The Mamas and The Papas

Le voyage routard en famille…Le voyage en étant une famille homoparentale. Moment parfois un peu délicat quand on voyage dans un pays où l’homosexualité est assez mal tolérée. Notre fille n’ayant pas encore trois ans, nous pouvons difficilement lui expliquer avec des mots simples que parfois nous sommes obligées de taire notre situation familiale. On en a parlé l’année dernière, quand j’avais du mimer un micro-onde dans la campagne chinoise.

Alors lorsque la propriétaire de notre guesthouse nous voit arriver toutes les trois et que Loulette se cache derrière mes jambes, elle ne tarde pas à s’exclamer dans un espagnol à l’accent cubain incompréhensible « ah donc c’est vous la maman! ». On bredouille un « oui, oui » avec mauvaise conscience. Et quotidiennement je signe le registre officiel pour elle et pour moi, car c’est mon nom qui est sur son passeport. Ce qui n’empêche pas que sans rien dire, très rapidement on s’adresse naturellement aussi bien à moi qu’à ChérieLégo quand il est question de Loulette.

Les cubains n’ont rien. Ils pointent encore avec leur carte de rationnement qui leur accorde tant de grammes de sucre tous les mois. Ils ne vous diront jamais ce qu’ils pensent de Fidel. La liberté de la presse est nulle et il n’existe d’ailleurs que deux journaux aux maigres pages à la gloire du parti. Les informations à la télévision sont triées et chantent les louanges des pays amis comme la Russie. On pourrait croire que cette coupure avec le monde les a figé dans le temps à l’image de ces veilles voitures américaines cabossées que l’on retrouve dans les rues. Que des sujets comme l’homosexualité peuvent éventuellement choquer mais davantage encore l’homoparentalité.

Que nenni. Partout ils dansent, ils boivent, ils font la fête, ils rient, ils se mélangent. Ils vivent.  A la Havane notre logeuse de cinquante ans au vernis écaillé échangeait des baisers mouillés au petit matin avec le tout jeune conducteur de vélo taxi aux yeux de tous avant que le mari ne débarque et personne n’y trouvait rien à redire. A Cienfuegos ou à Santa Clara, comme presque partout où nous logions dans nos étapes, des mères élevaient seules une tripotée de gamins. Nous n’avons jamais eu l’idée de demander où était le père et l’inverse ne nous a jamais été posé. Peut être levaient-elles à peine un sourcil devant cette petite fille blonde aux yeux bleus alors que l’on m’a maintes fois répété « Te parece a una cubana » (tu ressembles à une cubaine). A Cuba on ne pose pas de questions, c’est comme ça.  A Cuba on partage tout, les fringues pour les enfants, du lait contre du café, la garde des enfants qui jouent dehors sous la surveillance des petits vieux qui fument des cigares en jouant aux dames. Et certaines cubaines étaient fières de voir notre petite tête blonde au milieu des têtes brunes jouer pieds nus sur le trottoir de la Havane en dessinant des papillons multicolores à la craie. Elles nous disaient « elle ne fait pas comme ça en France hein? Jouer dehors avec autant de monde. Les petits étrangers sont toujours devant des écrans. Cuba, c’est mieux pour les enfants ».

Et après quelques jours passés dans ces rues, le soir dans les champs de tabac de Vinales ou dans l’atmosphère moite d’une rue de la Havane, quand tout le monde se retrouve à discuter sur un rocking chair devant la porte de la maison, et que Loulette joue dehors avec ses copains, qu’on entrouvre doucement les fenêtres de la chambre, on entend les petits vieux s’inquiéter et questionner Loulette « Donde estan tus mamas? ».

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