Etre né quelque part…

Il n’était pas rare lors de mon long séjour en Inde, de croiser des personnages insolites, barbus, récitant des prières au  bord du Gange, ayant pour seule tenue une coiffe orange sur la tête. Ces étranges personnages, les sādhu, sont des hommes qui ont tout quitté pour s’adonner à une discipline spirituelle et corporelle. Ils étaient respectés de tous, et nous les contemplions avec ébahissement sur le Ghat à Varanasi.  N’étais-je pas étrange de penser qu’à des milliers de kilomètres de là, un homme nu récitant des prières serait interné manu militari? Saint ici. Fou là bas.  Tout est une question de kilomètres, d’endroit, de culture.

Est-ce que les gens naissent Egaux en droits 
A l’endroit
Ou ils naissent 
Que les gens naissent 
Pareils ou pas 

J’ai parfois ce même vertige et cette même réflexion quand je repense à notre sādhu. Je dépends de l’un des trois tribunaux en France qui refusent les adoptions aux couples homosexuels sous prétexte que la PMA à l’étranger est une fraude à la loi. Je vois petit à petit les adoptions être prononcées autour de moi, à 50 kilomètres, à 100 kilomètres. Je vis dans un même pays, avec les mêmes devoirs, les mêmes droits que tout le monde. J’ai battu le pavé parisien, j’ai écris, beaucoup écris. J’ai pleuré à l’annonce de l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les homosexuels. Pour tous. Je ne vis pas dans un pays aux nombreux états avec leurs lois respectives. Et pourtant, je n’ai pas les mêmes droits que mon voisin de département. Pour cela il faudrait que je laisse ma maison aux volets bleus, les sons entêtants de l’église toute proche, ce parquet ou elle a fait ses premiers pas, ce salon si plein de souvenirs, le bord en bois de mes escaliers où moi seule je remarque ces petites taches foncées sur le  bois, là où j’ai perdu les eaux, mon village où tout le monde nous connait et nous apprécie, les barbecues géants sur la place,  que je travaille à plus d’une heure de route de mon travail. Alors seulement peut être, nous pourrions officiellement être une famille.  Ma femme pourrait enfin être reconnue comme un parent à part entière.

Partir ou rester?

Dire adieu aux volets bleus, au jardinet, au tintement des cloches, à la petite école de village au bout du bois pour obtenir un bout de papier pour que l’état désigne ma femme comme officiellement mère de son enfant, chose qu ‘elle  est déjà dans son coeur, dans sa tête, dans ses tripes? Ou faire courir un risque à une famille et ne pas détruire tout ce qu’on a construit en restant ici et ne pas avoir le précieux sésame?

Il y a comme un petit problème avec cette loi et son application. Comme mon sadhu, Saint en Inde, dément en France.

Inconnue ici, maman là-bas. A quelques dizaines de kilomètres près.

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