Est ce que j’ai une gueule à faire une farandole?

farandole

C’est pas de moi, c’est de Klapisch.
Mais j’aime 🙂

Ce week end, j’ai fait une session de team building.
Vous savez, ce truc qu’on fait pour resserrer les liens d’une équipe, se découvrir, se parler, par des activités un peu hors du commun.
Vous allez me dire c’est quoi le rapport avec la farandole? Bah il n’y en a pas vraiment, juste que j’aime bien cette phrase et qu’elle me va bien en ce moment. Enfin si, juste que la farandole c’est n’importe quoi, c’est le symbole pour moi du lacher prise, quand on laisse son cerveau sur sa chaise en plastique, bien posé à coté de la fausse dignité qu’on essaie de se construire et hop allez on se lève et on se lâche, et on finit tous par faire la farandole.
NB : j’avais interdit à mon frère, responsable musique à nos mariages, de me mettre la musique de la chenille où je le défonçais.

Ce week end, donc, teambuilding.
Direction Paris.
Et le team, c’était ma chérie et moi.
On a pu faire les zinzins comme avant..
En alternant avec des phases de discussions intenses…
Les projets futurs, un enfant? deux? un départ? amérique du sud? asie? Paris? Le budget 2014?
« Tu sais ce qu’on va faire, on y réfléchira chacune de notre côté cette semaine et on se revoit vendredi pour un staff meeting, d’ac?
– D’ac. Et maintenant on retourne à faire les zinzins ! »

L’analogie avec l’entreprise parait un peu forte, elle est exagérée mais il y a du vrai dedans. J’aime ma femme et la famille qu’on a crée pour 10 000 raisons toutes moins cartésiennes les unes que les autres, mais je l’aime surtout parce qu’on est une vraie équipe. Je sais qu’elle me soutiendra toujours, quoiqu’il arrive, face à la vie, face aux enfants quand on a l’impression qu’il faut tenir bon sur telle ou telle décision. Et se parler, se recentrer, ensemble, sans être interrompu par un « mamann pipi!! », ça fait un bien fou..

Se rappeler aussi..
Se rappeler ce week-end Parisien, lointain, avant..
Quand on était jeunes et sans le sou, que je voyais des pigeons qui se trainaient alors que c’était des sacs plastiques..
Ce week end j’ai cherché mais j’en ai pas trouvé. Des pigeons qui se traînaient.
Mais j’ai fait des belles boulettes. Sinon ça ne serait pas vraiment moi.
J’ai dit « C’est bizarre quand même tous ces ponts qui ont les mêmes trucs bizarres sur les barrières, ça fait déjà le 3e..
– Euh choupi, on a fait demi tour, c’est le même que le premier..
– Ah oui, mince
 »
J’ai réalisé après que « ces trucs bizarres », c’était les fameux cadenas avec lesquels je soulais ma chérie depuis 3jours et que j’avais même pas vu..
J’ai ruiné le fauteuil d’une copine qui nous avait « gentiment » invitées avec du vin rouge, ça tâche pas ça, si? Enfin c’était plutôt de la faute à la clémentine.
J’ai aussi entendu ma chérie me dire « C’est étonnant de saucer de la purée avec des frites.. »

Se dire qu’on est bien quand même non? En souriant juste.
Se rappeler tout ce qui fait qu’on est là aujourd’hui. Que l’arrivée de nos deux lardons et les 3 ans qui viennent de s’écouler ont un peu effacé et pourtant.. Pourtant il y a eu tant d’années avant..

Une 1ère escapade, à Londres, avec du fish and chips hors de prix et un nouvel an coincé dans la foule des bords de la Tamise.
Prague et ses 34sushis, son jean tchèque et son demi canard.
Mayotte bien sur, l’ascension du Mont Chunghi et le punch Coco après avoir nagé avec une baleine et des dauphins où j’ai manqué de me noyer en perdant mon maillot de bains. Et les Etats Unis dont il faudrait un roman entier pour raconter..

Nos premiers boulots Aixois où on a passé notre 1er salaire aux thermes Sexius en gommage à la fleur de sel et invité des potes à s’agglutiner dans un studio non climatisé. Nos déménagements, les réussis, les ratés et les armoires coincées dans les escaliers où je n’ai PAS dit « je te l’avais dit ». Notre 1er appartement et l’émotion d’une plaque de boîte aux lettres à deux noms. Ceux que j’ai décidé de porter maintenant, même si c’est fucking long à écrire.

Se retrouver ensemble à deux, dans une crêperie de l’ile St Louis c’est aussi pour se remémorer tout ça, tout ce qu’on oublie pas mais qu’il est bon de s’entendre dire et rire. Parce qu’on est devenues mamans entre temps, qu’on aime nos enfants infiniment bien sur, mais qu’on a besoin de se rappeler qu’ils sont là « à cause de ça ». De la poule et de l’œuf, le mystère est entier mais nous, non.
C’est nous, le golden couple, le team BD qui a fait des lardons et c’est de sa force que dépend la suite de l’histoire.

Alors oui, forcément, nos envies d’ailleurs démangent toujours, mais on y inclut maintenant la composante lardonique. Et on a la chance d’avoir trouver l’équilibre parfait, professionnel, familial et amical dans notre petit recoin de province où on sait qu’on veut passer notre vie.
On en part mais on y revient toujours..

Alors? Est ce qu’on va partir 6 mois pour que je fasse l’écrivain torturé à Venise ou à Paris? Est ce que ce sera 2 ans à Toronto ou au Nigéria pour que je fasse la femme au foyer dans un village sécurisé d’expat au milieu de nul part? Inutile de préciser que j’ai ronchonné à cette éventualité.

Je ne sais pas.. et j’aime ça.
J’aime me dire qu’on peut aller partout, ou nul part.
Qu’on peut prendre nos lardons sous le bras, rassurer les amis qui ronchonnent déjà (je vous entends les gars..), dire qu’on revient, on revient toujours.
Ou juste rester là, repeindre la porte des toilettes qui attend depuis des mois et participer activement à la braderie de l’école et à la vente des pamplemousses.

En fait, c’est pas une histoire d’avion qui décolle. Mais c’est vraiment une histoire de farandole.
J’ai aimé ce week end, ces envies et ces sensations de vivre, vraiment Vivre..
A 2, à 4.. à 6?
J’ai aimé les ti punch et ma chérie qui dit « ah mais c’est fort votre truc » N’importe quoi..
Le brunch sur les bords du Canal St Martin et le couscous végétal d’Alain Passard.

J’ai aussi aimé que nos fils nous manquent, et qu’on fasse faire 1,2,3 Soleil à la valise..

Si, si.

En fait, j’avoue, je dis que non, mais j’ai vraiment une gueule à faire la farandole.
In Farandole We Trust.

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