Boite noire

boite noire

On m’a dit « Cuisine, Fais de la couture, Ecris ».
J’avais rien dans le frigo.
La dernière fois que j’ai voulu coudre pour reparer la valise j’ai cousu les habits qui etaient dedans avec..
Mais écrire, je sais faire, un peu.

Mais je suis pas sure que ça marche. Pas pour me changer les idées en tout cas, parceque j’ai envie d’ecrire noir.
On m’a dit « Ecris pour tes fils, une histoire pour enfants, tu seras obligée d’etre positive ».
C’est une très bonne idée. Mais pas aujourd’hui.
Peut etre demain.

Aujourd’hui si j’ecris c’est pour crier, pour taper les murs de ma tete, pour eviter les vrais. Pour poser là tout ça, tout ce qui se bouscule dans ma tete. Alors desolée, ce sera noir, ce sera triste, ce ne sera pas clair, pas joyeux, pas gai. That’s life.

Il y avait une boite noire sur mon etagère. Une dans laquelle j’avais rangé des souvenirs, des vieux souvenirs, digérés, rangés. Je m’étais fait la reflexion il y a peu de temps que j’etais en paix avec eux, aussi noirs qu’ils étaient.
Digérés, pas oubliés.
Il y a des choses qui ne s’oublient jamais.
C’est le principe des boites noires non en meme temps? Meme quand les avions s’ecrasent, meme quand tout est detruit, mais quand on recouvre d’un ocean, de dizaines d’années, de bonheur, de sourires, elles restent là. Quasi intacte.

On oublie pas, on digère, on accepte, on se construit autour de ça. On garde les souvenirs, forcement. Comme d’autres souvenirs. Il y a la collection de Pins qui sert à rien mais qu’on garde quand meme, des fois que ça revienne à la mode pour les enfants un jour. Il y a les cartes postales qu’on nous a envoyé, de maman, des copines, de sa cherie, qu’on relit des fois, le sourire au coin des levres. Ca sert à rien, mais on les garde. Il y a des choses dont on ne peut pas se separer completement.
Ca marche pour les Pins, ca marche pour les cartes postales, rangés dans des boites rouges, roses, bleues.
Ca marche aussi pour les souvenirs noirs, ceux dont on a presque tout jeté mais dont il reste toujours, tout de meme quelques chose, posés, rangés, dans une petite boite noire sur un coin de l’etagere. Tout en haut, on l’ouvre jamais ça sert à rien de la garder à portée de main.

Et puis parfois, il y a des coups de vent, des grosses rafales, un gros coup de tonnerre qui font tout exploser par terre.
Moi, je suis une fillasse, mais j’ai pas peur.
De rien, jamais. Pas sur le moment.
Je tue des araignées enormes, je gere la crise, je porte les gens loin des flammes, je ferme la fenetre qui a claqué après le coup de vent qui a tout envoyé valser. Zen.
Et puis je rentre chez moi.
Dans ces moment de faux calme après la tempete, quand on se relève tous, quand on regarde l’etendue des degats.
Et je vois que tout est par terre, que tout s’est cassé la gueule, et que la petite boite noire bien rangée s’est juste ex-plo-sée par terre..
que tout est dehors, par terre, que tout se melange…
C’est à ce moment LA que j’ai peur.

J’ai peur de moi, j’ai peur de pas reussir à tout ramasser, parceque je suis nulle pour ranger, j’ai peur detre trop petite pour la refermer, encore, pour la reposer là haut, tout là haut où elle est juste là pour servir à rien.

Cest là où vous me dites « Tu l’as deja fait une fois, tu sauras le refaire »
« T’es pas toute seule pour ranger, t’inquiète »
« Allez viens, on va boire un Mojito, ça sert à rien mais ça te fera du bien »

Il ny a pas encore de fin à cette histoire.
Mais non, definitivement, je ne peux pas encore raconter ce genre d’histoires à mes enfants.
Demain peut etre.

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