Ma premiere FIV

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En un coup de cuillère à pot j’ai changé ma vie.

J’ai quitté mon job, mes amis, j’ai quitté le pays dans lequel je vivais depuis cinq ans.

Expatriées : on se déracine régulièrement. On s’adapte bien mais on est chez soi nulle part.

J’ose espérer que cette destination sera plus qu’un nouveau lieu de passage temporaire.

C’est ma chérie qui l’a choisi. Loin des esprits étriqués de chez nous, en France. Loin du tumulte du mariage pour tous, des pancartes, des bananes aux guenons (quelle honte), loin du rose pour les filles bleu pour les garçons. Elle a pointé du doigt le seul pays où nous serions toutes les deux d’office sur les papiers de naissance et de famille, parce que c’est important pour elle. Le Québec.

Tant pis s’il n y a pas de travail pour un biologiste marin. Tant pis s’il fait moins 20 et que nous vivons depuis 10 ans dans les pays chauds (voire très chauds). Une immigration pour raison d’enfant à venir – vous ne connaissiez pas ?

J’y suis allée et Elle m’a rejoint pour notre première FIV. On a été propulsées dans le processus d’un coup sec, empêtrées dans l’attente que nous étions. L’attente des visas, l’attente d’y partir, l’attente du rendez-vous psy, l’attente du rendez-vous calendrier. Quelques jours après ce dernier, on commençait les piqures. Cinq par jour, s’il vous plait. A heures fixes. On a suivi les conseils avisés de celles qui étaient passé par là « ne vous arrêtez pas de vivre, emmenez les piqures partout et continuez vos activités ».

Alors on est allées au restau avec des amis et on déballait les piqures dans les toilettes en gloussant, comme des junkies hilares.

J’ai fait beaucoup de petits œufs (dix-huit). On a choisi notre donneur à identité ouverte (via les états unis). L’hôpital m’a prélevé les œufs (je passerai sous silence que le Québec procède a cette étape sans anesthésie générale – non je ne dirais rien du tout, pas un mot ni une larmichette, que dalle), les a fécondés, et sur les douze fécondés on s’est retrouvées avec deux beaux gros blastocystes vieux de cinq jours (oui, « seulement » deux).

Apres avoir digéré le « seulement », on a filé en salle d’opération pour le transfert.
On a vu le blastocyste nous faire coucou sur l’écran, on lui a souri en retour. On lui a dit, comme tous les couples de la terre dans notre position, avec la charlotte bleue sur la tête, qu’il pouvait s’installer chez nous, qu’on prendrait bien soin de lui et qu’il ne manquerait de rien.
Le docteur a mis de la musique classique et j’ai rien senti.
On est rentrées chez nous un peu abasourdies et sur les conseils de l’équipe j’ai pris une semaine de congés. Parce que oui, j’avais trouvé justement un travail quelques jours avant le début de tout cela.

Je me ferais virer en rentrant de cette semaine (trop d’absences médicales – tu m’étonnes), cinq jours après on apprenait que la FIV n’avait pas marché.

Alors pas de happy ending pour cette fois-ci. Attendons donc la prochaine. Attendons.

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