Vivre c’est pleurer

 

larmes

 

Photographie : Vivian Maier

Laisser sortir, couler, tomber, des petites larmes. Salées.

Il y a du beau, du fort, du dur, du nécessaire dans ces moments.
On s’en rappelle. Forcément.

J’ai pleuré à la perte d’un frère ou d’une soeur dont pourtant je ne voulais pas. J’ai pleuré dans ma cuisine le départ d’un ami ours que je ne reverrais pas. Plus comme ça. J’ai pleuré dans les couloirs d’un bloc opératoire froid en y laissant mon fils, seul, pour la première fois. Il avait deux mois. J’ai pleuré devant des amis, des frères, des soeurs, qui dansaient, tous, pour moi.
Parce que oui, heureusement, des fois on pleure de joie.

J’ai pleuré quand je suis sortie avec un cosy vide de la crèche les premières fois. Ou quand j’ai laissé mon bébé avec sa maîtresse et son nom sur le banc. Parce qu’il était devenu grand. Déjà.

J’ai pas pleuré devant la mort. J’ai pleuré devant ses larmes, à elle. Après, plus tard. Parce que parfois c’est tellement dur sur le moment que même les larmes ne viennent même pas. J’ai pleuré des dizaines de fois contre des vitres de voiture qui m’emmenait vers un autre chez moi. En cachant maladroitement cette tristesse à ma maman, ou mon papa. J’ai pleuré mes grands pères, devant la douleur de mes parents surtout, qui ce jour là, redevenaient tous les deux des petits enfants.

Mon fils m’a dit l’autre jour « Maman, en fait, tout le monde c’est des enfants »
J’ai dit « Oui c’est vrai, pourquoi tu dis ça? »
Il a répondu « Parce que même quand on devient un parent, on a toujours quand même des mamans ou des papas ».
Oui, voilà mon fils, c’est tout à fait ça.
Et les adultes pleurent encore des fois, quand l’enfant qui leur dort dedans est triste. Ou pas. Qu’il est vivant en tout cas.

J’ai pleuré quand ils sont nés. Quand l’un a rampé sur mon ventre, a attrapé mon sein dans sa bouche et quand l’autre a ouvert les yeux, face à moi, et a attrapé mes doigts. J’ai pleuré quand Bjork aveugle donne des coups de valise noire sur la tête de l’horrible sale type. Ou devant plusieurs épisodes de Greys Anatomy. Quand Meredith et Christina dansent ensemble, pour la dernière fois. Parce que l’amitié, sa force et sa beauté, c’est ça. Et aussi parce que je suis une fillasse. Hypersensible. Ce sont mes mains qui disent ça.

J’ai pleuré d’injustice pour des malentendus. Parce que non, c’était pas moi ça. Tellement pas. J’ai pleuré dans un bus devant le premier uppercut de ce débat. En cachant à mon fils ces larmes là. Surtout celles là.

Plus récemment j’ai pleuré devant une daurade. De fatigue, de trop plein. Parce qu’elle me rappelait mes oublis, trop récurrent ces derniers temps. De la difficulté de l’existence, d’accepter ses failles, ses erreurs, et ses amis qui veulent partir vivre au monde. Ce qui est n’importe quoi ! Y a que moi qui ai le droit de faire ça.

J’ai pleuré de douleurs, devant une énième angine qui faisait trop mal. Et pour me faire plaindre et cajoler un peu aussi quand même. Je pleure de fatigue parfois, quand mon dos me fait mal, que tout parait trop loin, trop grand, et que je l’avoue, je ne mesure pas 1m70 si je ne triche pas.

Parce que c’est ça aussi les larmes, ne pas tricher, ne pas fermer, le visage.
Un lâcher prise.
A l’adolescence, je disais à mes amis, que pleurer devant eux, était le plus grand signe de confiance que je pouvais leur donner.
Et je peux compter sur les doigts de la main les gens qui m’ont vraiment vu pleurer.

On peut se cacher dans ses mains, derrière des lunettes noires, une casquette.
On peut invoquer les oignons, la crème solaire, la fatigue, l’allergie, le rhume des yeux.
On peut pincer très fort la racine de son nez avec son pouce et son index, lever les yeux longtemps vers une lumière pour faire rentrer cette petite larme qui pointe, passer de l’eau fraîche sur son visage pour diluer, dire que c’est le froid qui rougit les joues. Une poussière dans l’oeil qui rougit les yeux.

Je sais pas du tout pourquoi je vous raconte tout ça…
Peut être parce que je me sens triste en ce moment.
Mais vivante.

Publicités