Nos premières urgences pédiatriques…

C’était un samedi après midi ensoleillé, après une balade en ville, un shopping entre filles, des bagels New Yorkais. Avec une petite fille sage comme une image, qui avait patiemment regardé ses mamans faire les essayages, puis qui avait couru après les pigeons. Les « Pi » comme elle les appelle. Alors ça méritait bien un moment pour elle avant de rentrer, une petite balade au parc. On se dirige vers les jeux d’enfants, Louloutte nous tenant chacune par une main, on la fait voler en avant en marchant, elle rit aux éclats. Arrivées devant le toboggan, elle se met subitement à pleurer en escaladant les escaliers. Fatigue, les dents? ChérieLégo a un doute, essaie de toucher son poignet, lui aurait-on fait mal en la balançant? Louloutte se remet à pleurer de plus belle, se blottit dans le cou de ChérieLégo et s’endort. Nous sommes rassurées, c’est la fatigue. Dans la voiture elle se réveille en pleurant…Et ne bouge pas son bras. Nous arrivons à la maison, lui tendons des objets vers ce fameux bras. Elle ne les saisit pas, son bras gauche ne bouge toujours pas et elle se met à pleurer quand nous essayons de le soulever.

Et là sur le chemin vers l’hôpital, personne ne se parle, on se sent vraiment comme deux idiotes, chacune se morfondant dans son coin sur la bêtise de tirer sur de si petits bras. Louloutte réclame des petits bisous sur le nez et rit en répétant « encor' ». Et geint quand elle se retourne. Est ce qu’on aurait fait du mal à notre bébé? Je regarde le pli des lèvres de ChérieLégo dans le rétroviseur, je sais qu’elle s’en veut, je sais qu’elle sait que c’est de son côté, je sais aussi que ça aurait pu être du mien, peu importe.

Les urgences. On cherche le sac à langer. Il est à la maison. On cherche sa veste. Pas prise. ChérieLégo cherche son portefeuille, vide le contenu de son sac dans le coffre, fait tomber la carte vitale, puis ses clefs. Les urgences sont littéralement bondées, on parvient à bégayer qu’on a fait mal à notre fille en la balançant. L’interne nous sourit, se veut rassurant. Immédiatement on appelle le nom de notre fille, devant les gens indignés qui râlent parce qu’ils étaient là avant nous (rassurez-vous aucun ne semble blessé ou mal en point dans la salle d’attente). L’infirmière ouvre la porte et nous dit :

– » Seulement la maman! ».

Le moment redouté, envisagé par toutes les familles homoparentales. L’éventualité que le parent « social » soit refoulé à la porte des urgences. ChérieLégo avait prévenu qu’elle défoncerait la porte si le cas se présentait un jour.

– Nous sommes deux mamans!

– Ah bon entrez toutes les deux alors.

La doctoresse arrive avec trois infirmières. Elles parlent toutes en même temps, nous rassurent, elles voient ce cas là plusieurs fois par jour. Le médecin nous dit qu’elle va regarder ça, tourne doucement l’avant bras de louloutte qui se met à pleurer. Qui fait pleurer ChérieLégo. Qui fait pleurer mamanLégo. Ce qui fait pleurer à nouveau Louloutte.  Trois madeleines aux urgences. Une fille ça pleure, mais trois…Et là nous avons quatre personnes qui nous encerclent sèchent 3 paires de yeux, qui nous mouchent,  caressent les cheveux des mamans et tentent tant bien que mal de nous faire comprendre que tout avait été remis en place pendant la manipulation. C’est vrai? Pas facile la vie de mamans, vous en verrez d’autres. Elles repartent toutes émues.

Personne n’a demandé qui était « la maman ». Personne n’a demandé si elle avait les yeux d’une telle ou les cheveux d’un tel.  Si c’était  ma carte vitale ou la sienne. Nous étions là juste deux parents désemparées d’avoir fait mal à notre enfant, deux parents en train de sécher nos larmes, un parent qui tenait un livre avec des petits canards tandis que l’autre lui faisait des petits bisous sur le front.

Nous avons une relation particulière avec le monde médical. Notre famille s’est construite grâce à lui et continue de  vivre avec. S’il y a bien un domaine où l’on nous a toujours regardé comme deux parents ou même que l’on fasse retomber immédiatement les premières réticences c’est celui-ci. C’est lui qui sait à laquelle de nous deux il faut tendre Louloutte qui a besoin d’être consolée, ou laquelle doit la tenir quand elle a peur pendant un vaccin. La maman qui est toujours inquiète et  la relou qui veut toujours tout comprendre. C’est elle qui a choisit de nous accompagner dans la construction de notre famille, qui nous faisait des croquis parce qu’on avait séché les cours de bio et qu’on ne comprenait rien aux cycles ou qui faisait monter ChérieLégo sur une balance quand elle nous faisait une couvade pendant que j’étais enceinte. C’est ce spécialiste de la croissance qui nous demande régulièrement laquelle est la maman biologique et qui ne s’en souviendra pas plus la fois suivante. C’est cette pédiatre qui colle des sparadrap-nounours sur le bobo de ChérieLégo.

A elle, à lui, à eux : merci

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