L’ambassade du bonheur

C’est une maman qui me l’a fait remarquer hier, non sans une pointe d’ironie  : « Et bien elle est appréciée Loulette, tous les soirs quand je vais chercher ma fille à la garderie, elle est sur les genoux de Nanou. Elle lui fait des bisous, elle la coiffe, c’est sa poupée en fait… ». Nanou, c’est la doyenne de l’école, une petite bonne femme énergique qui doit approcher de la retraite. C’est le repère-mamie d’une Loulette qui cherche encore sa place en groupe.

Le jour où Nanou a remplacé l’ATSEM habituelle, j’ai soudainement vu le visage habituellement intimidé  de ma  fille s’illuminer avant d’aller se jeter dans la salle avec un « ooooh c’est Nanou, bonjour Nanou, je suis contente de te voir » devant le sourire discret de la maîtresse.

Nanou a toujours été bienveillante à notre égard. Un jour alors que notre arrivée fut saluée par  des cris de joie de Loulette ravie de voir que ses deux mamans venaient la chercher ensemble, une petite fille s’est exclamée « mais pourquoi elle a deux mamans? ». Et Nanou prise de court lui a répondu « ben ça arrive, des fois il y a des enfants qui ont deux mamans… ».

Hier soir c’est ChérieLégo qui a récupéré Loulette à l’école, assise à sa place habituelle sur les genoux de Nanou.

– On y va Loulette?

– Ah non moi je veux jouer au toboggan!

Et là voila qui s’élance au fond de la cour. Nanou tire ChérieLégo par la manche, un peu à l’écart du groupe.

« ça vous ennuie si on discute un peu…Je voulais vous dire que ça me fait du bien de voir votre famille. On a appris il y a quelques semaines que notre fils est homosexuel. ça c’est fait de manière spéciale, c’est son ex compagnon qui nous a envoyé un message pour nous le dire.  On a eu un choc avec mon mari. J’ai beaucoup pleuré ici au travail, mes collègues me remontait le moral, me disait que c’était pas grave, que l’important c’est qu’il soit heureux. Et puis moi je disais à mon fils que j’avais peur, à cause du regard des gens et puis de la vie qu’il allait mener…Et mon fils me disait que ça m’empêcherait pas d’être grand mère, qu’il avait envie de trouver un compagnon avec qui il aurait des enfants… »

Loulette se met à crier et chanter dans la cour. Nanou reprend :

« Elle respire la joie de vivre cette petite, elle est bien dans ses baskets. ça me montre qu’un enfant peut être heureux avec deux mamans ou deux papas. ça me fait du bien de voir que vous ne vous cachez pas, que vous êtes bien accueillies à l’école par le personnel et les autres parents…Quand je pleurais mes collègues vous prenaient en exemple pour montrer que mon fils pouvait être heureux lui aussi… ».

Voila comment notre famille visible, notre fille, par sa joie de vivre et sa sociabilité devenons sans le vouloir des ambassadrices de l’homoparentalité 😉

 

 

 

 

 

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