Le club des cinq

Dès que j’ai su lire, vers l’âge de 6-7 ans, j’ai commencé à dévorer à peu près tout ce qui me passait sous la main, au grand dam de ma mère, qui aurait préféré que je fasse autre chose au lieu de passer des heures assise par terre, le dos collé au radiateur. Tout y passait, des bouts de papiers journaux aux livres de mes cousines. Je collectionne encore les anciennes versions de la bibliothèque rose des livres de la comtesse de Ségur,  en conservant ce souvenir où à l’âge de ma fille j’étais ébahie par les illustrations sur le dos de la couverture qui reprenaient les différentes histoires de la comtesse. J’aime le prénom Camille, parce qu’il me rappelle les petites filles modèles. J’ai en tête le jour où la prof de français ne m’a pas arrêtée quand après avoir travaillé sur un chapitre de « La Cicatrice », un livre qui pourrait être au programme pour montrer jusqu’où l’intolérance à l’école peut mener à une situation dramatique, et que j’ai lu d’une traite sous le bureau avec le regard bienveillant de la prof. Je suis allée à Amsterdam et j’ai appris le flamand en 3 mois uniquement après avoir été bouleversée par l’histoire d’Anne Frank, cette histoire dans l’histoire où on a jeté publiquement au bûcher des livres de la communauté juive.

Ces livres ont forgé ce que je suis et ce qui fait ma force : l’écriture libératrice, le besoin d’aventure, la croyance que tout est possible dans une vie. Je considère chacun de mes livres comme des enfants. J’ai fermé ma porte à double tour quand les méchants nazgul étaient à la poursuite des hobbits, j’ai pleuré en découvrant les photos collées au mur de la maison d’Anne Frank, j’ai longtemps rêvé de trésors sur une ile bretonne avec le club des 5. Enid Blyton, tiens tiens monsieur Cope on s’insurge sur le livre « tous à poil » un obscur bouquin qui n’avait été vendu qu’à 350 exemplaires jusque là et on fait le rapprochement avec la théorie du genre. Ouais mais ça c’est un peu comme Linkedin, vous vous créez un compte et paf de rapprochements en rapprochements, vous êtes liés au compte d’un ministre en 33 contacts, c’est-à-dire que vous n’avez aucun rapport de près ou de loin, mais quand même, vous êtes presque intimes, à 33 intermédiaires près. Bref vous vous souvenez, vous ? de l’équipe des 5 ?  François, Annie, Mick, Dagobert et Claude. Enfin Claudine. Mais qui veut qu’on l’appelle Claude, qui ne porte que des jeans, adopte une coupe courte, est imbattable au sport et qui veut qu’on la prenne pour un garçon. Mon Dieu quel bel exemple de la promotion de la théorie du genre. C’était en ? Quoi 1940 ? 70 ans plus tard cette chère Enid serait entrée dans la liste de qui a peur du grand méchant lobby gay.

On peut comme le dit si bien ma coloc LinemB, se servir de tout et n’importe quoi pour alimenter la polémique, de livres scato sur les cacas et les pots, des divers livres sur le zizi et la zezette. Mais moi franchement, si on commence à émettre des listes de bouquins qui mériteraient un macaron interdit aux moins de 16 ans, je voudrais quand même raconter une anecdote.

La semaine dernière, je me retrouve coincée avec une loulette gerbant dans tous les coins du studio à la montagne de ma copine Caro. C’est fort embêtant quand même quand on a prévu de profiter des pistes. Alors en bonne mère que je suis, je suis allée voir dans la bibliothèque vintage pour trouver un bouquin pour enfant. Les contes de Perrault. C’est bien Perrault non ? On voit pas de monsieur se foutre à poil, ni de près, ni de loin. Donc je commence mon histoire avec peau d’âne : il était une fois un roi, une reine et leur petite fille. La reine était belle comme le jour et ils étaient heureux ensemble, jusqu’à ce que celle-ci décède subitement. (« Mais non ma chérie maman ne va pas mourir »). Le roi est fou de chagrin alors ses conseillers le pressent de trouver une autre femme parmi toutes les princesses du royaume. Je vous passe le défilé avec le curriculum vitae. Sauf qu’aucune d’elles n’est jamais aussi belle que la défunte reine. Au bout d’un moment, la petite grandit et l’œil du roi s’allume. La seule dont la beauté surpasse celle de sa femme, c’est la gamine ! Bah voila pourquoi faire compliqué, on cherche souvent ce qu’on a sous les yeux. Donc là je continue la lecture et je bute sur « le roi était animé d’un désir si ardent » pour regarder la couverture afin de savoir si je n’étais pas tombée sur une version lubrique. Non, non, google me l’affirme. Je poursuis donc ma lecture silencieusement, la marraine fée qui propose différentes tactiques pour reculer le mariage incestueux, le désir grandissant du père pour partager la couche de sa fille, la décapitation de l’âne dont il offre la peau à la fille pour la presser au mariage (ouf l’association Brigitte Bardot n’existait pas).  Peau d’âne qui se barre dans la cambrousse pendant plusieurs années, qui rencontre prince et qui décident de se marier. Le père qui vient au mariage avec une nouvelle belledoche, et la fille et le père tout émus qui se jettent dans les bras l’un de l’autre en s’excusant. Zi End.  C’est beau non ?

Monsieur Copé, on pourra supprimer tous les livres parlant de nudité, de garçons manqués, de pipi au pot ou de je ne sais quoi, le seul filtre ce sont les parents. Et je vous renvoie à cette citation d’Heinrich Heine « Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. ».

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