Mon gynéco et moi

gynéco

Ma première gynéco, c’est ma pote Delph qui me l’avait conseillée.
Il parait qu’elle était cool et gentille, et ça nous faisait marrer d’être « pote de gynéco ».

J’avais à peine vingt ans, j’étais jeune et sans le sous, ni soucis d’ailleurs. Je pensais pas encore vraiment à avoir des enfants mais plutôt à savoir quand serait la prochaine soirée Med et si y aurait des TNT.
Quand elle m’a dit « vous avez des ovaires polykistiques, c’est pourri mais vous inquiétez pas, pour avoir des enfants, c’est pas compliqué, on stimule et ça marche très bien », j’ai failli tombé de ma chaise.
Euh.. des quoi?

Quelques mois plus tard, elle s’est suicidée en sautant du toit de l’hôpital. Si, si. J’ai donc du changé de gynéco. J’ai été sur le campus au truc gratuit, je suis tombée sur un homme d’âge mûr qui n’y connaissait vraisemblablement pas grand chose en vie sexuelle gay et qui a décrété qu’il ne pouvait pas m’examiner. Ah non? Ah bon, ok, bon bah salut alors.
Il pouvait en revanche bien s’amuser à me palper les seins pendant bien plus de temps qu’il n’en faut pour un examen normal mais bon, passons.

Ensuite, j’ai eu envie d’avoir des enfants. Quelle idée hein? Oui je sais.
Et là, je me suis rappelée la phrase de la gynéco « pour avoir des enfants, c’est pas compliqué ».
Et tout de suite, ça m’a paru un peu foireux comme adage.

Je sais plus trop comment ça s’est passé.. ah si ! C’est Delph, encore, à qui j’en ai parlé, chercher un gynéco open minded, qui veulent bien nous suivre dans ce parcours. Elle m’a dit attends je lui demande, et puis un jour elle m’a répondu « c’est bon elle est d’accord ». J’ai donc pris rendez vous. C’était au final la partie la plus compliqué, et ça l’est toujours, vu le mode de fonctionnement de ce secrétariat où avoir une secrétaire et une date libre relève -presque- du même taux de probabilité que gagner à l’Euromillion.

La gynéco m’a regardé. Je l’ai regardé. Elle m’a re-regardé. Elle a vu mon dossier, mes ovaires pourris et ma chérie à coté et m’a dit :
« Mais avec vos ovaires pourris, pourquoi c’est pas votre compagne qui porterait vos enfants? »
J’ai dit « Bah je suis la plus vieille, alors je commence, et puis si ça marche pas on changera. C’est pas comme ça qu’il faut faire? »
Elle m’a regardé. Elle a dit ok. La réponse lui allait.

Elle nous a donc aidé, guidé, piqué, écarté les jambes, couverte de gel échographique, spéculisé, félicité (lardon un est arrivé entre temps), frottisé, aie ça pique, checké les seins, envoyé faire une mammo parce que c’était suspect, dit de pas m’inquiéter, rassuré, refélicité (lardon deux était arrivé entre temps).
Bref, cette femme a beaucoup compté pour nous.

Entre temps j’ai montré mes fesses à plein de monde. D’autres gynécos, ailleurs, plus près, plus simple. Des sages-femmes, des copines presque « salut et à la maison ça va, oui vas y mets toi sur les étriers, tu passeras prendre le thé un jour » Je vous défie de mettre étrier et thé dans la même phrase. Performance.

Depuis quelques temps.. breaking news / je pense à un troisième lardon.
wow wow wow j’ai dit pensé !!
Le voir/la voir grandir (non parce que si c’est encore un garçon ma femme nous revend tous les quatre sur le boncoin je crois..) c’est même pas ça qui fait peur.
Etre une famille nombreuse, le spectre du monospace et du labrador, même pas peur..

Mais repenser à tout ça, ce combat, cette galère, devoir convaincre quelqu’un de nous aider dans ce parcours, se justifier, affronter les refus, par peur, par bêtise, par je sais pas quoi..
Devoir mendier non pas un droit, mais une aide, un soutien, un conseil, un suivi quoi.
Dis tu veux bien être mon gygy? ça fait tout de suite moins Saint Exupéry.
Et puis après les piqûres, les j1, les j3, les j9, les jfuck.
Repenser à courir au bout de l’Europe parce que oui on a bien compris, nos fesses ne sont pas les bienvenue ici…

Nan c’est trop dur..

C’est con nan?
Ne pas faire d’enfant finalement, non pas parce qu’on n’en veut pas, mais parce que la logistique est trop compliqué
Qu’on a pas envie de recevoir la haine dans la gueule, écarter ses jambes pour des gens qui ne sont pas homophobes non mais qui pensent quand même que vous n’avez pas à avoir des enfants ce sera cinquante six euros s’il vous plait je suis déconventionné
Qu’on a plus envie de se justifier, de dire combien on est tout autant démuni que d’autre face à la nature, et que non ce n’est pas un choix non plus.
Qu’on a pas envie d’entendre « qu’on pourrait très bien faire autrement ».
Et ta chimio pour ton cancer du poumon, on te le refuse parce que t’aurais « pu » arrêter de fumer peut être?
Et les soins de l’avp que t’as eu parce que t’étais bourré? On te les refuse parce que t’aurais « pu » choisir entre boire et conduire?

Qu’on aimerait juste se caler sous la couette, contre son dos, ses fesses, et laisser faire le reste.
Parce que ça, ça marche toujours, ça c’est sûr..
Parce que ça, c’est facile.
Mais faire des enfants.. non..

Enfin bref je vais pas me plaindre, j’ai deux lardons que j’aime et une famille dont je suis fière, je suis pas là pour faire pleurer dans les chaumières
Mais je voulais vous raconter une histoire, finir mon histoire de gynéco.

L’autre jour je suis allée chez le médecin, pour tout autre chose.
Une nouvelle médecin.
C’est elle qui m’a demandé « Et vous pensez à un autre enfant? »
Et là je lui ai tout déballé.
Ma vie, notre envie, mais l’Everest devant.

Quand c’est d’elle même, comme ça l’air de rien, qu’elle m’a proposé de nous suivre, que limite elle me mettait dans le Thalys pour me faire inséminer de suite alors que j’étais venue la voir pour des granules pour avoir moins mal au ventre et que je m’en sortais à peine de gérer mes deux lardons.. Ben, devinez quoi?

J’ai chouiné.

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