Mes 5 bonnes raisons de pleurer Mandela

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1- Parce qu’il ne semble y avoir personnes pour lui succéder.

Les héros meurent les uns après les autres ces temps-ci. Je veux dire les vrais (même si j’ai une faiblesse pour les collants de Batman et les yeux de Peter Parker), ceux dont les super-pouvoirs nous dépassent comme passer vingt-sept ans en prison. VINGT-SEPT ANS !

Y rentrer en déclarant : J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble, dans l’harmonie, avec d’égales opportunités. C’est un idéal que j’espère atteindre et pour lequel j’espère vivre. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. (1964)

En sortir en pardonnant le procureur Afrikaaner qui voulait le pendre vingt-sept ans plus tôt.

Qui est prêt à l’heure actuelle à donner sa vie, pas forcément en mourant (trop facile), pour une cause juste ? Une cause universelle ? Nous ne pouvons pas le savoir pour l’instant me direz-vous, pour devenir un héros, une emblême, une icône, il faut du temps.

Alors, qui selon-nous, est en passe de le devenir ? Quelqu’un dont le destin se dirigerait lentement vers la sacralisation ?

A qui pensez-vous ?

Soeur Emmanuelle ? Stephane Hessel ? Martin Luther King ?

Déjà morts.

J’ai beau chercher, j’ai du mal à trouver personnellement.

2- Parce que l’Afrique du Sud n’est toujours pas le pays égalitaire que Nelson Mandela souhaitait.

Le chômage (25% de la population) y touche 5 fois plus les noirs que les blancs.

L’espérance de vie y est plus courte pour les noirs que pour les blancs.

Quatre Sud-Africains noirs sur dix ne terminent pas l’école.

Un Sud-Africain sur deux vit en-dessous du seuil de pauvreté.

3- Parce que les droits des Hommes sont encore beaucoup trop bafoués de part le monde.

Sotchi, Roquebrune-sur-Argens, Tunis, Homs, Kiev, Dubaï… la liste est sans fin. Et si certaines personnes mettent leur vie en péril pour défendre leurs droits identitaires, il manque des chefs, des leaders inspirés qui parlent plus forts, qui fédèrent et qui haussent le débat. Pour que les caméras se tournent vers eux.

Aujourd’hui les symboles sont ceux qu’on tue ou qui sont morts. Je pleure parce que j’aimerais que les symboles soient montrés, interviewés, plébiscités.

Au lieu de ça, nous nous accoutumons aux images de Xi Jinping en costards, Putine torse poil ou Marine en famille. Où allons-nous ?

4- Parce qu’un héros connaît ses faiblesses.

J’en ai un peu marre des bons sentiments et du politiquement correct. Pour avancer, il faut se battre. Pour se battre, il faut du sang.

Nelson Mandela aimait la boxe. Il connaissait les coups dans le foie tout aussi bien que les esquives.

Il savait monter sa garde et aussi jabber quand il le fallait.

Ni un “saint”, ni un “mythe”. Celui qui avait le mieux conscience de ses défauts, se méfiait de l’aura qu’il projetait.

Exigent, colérique, arrogant. Nelson Mandela l’était.

Preuve que nos défauts peuvent nous amener à nous transcender et à conduire d’autres hommes vers la liberté.

5- Parce que ça me fait encore prendre un bon coup de vieux, cette histoire Madiba…

Je me souviens en 1989, mon entrée en seconde.

J’ai toujours adoré les cours d’anglais, mais là, le choc : notre prof nous annonce que nous allons étudier le même thème toute l’année. L’apartheid.

Sous toutes ses formes.

Tu es toujours enfermé à ce moment-là.

Nous lisons une Saison blanche et sèche, nous allons le voir au cinéma.

Nous apprenons les mots ANC et Afrikaaners.

Nous vivons, respirons l’Afrique du Sud.

Nous chantons à tue-tête Mandela Day et Pride (In the name of love) à l’unisson dans la salle de classe. J’en ai encore les poils tout hérissés rien que d’y penser.

Quelques mois plus tard, tu es libéré.

Je me souviens l’émotion si forte. Et la fierté d’avoir passé un an à t’étudier. Nous, sales adolescents, tous investis dans ta libération. Bons ou mauvais élèves.

Juste grâce à ce prof. Monsieur P.

Je suis sûre qu’aucun de nous d’aileurs ne l’a oublié.

Tiens, ce sera mon autre héros du jour.

A monsieur P. (aussi).

A lire : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/12/05/nelson-mandela-est-mort_3427343_3212.html

http://www.20minutes.fr/monde/1259865-20131205-afrique-sud-reve-mandela-a-realite-desillusion

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202825997501-l-afrique-du-sud-un-pays-emergent-en-quete-de-cohesion-sociale-635053.php

http://www.rfi.fr/afrique/20131205-nelson-mandela-mythe-realites

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