Mes boucles d’or

Ma petite fille,

Ce soir je me suis glissée furtivement dans ta chambre pour contempler ton beau visage à la moue boudeuse. Je caresse ces boucles blondes toutes humides de ton sommeil. Ta respiration lente et paisible contraste avec ma gorge nouée. Je remonte légèrement ta couverture et rapproche le mouton en peluche près de ton visage pour que tu ne sois pas seule demain à ton réveil. Je t’aime ma fille.

Tu es couchée depuis moins d’une heure et les remords m’assaillent. Je n’ai pas été tendre avec toi aujourd’hui, j’oublie parfois que tu n’es qu’un bébé. Ce matin tu as commencé à babiller dès cinq heures du matin. Après les dents, le nez qui coule, la toux, les cauchemars en pleine nuit depuis quinze jours c’était rude. Je me suis levée en pestant que je n’arriverai jamais à rattraper cette fatigue, ni ces dossiers restés en souffrance depuis des semaines. Lorsque tu m’as vue, tu as balayé cette mauvaise humeur avec ton plus beau sourire tout en gigotant les mains et les jambes. Je t’ai sortie de ton lit, tes jambes de petite crevette encerclant  fermement ma taille. Je t’ai embrassée et posée au milieu de tes jouets malgré ta déception visible et je me suis allongée sur le divan de ta chambre, gardant un oeil ouvert dans le cas où tu venais à te faire mal, tandis que l’autre s’était rendormi. C’est un tour de magie de mère fatiguée. Tu tournais parfois tes beaux yeux cristallins vers moi en criant Hé !!! Pour me montrer les progrès de ta tour tandis que je t’encourageais mollement, le visage écrasé dans l’oreiller.

Et puis au repas, assise sur ta chaise haute, tu t’es mise à pleurer à chaudes larmes, tu jetais ton assiette par-dessus bord en donnant des coups de pieds et nous avons pensé que ça arrivait toujours au moment où nous souhaitions nous retrouver ta mère et moi. J’ai soufflé en levant les yeux au ciel et tu m’as fait une grimace. J’ai éclaté de rire et cela à suffit à te mettre en joie. Alors je t’ai rendu un grand sourire, tu m’as attrapé par les oreilles et tu as collé ton visage qui sentait bon la fleur d’oranger contre le mien. Mais moi je t’ai pris sous les épaules et t’ai mise au lit pour que nous puissions avoir la paix le temps de finir notre repas.

Cet après midi ta nounou était malade. Je n’avais pas d’autres choix que de travailler à la maison. Cet emploi du temps était inhabituel pour toi. Tu avais envie de sauter, courir, de casser des murs de briques en plastique. Et moi je devais absolument rendre mon dossier avant la fin de la journée. Alors j’ai joué distraitement avec toi tout en ayant un œil sur sur l’horloge. Je n’ai pas profité de ce moment. Je n’espérais qu’une chose c’est qu’en te fatiguant de la sorte, tu ferais ta sieste habituelle pour que je puisse enfin me remettre à mes dossiers. Mais ce n’était pas ton programme. Tu voulais encore sauter, marcher et casser des murs de briques en plastique avec moi. Je t’ai posé dans ton lit malgré tes protestations vigoureuses. Je suis revenue plusieurs fois te remettre la tétine sans succès. Je t’ai expliqué que maman devait travailler. Et toi tu tendais tes petits bras vers moi avec de grosses larmes. De mauvaise grâce j’ai fini par t’installer sur le tapis de la chambre, repoussant à plusieurs reprises ces petits doigts qui s’incrustaient sur le clavier. Cet intrus qui empêchait ta maman d’être avec toi. Je t’ai grondée parce que tu avais déroulé tout le papier sur le sol et mit nos brosses à dents dans les toilettes. Je t’ai couru après pour te ramener car la cheminée était allumée. Je ne t’ai pas félicité pour ton joli croquis sur le canapé.

Ce soir nous avons lu, chanté, projeté des lumières contre le mur. Toujours pas de sieste. Ta petite main reposait lasse sur mon bras. Et moi je ne pensais qu’aux heures perdues dans mon emploi du temps. Pourtant, toute à mes réflexions je ne m’étais pas aperçue que tu t’étais endormie dans mes bras, la bouche ouverte, une chaussette en moins. Je t’ai glissée lentement dans ton lit et je suis sortie sur la pointe des pieds, soulagée.

L’ordinateur était enfin à ma portée, dans le calme, et pourtant je pense à toi. A tes petites mains tendues, à ton regard qui essayait d’accrocher le mien, à ton sourire de bébé.

Alors je suis revenue dans ta chambre, j’ai caressé tes boucles  blondes et je t’ai murmuré : « je t’aime ma fille. Pardonne-moi. Demain moi aussi je gigoterai les mains et les jambes pour te dire bonjour. Et on montera des tas de tours de briques en plastique qui toucheront le plafond, et on sautera, et on dansera. On fera des dessins sur la buée de la vitre. On jettera ces dossiers et on fera une ronde autour. Tout le reste n’a pas d’importance ».

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