Ado-oraibeul

USA Mars 2013 170

« Ado-oraibeul ».
En anglais dans le texte.
C’est ce que j’ai entendu pendant une semaine.
A propos de mes garçons.

J’étais loin. Loin de toutes ces basses phrases françaises dont j’ai décidé de couper le son. Loin de ces gens encore, toujours, qui manifestent, non pas pour avoir des droits, mais pour que d’autres n’en aient pas. J’étais là bas, chez Mommyo, l’arrière grand mère américaine de mes lardons.

L’amérique croyante, bien pensante, les riches WASP de la cote Est, anciens successull business man, avocats new yorkais, femmes et consort. Tous réunis dans ce que l’amérique ne peut pas nous envier : un grand lieu de vie, de plutôt fin de vie d’ailleurs, agréable, chacun chez soi, dans sa villa, son appart, ses tableaux, avec un restaurant, une piscine, un cinéma. Mais de la moquette partout et des traces noires sur les murs parceque les scooters des papys et mamies rapent un peu les bords dans les virages des couloirs.

Et au milieu de cette population, vieillissante, à grande majorité républicaine, en plein débat français et américain sur le mariage pour tous : nous 🙂
Deux petits blondinets qui courent partout, et leurs mamans.
Leurs deux mamans.

« Is that yours?
– It’s « ours » actually.
– Ohh.. How wonderful, they’re ado-oraibleul »

Voilà.
C’est ça.

J’aimerais tellement que tous ces gens qui se retournent le cerveau dans tous les sens se remettent en mode « lecture ». La vie avance. Vite, beaucoup trop vite certainement pourtant pour ces hommes et ces femmes, qui ont connus la vie bien avant 1968, la guerre, voir meme les deux et pour qui l’homosexualité et l’homoparentalité sont certainement en théorie des sujets bien sensibles.

Et puis, la vie avance, ils voient un petit blond courir dans leur couloir en parlant un français qu’ils ne comprenennt pas, poursuivi de son petit frère qui le suit d’un pas vacillant avec des cheveux tout fous sur la tête.. puis leurs deux mamans et leur arrière grand mère si fière qui rit et profite de « every single minute ».
Et ils se disent « Oh well… what do I care.. »

Parceque c’est ça le truc, ZE thing.
Réaliser que la vie avance, notre vie, la leur, la votre.. mais qu’en fait.. qu’est ce que ça change?
Mes lardons sont ADOOORAIBEUL.
What do you care?

Et dans l’avion du retour, quand mes lardons dormaient, l’un dans mes bras, l’autre à coté de moi, tous sages.. pendant que des enfants de parents tout à fait hétéro-normaux criait et secouait mon siège tout bien elevés qu’ils étaient dans le modèle parental « normal », je regardais De Rouille et D’os, en me disant que j’étais fière de mes enfants, de ma famille et en pleurant un peu par moment. Et puis je me disais que je ressemblais à Marion Cotillard, un peu, de loin. Et aussi à Matthias Schoenaerts un peu, de loin.
Et que, au fond, la vie avançait, que mes lardons étaient et resteraient toujours adooraibleul et que l’opinion de ces gens..
I don’t give a shit…

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