Etre (gay) ou ne pas être

mariage

Ce week end, j’étais de mariage.
C’est la série, et une belle série. Un couple d’amis que je connais depuis près de douze ans, qui se sont rencontrés sur les bancs de la même prépa où ma chérie de l’époque, future femme d’aujourd’hui, usait ses pantalons sarouels.

Déjà, ça a bien commencé, j’ai chouiné d’entrée. A la mairie.
Discrètement hein, l’air de rien. J’étais très fière de ne pas voir pleuré le week end d’avant et fallait bien que la série s’arrête, et de les voir là tous les deux, ces deux personnes que j’adore, ce si beau couple moderne, équilibré et tellement amoureux, se dire oui pour la vie, bah voilà forcément, j’ai chouiné.

Bon c’est aussi parce que, comme ma chérie était la témoin de la mariée, je gérais les deux lardons en noeud papillons et qu’ils voulaient à tout prix rejoindre leur autre maman devant et que je voulais pas – estimant que signer un acte de mariage avec deux lardons qui vous sautaient sur les genoux et tiraient les cheveux hyper bien coiffé de la mariée n’était pas recommandé – que j’en rattrapais un par la peau du coude pendant que l’autre me filait sous les pieds et atteignait, ravi et moqueur, la table du maire.. en me narguant tandis que je ceinturais péniblement son frère qui hurlait « je veux y aller ausssssiii » et que ma voisine, qui croyait sûrement que je séparais des pauvres enfants de leur maman me regardait d’un oeil noir en me disant « rho quand même laissez le y aller ». Mais euhh je t’emmerde toi d’abord. Et je chouine pas, d’abord, c’est le soleil.

Ce couple d’amis donc nous a suivi aussi depuis notre rencontre.
Il a été témoin de nos années étudiantes fofolles, de notre gestion de l’amour longue distance à coups de téléphone larmoyants en pleine nuit, de nos voyages (moins que des leurs 😉 ) et puis, plus récemment, de nos lardons, et de nos mariages.

Le premier, justement, aux Etats-Unis, ils étaient en vadrouille quelque part entre Haiti et le Ladac, à moins que ce ne soit la Bolivie ou l’Inde. Ils furent parmi les grands absents de cette si belle journée, mais nous savions, au fond de nous, du moins nous l’espérions, qu’il y aurait une deuxième chance.

Pour cette deuxième chance, l’an dernier, ils ont été près de nous quand nous l’attendions. Quand des milliers de gens roses et bleus déferlaient dans les rues et que je chouinais (encore). Alors ils étaient bien sur là pour le deuxième, à la place de témoin et de photographe officiel.

Elle est la marraine de notre fils aîné, la meilleure amie et témoin de ma femme et il est l’homme que j’espère que mes fils deviendront un jour.
Rien que ça. lol

C’est pour ça que, quand je les ai vu tout beaux prendre la parole pour nous remercier tous d’être là et expliquer qu’ils avaient décidé de se pacser mais que, au vue d’un mariage de leurs ami-e-s (précision de la traductrice : le ‘e’ ne s’entendait pas à l’oral), de la beauté de cette journée et de la difficulté de l’obtenir, ils s’étaient dit qu’il ne fallait pas galvauder (j’adore ce mot) l’institution du mariage et avaient donc décidé donc de se marier. Donc quand ils nous ont donc dédiées leur journée, leur mariage, forcément, je vous apprends rien, j’ai chouiné.
Et j’ai levé ma coupe de champagne (la seule et l’unique je tiens à la préciser)
(note de la traductrice : il  y avait un bar à bière et une bouteille de chartreuse) (erratum : des bouteilles de chartreuse).

Plus tard dans la soirée, j’ai rencontré des gens supers chouettes, une cousine cachée qui faisaient des belles photos et aussi le sosie de Cécile de France. Nous avons partagé une discussion philosophique avec sa compagne sur l’homoparentalité et la difficulté, ou pas, de trouver sa place de deuxième parent. C’était étonnement constructif en dépit des attaques de Chartreuse.
Et c’était chouette. Elles ont dit qu’on était un beau couple et j’aime toujours les compliments. Je les range dans un petit sac de mon cerveau que je perds tout le temps.

Et puis dans la nuit, nous avons rencontré deux frères, dont l’un était vachement plus mignon que l’autre et ça fortement vexé le brun que j’ai oublié de le dire « que dans ma tête ». Il faut dire qu’il m’avait un peu cherché, en se la jouant djeuns branchouille catho qui n’est pas homophobe (note du traducteur, la traductrice est parti se faire un café : il n’était ptet pas du tout comme ça mais c’est ce que j’ai perçu), qui pose des questions hyper trop privées en prétextant les enfants pour savoir en fait, comment on baise entre filles. Il n’a pas trop aimé quand je lui ai demandé s’ils demandaient comme ça, à tous les gens qu’ils rencontraient (à peine hein) dans quelle position ils faisaient l’amour pour faire des enfants. Si, si c’est comme ça qu’on fait des bébés vous savez, même chez les couples gays, on s’aime, on baise, on fait des enfants, ça relève de l’intime. Définition de l’intimité : pas forcément ce qu’on aborde avec le premier inconnu pas si mignon qui joue du djembé à 5h du matin. Commentaire de Cécile de France : ça devrait juste être interdit le djembé à cette heure ci.

C’est important quand même, des fois, de discuter de ces choses là, avec des jeunes garçons qui deviendront les hommes de demain. Et peut être même les leader de la prochaine Manif pour tous qui sait. Ou pas. Leur dire que non, ce n’est pas parce qu’on a les cheveux cours qu’on est forcément gay. Alors oui, Cécile et moi avions les cheveux courts, ça corroborait leur théorie, mais j’ai demandé vu que j’étais avec ma femme depuis 12ans et que j’avais les cheveux courts depuis trois seulement, si ça marchait quand même? Ou avant non j’étais pas gay?
Et depuis je m’interroge, quelle est la limite de courtitude de cheveux pour être d’office gay? Un carré aux oreilles on est bisexuelle ou pas?

C’était une discussion tout à fait surréaliste, pendant que Cécile de France se faisait passer pour ma femme (vu le discours nous étions très connues dans tout le mariage) et disait n’importe quoi en me resservant de la Chartreuse, en se foutant de la gueule de nos nouveaux amis qui n’en démordaient pas de leur histoire de cheveux. A ce moment là, ma femme, la vraie, est arrivée, dans sa robe magnifique que j’adore et avec, les cheveux longs. Le renversement de situation. Le grand frère pas mignon « Quoi, quoi, mais, mais.. »
J’ai pas pensé à lui demander, parce que je suppose qu’il doit avoir des grandes théories sur comment dans un couple gay il y avait forcément une reproduction du couple hétéro et si les cheveux courts donnaient forcément le rôle masculin et si, dans ces cas là, comment on faisait si on changeait de coupe de cheveux au court de as vie de couple, il faudra que je le rappelle. Mince j’ai oublié de prendre son numéro.

En tout cas, à six heures du matin, sur le chemin de mon lit, quand nous réalisions que nos charmants lardons allaient se réveiller deux heures après, au mieux, que Cécile deF se défilait lamentablement pour les gérer (Nan mais allez ça vous montrera vraiment ce que c’est d’avoir des enfants.. nan?), notre grand ami philosophe du djembé aura la petite phrase qui conclut la nuit :
« En tout cas, je tiens à vous dire, que juste.. que jus.. que jusque là.. (fin de soirée quand même hein je le rappelle), j’avais toujours vu et pensé que toutes les femmes gay (il n’a pas employé ce mot mais je n’aime vraiment pas l’autre) étaient.. euh.. moches.. et que là toi, toi et toi, bah vous êtes quand même des super belles nanas »
Cool. Merci mec, ça fait plaisir.

Et au final, la femme de ma vie s’est levée à 7h45 avec nos enfants.. et j’ai dormi jusqu’à midi avant de regretter amèrement la deuxième bouteille des pères Chartreux et mes vingts ans…

Je ne sais pas ce que c’est vraiment être gay, si c’est une histoire de cheveux, de beauté, de Mylène Farmer, mais à ce moment là, tout ce que je savais, c’était que je l’aimais.
Et que oui, définitivement, c’était une super belle nana.

 

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