Peu importe la plage

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Elle est allongée au soleil. Elle a l’air si détendue.
Je goûte sa peau dorée. Chauffée.
Elle est bien, je le sais.
Loin du tumulte. Du vacarme. De la vie de famille qui parfois nous étrique.
De notre vie de couple qui a connu ses premières glissades. Ses premières montagnes russes.
Sept ans.
Sept ans bientôt qu’elle est là. Parfois tellement fragile. Ma brindille. Mon cristal.
Parfois tellement forte, quand je ne sais plus ce que je peux bien lui apporter. A part des embrouilles, des larmes et des silences.

Elle est allongée dans cette crique de pierres blanches où nous voilà seules au monde.
Si près de chez nous. Si loin pourtant. En un coup de bateau.
Ecrasées par la chaleur. Par le plaisir d’être là, côte-à-côte. Comme il se doit.
Parce que nous sommes mariées à présent.
Depuis deux semaines à peine.
Depuis toujours en réalité. Depuis sa façon de monter les escaliers vers mon appartement la première fois que je l’ai vue. Qu’elle m’a souri.
Comme une évidence.
Elle que j’ai qualifiée de “femme de ma vie” dès le premier jour à mon plus vieil ami.
Celui qui a chanté à mon mariage. Élégamment. Sobrement. “You just call out my name…”
Mon ami.
Mes amis. Tellement présents ce jour-là. Comme un rappel. Que nous serons toujours si proches.
Tellement présents les autres jours aussi. Il y a des mois, des années. Quand les marches se rataient et que les coeurs se fendaient.
Quand tout a été si violent. Quand tout l’est parfois encore.
Comme un rappel qu’il ne faut pas se lâcher. Se perdre de vue. Jamais. Sinon c’est l’équilibre cosmique qui flanche.

Elle est allongée, un léger sourire aux lèvres. Je la regarde. Je l’embrasse.
Ma femme.
Celle à qui j’appartiens.
Parce que si souvent le calme dans la tempête.
Les mots sur les blessures.
L’étreinte dans la douleur.

La mère de notre fils.
Qui m’a dit “oui” dans cette mairie où plane un fantôme bienveillant auquel elle pense à chaque seconde. Auquel je pense aussi tellement. Dans les pas du petit T. sur la plage de Monaccia. Dans la mer. Dans les livres. Dans ce qu’elle est : une maman attentionnée, dévouée, inventive.
Qui a pris un grand souffle pour que toute la salle l’entende. Ma brindille. Mon cristal.
“Oui” !

Elle est là. Allongée. Elle est tout ce que je sais.
Mes repères. Ma bouée.
J’aimerais lui dire à quel point je la trouve belle. Mais je sais qu’elle ne me croit jamais.
Et je ne veux pas la réveiller.
J’aimerais lui promettre une vie sans pleurs, sans corde usée. Sans doute et sans douleur.
Mais elle me dirait que ce n’est pas la question.
Je sentirais mon immaturité à souhaiter tout cela, alors que la chose qui l’importe et qui doit m’importer c’est de nous accompagner. Toujours.

Peu importe la route. Peu importe la plage. Pourvu qu’on soit ensemble.

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