Vous me gênez

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Or donc nous voilà mariées. Nous voilà aux portes de ce début de nouveau parcours. Comme si le parcours (répétition) était un mot obligé pour les couples homosexuels : parcours du coming-out, parcours pour avoir un enfant, parcours pour accepter ne pas pouvoir en avoir. Parcours de l’adoption. Parcours pour devenir ce que nous sommes déjà : des mamans.

En ce qui nous concerne c’est ma femme, Pop, qui va adopter notre fils.  Son fils depuis toujours.

En y pensant, je ressens cette gêne, toujours la même, qui me vient quand nous parlons de Timothée avec un « référent » : pédiatre, institutrice,  employé d’une administration. Sur le papier (expression) il n’y a aucun problème mais en réalité c’est à moi qu’on s’adresse. Toujours.

Alors oui bien sûr,  je prends de la place. Je suis comme ça,  avec mes doutes, mes questions.  Je suis un ours communiquant un drôle d’animal qui sait prendre la parole tout en ne la voulant pas. Oui bien sûr,  notre fils me ressemble physiquement beaucoup. Il paraît.

Bien sûr pour l’instant mister T ne porte que mon nom.

Oui bien sûr.  Mais cette gêne quand même. Quand nous nous déplaçons au maximum à deux pour tous les rendez-vous qui concernent notre enfant.  Quand nous savons à quel point, elle et moi, l’avons voulu. A égalité. Quand je sais moi, tout au fond, que l’ours que je suis ne suffirait pas à mon fils si nous devions rester sans elle et combien, à l’inverse, elle remplirait parfaitement tous les rôles si je venais à disparaître.

Oui bien sûr mon amour est timide. Un peu. Oui elle pense évidemment à tort que l’ours a toutes les réponses. Et que ce n’est pas grave. « Non. Tu crois ? Je n’ai pas remarqué ».

Mais cette gêne,  ce malaise à voir ces personnes si bien intentionnées ne pas s’apercevoir qu’elles occultent 50% de la vie de notre fils en ne regardant que moi. En ne s’ adressant qu’à moi. Qu’elles ne sauront jamais rien de ces moments où il l’appelle ma maman préférée (il a bon goût). Qu’ils balaient d’un regard ses larmes à ne pas pouvoir soulager parfois sa douleur, ou ses pleurs. Ou les deux.

Me regarder moi ? Pourquoi ? Pour une graine dans mon corps ? Et pas dans le sien ? Pour quatre lettres sur une carte d’identité ?

Vous y perdez ses yeux vert à tomber.  Son sourire si franc et si blanc. Vous y perdez ses mains qui accompagnent toujours le verbe.

Et vous me gênez.

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