La petite fille qui voulait attraper la lune

Elle avait son petit bras autour de mon cou et l’autre qui tendait la main de toutes ses forces vers le ciel sombre « Je veux attraper la lune ». Elle tirait, elle tirait sa main vers la nuit noire puis finalement elle m’a regardé « mamaaan, maman  au secou’ (aide-moi) je veux attraper la lune » parce qu’une maman c’est bien connu ça peut tout faire, même aider sa petite fille à attraper la lune.

Un adulte normalement ça devrait  être raisonnable, ça devrait dire comme les adultes du petit prince de Saint Exupery, ça ce n’est pas un boa ouvert, c’est un chapeau, et qu’un boa ça ne pouvait pas avaler un éléphant tout entier. Je pouvais aussi lui dire qu’on ne pouvait pas toucher la lune, que c’était trop loin et trop inaccessible. Mais je n’avais pas envie de lui dire qu’on ne pouvait pas attraper la lune.

J’avais plutôt envie de lui dire que là tout de suite elle devait grandir un peu, que peut être un jour elle pourrait toucher la lune, que rien n’était impossible dans la vie. Un jour dans un passé lointain, on a certainement dit à des enfants qu’il était impossible de voler ou de toucher les nuages et certains l’ont fait. Que la vie était ce qu’on en faisait et que rien n’était impossible à partir du moment où l’on poursuivait son but.  Un peu comme l’alchimiste avec la légende personnelle. «  La légende personnelle, c’est ce que tu as toujours souhaité faire. Chacun de nous, en sa prime jeunesse, sait quelle est sa Légende Personnelle.
Accomplir sa légende personnelle est la seule ET unique obligation des hommes.(…) 
Lorsque tu veux vraiment une chose, tout l’Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir : c’est toujours une force positive. Souviens-toi de toujours savoir ce que tu veux. Ton trésor doit absolument être trouvé pour que tout ce que tu as découvert en chemin puisse avoir un sens. ».

J’avais envie de lui raconter  certaines mises en garde il y a douze ans pendant que je rassemblais les quelques affaires que j’avais dans un sac de sport pour aller dans une région où je n’avais jamais mis les pieds pour rejoindre une petite blondinette que je ne connaissais depuis peu et que je savais qu’elle avait un rôle le plus important à jouer dans ma vie. Je ne savais pas encore lequel mais une force me poussait à tout abandonner, à suivre tous ces signes avant qu’ils ne s’essoufflent. On m’avait dit « Mais pense à la vie que tu te prépares si tu vis avec une femme, pense à tout ce que tu vas rater ».  Je ne sais pas ce qu’on a raté mais je sais ce qu’on a réussi. Parce que les mises en garde ne m’avaient pas parlé de pique-nique au sommet du Macchu Picchu, de magnets de frigo ptit Kiri, de trois déménagements tout aussi périlleux, sans rien à l’horizon mais toujours sans regarder derrière nous, des dix métiers différents que nous avons pratiqués juste parce qu’on en avait envie et que la vie est courte, alors si ce n’est pas dans celle-ci qu’on peut réaliser ses rêves, quand le fera-t-on ? Elles ne m’avaient pas parlé de tes boucles d’or et de ton envie d’attraper la lune. C’est de ça dont on devrait parler aux enfants quand ils nous confient leurs rêves : de magnets de frigo Kiri et de pique-nique au sommet du Macchu Picchu.

Alors j’avais juste envie de te dire petite fille, que tu peux vouloir être astronaute ou danseuse de ballet, maman au foyer d’une famille nombreuse ou chercheuse d’or au Venezuela, et même, même de toucher la lune, si tu trébuches, tu auras toujours deux mamans pour te rattraper.

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