Depuis deux ans

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Avant j’étais immortelle.

Je courrais sur les jetées les jours de tempête pour me retrouver face aux méchantes vagues. Celles qui peuvent vous aspirer et ne jamais vous recracher.

Je conduisais les avions et malgré l’adrénaline et les mains moites, je calculais combien d’heures de vol il faut avoir pour planer seule.

J´étais chauffard des mers, prés, tout prés des côtes, m’en foutais, j’étais une sale gosse.

Avant j’étais zen à toute épreuve.

Le kayak ne pouvait pas couler.

Le linge ne pouvait pas s’envoler.

Le bac ne pouvait pas se rater (même avec un zéro en philo).

J’étais zen à toute épreuve.

Avant j’étais un roc.

Je mettais des serpents autour de mon cou.

Je marchais sur les réveils pointus.

Je bravais les requins et chassais le barracuda.

Et puis…

Une nuit. Notre nuit.

Celle qui aura scellé notre amour. Entre ta mère et moi.

Oui ne crois rien de ce que tu entendras, même si nous ferons une belle fête, notre union a eu lieu cette nuit-là.

Ne crois pas que c’est ce bout de papier que nous obtiendrons bientôt et qui dira qu’elle est ta mère qui la transformera en maman. Tu le sais déjà toi, ta maman Pop l’est depuis la première seconde. Depuis qu’elle a filmé tes pieds derrière la vitre de la couveuse.
Depuis que chaque jour elle t’invente un nouveau nom.
Depuis qu’elle a les larmes aux yeux quand parfois elle n’en revient pas du temps qui passe et de tout ce que tu as appris.
Et de tout ce qu’elle t’a appris.
Ne crois pas ces gens qui ont tracé ta voie et qui prédise que tu souffriras parce que tu n’as pas de papa. Parce que tu as deux mamans.
Ne leur accorde aucun crédit.
Depuis cette nuit, nous sommes une famille, nous sommes des rocs, nous sommes inébranlables.
Et s’ils savaient que plus ils nous jugent, plus ils décident à notre place, plus ils nous rendent forts. Plus ils te rendent invincible.
Depuis cette nuit, je ne suis plus immortelle.
Je tremble pour toi. Je doute. Beaucoup. Comme jamais.
Je sais maintenant ce que ça fait de découvrir qu’on a des pieds d’argile.
On s’enfonce un peu. Mais c’est pour que tu puisses mieux monter sur les épaules.
On colle à la terre, mais c’est pour mieux t’apprendre la vie.

Et puis… la terre sèche. Les larmes aussi.
Tu es chaque jour de plus en plus fort.
Tu chantes do, ré, mi, fa, sol… Tu transformes tout en saxophone et tu ne sais pas encore que c’est l’instrument dont j’ai si longtemps tellement mal joué.
Tu dis peut-être, par contre et dommage sans vraiment savoir ce que cela signifie. Tu fais des bisous petits et des bisous gros.
Tu as peur de l’arbre qui pleure et tu colles ton nez dans mon cou quand je murmure Said et Mohamed.
Tu es ma force.
Tu es ma vie. La énième. La plus belle.
Pour toi, j’irai braver les vagues et chasser les réveils pointus.
J’irai faire voler les serpents et j’aspirerai les vagues.

Depuis cette nuit, rien n’est comme avant.
Depuis le 29 novembre 2011.

Bon anniversaire mon fils.

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