Mais, Chéri…?

IMG_4092Avez-vous vu cet extrait de l’émission “on n’est pas couches”, ou Anne Dorval, actrice Québécoise, s’étrangle de stupeur face au discours d’Éric Zemmour ? « hey mais voyons donc quelle régression ! J’en perds mes pinces à cheveux !». Je ne sais pas si, comme elle le dit, 95% des Québécois ont la même ouverture d’esprit face aux homosexuels. Mais pour y vivre en couple et en parcours FIV depuis plus d’an an, je peux affirmer que 100 % ont affiché au mieux un sourire chaleureux, au pire la même indifférence neutre et polie que pour n’importe lequel de leurs concitoyens.

Ici on ne réfléchit pas une demi-seconde lorsque l’on rencontre quelqu’un qui s’entiche de notre histoire pour savoir si on peut ou non lui dire que l’on est en couple avec une fille. Ici on ne doit pas, vite fait mal fait, essayer de juger du penchant politique ou religieux de son interlocuteur pour oser dire qu’on est au Québec pour y fonder une famille homoparentale. On peut se détendre. Ici tout le monde s’en fiche.

Un soir du mois de Juillet, alors que l’on sortait rappeler notre matou qui traine dans la ruelle, on salue les voisins d’en face installés sur leur terrasse à la lumière de chandelles et guirlandes. Le temps d’échanger les premières politesses par-dessus la clôture que l’on se retrouve assise à leur table, avec une bouteille de rhum et une assiette de tranches de pomme et cubes de cheddar sous notre nez. D’un certain âge (la bonne cinquantaine), ils nous montrent un visage lumineux de ce que les familles recomposées peuvent être. Ils se sont rencontrés y a une dizaine d’années seulement ; elle a 4 enfants et 3 petits enfants, lui a 2 enfants, et tout ce petit monde vit fouilli fouilla dans cette maison et chez les beaux-parents, vont et viennent, sortent les deux huskies au parc, vident le frigo et organisent les vacances au chalet.

Après 2 verres de rhum, on en était à comparer les meilleurs spots de plongée en mer rouge lui et moi, ce qui fait le plus peur entre la masse souple du requin ou la gueule carrée du barracuda. On est tombés d’accord pour le barracuda. Quoi qu’il doit exister des requins a gueule carrée…

Au troisième verre on parlait de nous. « Pourquoi donc le Québec ? ». Julie parle des manifs en France, de nos familles pas particulièrement chaleureuses, des tracts dans la rue, du mariage obligatoire, de l’adoption obligatoire, de la PMA interdite. « Vous êtes donc venues ici pour faire un enfant ? Voyons donc ça fait pas d’bon sens toute cet’ peine-la ! ». On opine du chef. Une gorgée de rhum.

Lui « J’peux vous demander combien donc ça vous coute cette affaire-là ? »

Julie « C’est 700 dollars la paillette de sperme sinon le processus est gratuit »

Lui – repose son verre bruyamment sur la table en verre « Ben la ! Moi j’ai su faire de beaux enfants et vous m’êtes tellement sympathiques, si jamais vous voulez y réfléchir, je serais plus qu’heureux de vous fournir de mon sperme a moi ! »

Nous regardons sa femme qui le regarde. Enfin pas sa femme, sa blonde. Je ne suis pas certaine qu’ils soient maries. Je caresse le chien qui me sourit.

Lui « bien sur faudrait que tu sois d’accord chérie ! Tu serais-tu d’accord pour qu’on les aide ces deux jeunes filles-la ? »

Elle, les coudes sur la table, soutient son regard « ben oui mon chéri ça fait pas de doute, je s’rais pas contre mais »

Il la coupe en reprenant son verre « mais je l’savais que ça ferait pas de problème nous autres on a le cœur simple »

Mais elle n’avait pas fini sa phrase et elle soutient toujours son regard. Elle semble attendre autre chose de lui qui manifestement ne vient pas.

« Mais voyons donc Yves !» un ange passe, je mange le dernier bout de cheddar « dois-je vraiment te rappeler que tu t’es fait vasectomiser il y a de ca 20 ans ?? »

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