Dialogue

dialogue

Je plante le décor pour que vous puissiez avoir les images qui vont avec le son.

Je suis Austinmini, celle qui a quitté le Qatar ou je travaillais depuis 5 ans pour m’installer à Montréal avec le projet fou de faire un enfant avec elle. Parce que Montréal ça à l’air mieux qu’ailleurs, et ça l’est pour la tolérance et l’acceptation. Mais pas pour le trouver du travail. Alors régulièrement, entre deux calendriers de la clinique de fertilité, je reviens dans le désert pour bosser.

J’y suis donc, au travail la journée et le soir à l’hôtel. Je n’ai pas de voiture, mais le chauffeur vient me chercher tous les matins et me ramène tous les soirs. C’est un indien, et entre son accent et mon vocabulaire, la compréhension nécessite souvent des répétitions, et aussi des gestes.

Le dialogue ci-dessous a eu lieu entre nous hier soir, dans la voiture. Dehors il fait 45 degres, dedans il y a la clim, le soleil est couchant. Le décor est planté. Mais laissez-moi remonter un peu le temps.

J’étais là il y a un peu plus d’un an quand, venant me chercher au même hôtel, il m’annonçait heureux comme un coq en pâte qu’il allait être papa ! Qu’ils avaient beaucoup galéré avec sa femme mais que ça y était, il allait être papa ! Comme à chaque annonce de grossesse depuis un bon bout de temps ma première réaction, si basse soit-elle, est l’amertume. Oui j’ai eu un pincement au cœur.

J’étais là il y a 6 mois quand, dans la même voiture, il me montrait tout fier comme artaban, des photos de sa femme enceinte restée en Inde (oui, son salaire est insuffisant pour lui donner le droit de faire venir sa femme avec lui au Qatar, oui). Hier soir, dans la voiture, donc :

Moi :  alors ce bébé ? comment ça va ?

Lui : ça va bien. Bon, on va peut-être devoir l’opérer parce qu’il a un petit trou au palais, mais il a 6 mois donc on va pouvoir le faire.

Moi : ah mince, un petit trou au palais, pauvre chou. Comment va ta femme ?

Lui : ça va mieux mais son taux de sucre a explosé du coup il a fallu la faire accoucher d’urgence et aussi il a fallu opérer le petit regarde – et il me tends son portable que je prends avec effroi – une photo de son petit nu avec une jambe bizarre – plus courte ?

Moi : mais il a un problème de jambe ?

Lui : oui oui mais on l’a opéré et les docteurs ont dit que il va pouvoir marcher regarde, regarde les autres photos. Je fais défiler les images. Mon cœur est serré. Silence dans la voiture, il regarde la route.

Moi : tu as du avoir très peur.

Lui : oui j’ai eu très peur pendant 2 mois. Il y a eu aussi un petit trou dans une valve du cœur mais des injections ont suffi, maintenant ça va bien. Et je peux revenir travailler.

Silence de nouveau.

Moi : tu sais moi aussi j’essaie d’avoir un enfant et moi aussi comme vous je prends le traitement

Lui : tu as les injections ?

Moi : oui j’ai les injections, pareil que vous. Et tu sais ça a marché pour moi, j’étais enceinte, mais je l’ai perdu à deux mois.

Lui : à deux mois seulement ? il faut faire très attention et rester allongée pendant trois mois tu sais.

Moi : oui mais bon quand même, tu sais j’ai fait attention.

Je regarde par la fenêtre. Les bâtiments sont beiges et poussiéreux. Les mosquées se détachent sur le ciel blanc, poussiéreux lui aussi.

Lui : il faut insister, tu sais, un enfant ca emmène de la joie dans la vie.

 

 

 

 

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