Just pacsed

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J’ai jamais voulu me marier. J’ai jamais rêvé à ça. J’ai porté des robes (j’en porte encore), j’ai aimé des garçons…. mais je ne me suis jamais vue en robe blanche ou crème au bras de l’un d’eux. Ni à l’église, ni à la mairie. Je n’ai jamais considéré le mariage comme un engagement suprême. La seule fois où je l’ai mentalement envisagé c’était pour mettre au pied du mur un homme et le quitter quelques semaines après.

Pour moi, l’engagement – le vrai – a toujours été celui d’avoir un enfant. Pour moi, avoir des enfants avec quelqu’un que l’on aime,  se projeter, fonder une famille, c’est un lien à vie. Quoi qu’il arrive dans le couple. Le désamour ou autre.

Je me suis pacsée, en 2009 avec la femme de ma vie. C’est moi qui ai fait la demande. Genou à terre en surplomb de la baie de Capri. Classe !

Bague de fiançailles et tout et tout. J’ai fait tout comme si je l’épousais. C’était idéal : pas un vrai mariage en lequel je ne crois pas particulièrement et en même temps, une preuve d’amour : celle de vouloir tout partager avec elle, à long, très long terme. Celle de se lier. Fort. Celle de faire des projets. Un bébé.

Et puis, les bons côtés, une belle fête avec la famille et les amis sous la canicule de mai. La voiture de collection de D. avec marqué « Just Pacsed » à l’arrière. 35km/h à fond sur la route. Nous deux, en robes blanches (comme deux fées comme l’a écrit mon ami L.). Nos demoiselles d’honneur en robes orange.

Funky Mum et son discours qui m’a fait piqué les yeux. Deux voyages de noce. Classe !

C’était idéal. Si aucun gouvernement ne mettaient le mariage pour les couples homosexuels à l’ordre du jour, au moins, nous aurions eu l’impression de nous unir. De faire une sorte de pied de nez à tout ça.

Ça m’était bien suffisant.

Et puis est venu mai 2013, François et la proposition 31. Je me suis sentie obligée, devant l’enthousiasme général, de dire que j’étais contente de notre nouveau président parce que j’allais pouvoir me marier.

Mais au fond, je n’étais toujours pas convaincue. Par honnêteté, je l’ai dit à ma femme. J’ai bien sentie qu’elle était déçue mais comme elle respecte mes opinions n’a rien dit (à moins qu’elle préfère attendre que tout cela ne chemine en moi… elle me connaît, c’est plutôt long). D’autant plus déçue que c’était à son tour de faire sa demande et que très probablement en bonne impatiente et personne organisée, elle était déjà en train de se projeter sur comment elle allait se déclarer.

Evidemment, ça n’a rien changé à mon engagement depuis en faveur de cette loi qui ne sera adoptée jamais assez tôt compte tenu de tout ce que nous aurons entendu comme méchancetés, insultes et mensonges en moins d’un an.

Une loi pour l’égalité, pour l’équité. Pour le droit de ne pas avoir envie de se marier mais aussi celui de changer d’avis. Ou bien d’aller au mariage des copines et des copains qui en rêvent.

Je pourrais dire qu’à force d’en avoir pris plein la figure ces derniers mois en tant que femme, lesbienne et maman, les anti m’ont poussée à croire dans le mariage (ce serait drôle).

Mais je sens bien que vous attendez une chute plus romantique que celle-là.

Alors voici : au mois de décembre, nous sommes allées défendre le mariage pour tous à Marseille. Superbe journée. Belle ambiance. Plutôt pas mal de monde même si nous ne serons jamais assez.

Arrivée du cortège devant la préfecture, le DJ balance la marche nuptiale. Je trouve ça kitsch, je le dis. Ma femme ne répond pas. Je me marre, je fais l’enfant. Toujours pas de réponse.

Je lui demande si ça va, elle se retourne. Elle est en train de pleurer. Cette musique l’émeut. Je la prends dans mes bras et je lui dis que même si je ne crois pas en le mariage, je crois en Elle. Et que si Elle, elle croit dans le mariage, alors, vu que c’est son tour de demander, j’attends sa demande.

Hey, Pop, j’attends ta demande !

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