pour ceux qui se battent contre des tragédies telles que la guerre, la maladie ou le deuil. Moi, ma tragédie, c’est ma représentation de nous en tant que parents et mon envie de la concrétiser, sur fond d’horloge biologique qui fait baisser une courbe statistique vers le bas. Je suis lucide, ce n’est que mon histoire, il ne s’agit que de moi et mon nombril. Il y a toujours l’espoir que cet embryon s’attache, tant que je me relève et essaie.

« La belle je sais faire,

La conne je sais faire,

La cuisinière aussi.

La fille je sais faire,

La pute je sais faire,

Pas donner la vie »*

Si je vous parle de cette manière c’est que je suis toujours à genou, un peu cynique, beaucoup blasée. Mais je vais me relever parce que je le fais à chaque fois, et que je suis de nature coriace et nous allons retenter et y croire, jusqu’au cœur de nos cellules comme à chaque fois, la prochaine c’est la bonne, et si ce n’est pas la prochaine ce sera la suivante.

*paroles : Les Brigittes, « je veux un enfant » hyper dans le contexte pour moi, merci Circé

*image « le Bleu est une couleur chaude » juste apres sa question « que manquerait-il a ce Bonheur? »

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