P*TAIN DE M*RDE

justice_excessive

PUTAIN DE MERDE

C’est une journée pas ordinaire. ça se sent dès le matin.
On a du partir aux aurores, elle vers le sud, moi vers ce grand bâtiment blanc. Super marraine Vivi s’est sortie du lit, pour venir gérer sa mission « dépose lardons ».  Les amis. Que serait-on sans eux? Et ce sera Papy qui gérera ce soir, pendant que je finirai ma garde et qu’elle sera à la réunion de parents de l’école. La famille. Que serait-on sans eux?

C’est la Saint Emilie. C’est une chouette journée. Et une chouette personne en plus, avec qui je travaille justement aujourd’hui. Notre travail, je sais pas si je vous l’ai dit, c’est, si je vous épargne la partie sur les gens qui râlent tout le temps et le sang, d’accompagner les gens à devenir parents.
Ce n’est vraiment pas une journée ordinaire.

« Ah mais c’est génial ton boulot, le plus beau métier du monde, ça doit être tellement bien d’être dans le bonheur tout le temps »
S’ils savaient que le plus beau métier du monde, c’est parfois recevoir 20 personnes en moins de trois heures, répondre à 40 coups de téléphone en même temps, sinon ce ne serait pas drôle, gérer des urgences, des petites, des grandes. Prendre l’inquiétude des gens, leur impatience, leur douleur en pleine face. Leur bonheur parfois aussi. Heureusement.

PTAINDE UO MLERE

Mais aujourd’hui, pas vraiment. Aujourd’hui une adolescente a débarqué aux urgences pédiatriques pour mal de ventre et s’est retrouvé chez nous, en train d’accoucher d’un bébé qu’elle n’avait pas vu venir. Une petite fleure rose imprévue qui débarque dans sa vie comme ça et une jeune qui doit vivre en 6 heures le processus que d’autres femmes vivent en 9 mois. Elle n’aura pas le temps d’accepter cet enfant, elle y réfléchira quelques mois.
Et si elle ne peut toujours pas, cette petite fille rejoindra une famille qui l’attend déjà.

Qu’est ce qu’on dit face à ça?
On se retrouve toutes autour de ce berceau. Dans un film d’Almodovar, les personnes autour de ce berceau auraient toute une histoire qui les relie à cette petite fille. Elle qui a eu trois garçons et a pleuré, un peu, quand le troisième n’était pas fille. Elle qui en a deux mais qui espère peut être de faire des couettes un jour. Elle qui compte les jours, les j1, les j10, les piqûres dans le ventre et attend comme tant d’autres ce putain de deuxième trait bleu.
Et moi.

Moi qui n’ai pas de filles, mais deux garçons, aussi.
Enfin non, officiellement un toujours.
Qui attend une adoption aussi, enfin non, deux.
Qui n’y pense pas, qui n’y peut plus rien alors qui a rangé le sujet dans une boîte, prévenu les copains la famille que ça me faisait trop peur, trop mal, que je ne sais déjà pas attendre alors que je ne peux pas y penser.
C’est tellement difficile d’être un parent entre guillemet de son propre enfant.

Aujourd’hui, c’est la Saint Emilie.
Le plus beau métier du monde pour moi, c’est aussi accompagner une femme de presque quarante ans, qui n’a pas encore d’enfants, et à qui on vient de diagnostiquer une trisomie pour cette grossesse. Qu’elle a donc décidé d’arrêter aujourd’hui. Il y a des mots qu’on ne trouve pas. Qu’on peut chercher mais qui ne viennent pas. Des non dits qui planent dans la pièce quand ses larmes ne cachent pas que sa phobie des piqûres. Quand devenir parent prend tellement de nuance de gris. Tellement.

ATIPDON LNIERE

Et quand on voit ces deux femmes, à deux extrémités de leur vie de maman potentielle, quand cette journée les marquera à jamais toutes les deux, in a so different but so similar way..
On se dit que la vie est putain de fucking injuste parfois. Ou difficile. Ou cruelle. Ou je sais pas.
Alors on prend cinq minutes, pour souffler, pour faire rentrer ces petites larmes qui montent, sous la carapace de boulot qui est si forte pourtant
Et on a reçu un mail.

Un mail que je ne pensais pas avoir la force de lire seule.
Des lettres qui volent devant mes yeux.
Des mots qui dansent.

ADOPTION PLENIERE

« .. du code civil qui dispose que le mariage et la filiation adoptive emporte les même effets, droits et obligations par les lois que les époux ou les parents soient de sexe différent ou de même sexe… que la notion de fraude à la loi doit être relativisée dans la mesure où elle serait caractérisée en réalité par le bénéfice régulier d’une disposition légale applicable dans un pays européen et non par l’application frauduleuse d’une loi française.. »

« .. que la prétention doit être appréciée à la lumière de l’intérêt de l’enfant.. que cet intérêt peut être celui de voir coïncider sa réalité quotidienne à sa situation juridique »

« …. l’acte envisagée n’est pas de nature à compromettre la vie familiale et qu’il apparaît opportun dès lors qu’il vient traduire un lien affectif incontestable »

Voilà.
Agnès Moulinier, procureur de la république.. Je t’aime.

Mon fils à deux mamans.

Je peux mourir maintenant.
Je peux faire n’importe quoi.
Je peux partir en live et vouloir runaway with Kristen Stewart. Ou non, avec Cécile, la plus belle fille du monde.
Même ma femme est d’accord, elle n’a décroché le téléphone qu’au bout de mon troisième appel.
La statue de la liberté peut embrasser la justice.
Je peux redresser les épaules.
Je peux jeter cette boîte, cette année 2013 de merde loin.

Il ne peut plus rien arriver.
Je peux chouiner.
Je peux crier.
Je peux sautiller partout en secouant ces feuilles blanches dans les mains.
Mon fils a deux mamans.
C’est écrit noir sur blanc.

Ils peuvent défiler encore et encore, ils peuvent dire que le monde va s’écrouler, ils peuvent me traiter de tous les noms.
Il ne peut plus rien nous arriver.
Je suis tellement contente et en même temps c’est tellement normal
Je suis soulagée et en colère que ça aie été si compliqué
Que cela le soit encore pour tant d’autres parents.
Qui attendent eux aussi leur Agnès Moulinier.
Comment on peut mettre en question la parentalité des gens.
La vie ne le fait pas déjà elle tellement?

Je peux appeler tous nos amis.
Je peux appeler toute la famille, ah non, je leur dirai dimanche.
On fera couler du champagne partout.
Encore un clin d’oeil de la vie, ils seront presque tous là, c’était prévu.
Les deux papys, les quatre mamies, les tatouilles, les tontons, les parrains, les marraines, les témoins, les cousins, les cousines.
Tous.

C’était la Saint Emilie aujourd’hui.
La vie n’est pas simple.
Mais mon fils a deux mamans.
Je peux mourir maintenant.

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