C’est quoi un papa ?

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Au début, je voulais intituler ce post « Mes deux papas ». Mais, pour une meilleure cohérence du propos, je me permets finalement de plagier linemb qui ne m’en voudra pas (hein linemb tu m’en voudras pas ? si tu veux je chanterai « My heart will go on » le 27 ).

C’est quoi un papa ?
C’est vrai ça ?
Je ne prétends avoir la réponse exacte à cette question mais comme je pense que les demeurés d’en face ne l’ont pas non plus mais l’ouvrent quand même, je vais au minimum prétendre à la même chose.
Et puis je me sens quand même un peu spécialiste du sujet aussi. Il faut bien le dire. Parce ce que je me suis questionnée pendant plusieurs années voyez-vous. Et que parfois, cela peut encore m’arriver.
Par inadvertance, par souci de vérité, parce que j’aime me torturer les méninges, par habitude, par nostalgie, que sais-je. Ah oui et aussi parce que lorsque nous avons décidé d’avoir un enfant avec ma compagne (l’autre maman, vous me suivez ?), les questions dérivées comme c’est quoi un donneur ? ou c’est quoi un géniteur ? m’y ont inévitablement ramenées.
Je me sens donc un peu docteur ès question C’est quoi un papa ? (on a le doctorat qu’on peut, excusez-moi).

Personnellement, j’ai eu à la base, un géniteur.
Le premier mari de ma mère (celle qui est funky tout ça), m’a gentiment reconnue mais n’a jamais été un père à part entière. Je porte son nom, je le porterai toujours. Il fait partie de mon identité, mais ça s’arrête à peu près là. Je ne l’ai jamais appelé Papa, du moins aussi loin que je me rappelle. Et très tôt il a choisi de s’éclipser de ma vie.
Je ne pense pas être une exception dans le domaine. Combien sommes-nous à avoir eu un père (ou une mère) absent ? Un nom, une photo jaunie dans l’album de famille, quelques objets laissés là : son paquetage de service militaire, des appareils photo anciens… Rien d’autre.
Que des questions sans réponse. Par manque de mots, par manque de psychologie, par manque de convictions, par manque de tendresse aussi sûrement.
Soyons clairs, je pense que s’il avait été considéré juste comme un donneur, dès le début et pas comme un père, je ne me serais pas posé autant de questions, je ne l’aurais pas cherché partout… surtout là où je ne me comprenais pas.
J’aurais peut-être aussi, parfois, été une meilleure « fille » pour mon beau-père, père de substitution.
Mon vrai père en réalité.
Celui avec lequel j’ai vécu. Celui qui m’a élevée. A sa façon.
Ou, à la façon dont ma mère l’avait un peu décidé. Je ne sais pas vraiment.
Prof, autodidacte, cultivé. Très cultivé. Je lui dois ma curiosité maladive pour à peu près tout.
Mon côté touche-à-tout. Touche-à-rien aussi du coup.
Je lui dois la vie aussi, étrangement, quand il est venu me chercher alors que j’étais coincée sous l’eau pendant une pêche aux oursins. Alors que je commençais à me dire que personne ne pouvait me voir.
Enfant élevé à la campagne, sorte de Mac Giver des bois. Passionné, passionnant.
Ancien sous-marinier, incollable sur la mer, la nature. Self made man. Bluffant.
Mon formateur en kayak. En esquimotage et pagaies.
Mon premier fan quand je suis montée sur les planches.
Celui qui disait « ma fille » quand il me présentait à une connaissance sans m’avoir jamais obligée à l’appeler Papa.
Celui qui a été tout gené le jour où j’ai amené mon premier petit copain à la maison et Dieu sait si peu de choses le gênaient.
Celui qui accueillait un 15/20 en maths en disant : « c’est mieux que 14 mais moins bien que 16″…
Celui qui m’a dit au-revoir quand je suis partie vivre dans un autre pays, les larmes aux yeux mais fier de me voir aller là où il aurait tant aimé plonger.
Un au-revoir dont je ne savais pas qu’il était un adieu.
Mon beau-père, mort trop tôt. Alors que je vivais loin de France. En ramassant des escargots.
Je suis restée en colère contre lui et sa fichue absence pas mal de temps.
Et brutalement, quand mon père biologique est mort l’an dernier, qu’il a fallu s’occuper de son enterrement, de ranger ses papiers, de pénétrer dans le quotidien de cet homme que je n’avais pas vu depuis trente ans, que je ne connaissais pas, j’ai compris à quel point j’aimais mon beau-père.
A quel point il m’avait élevée, grandie.
Un substitut, assurément.
Celui qui aime et protège. Qui apprend, qui engueule mais qui est présent.

Des pères de substitution, il ne tient qu’à moi d’en jalonner l’enfance de mon fils. Mais au final, c’est lui qui choisira l’homme ou les hommes qui lui serviront de modèles, de guides, de mentor.
A moi, à nous de lui donner les clés pour dicerner les personnes qui valent la peine d’être écoutées, suivies, imitées. Nous ne sommes pas des folles furieuses, des amazones qui avons décrété que notre fils se construirait uniquement dans un univers féminin et/ou homosexuel.
Nous avons longtemps réfléchi à la notion de donneur anonyme.
Penser un seul instant que nous pourrions lui mentir et lui raconter quoi d’ailleurs, que exceptionnellement il est le fruit d’une relation homosexuelle ? que son papa a disparu dans un tsunami ? qu’il est allé acheter des allumettes ? c’est me, nous manquer de respect. C’est nier toute la réflexion qui jalonnent les parcours de nos familles, c’est nier nos histoires, si différentes, si uniques.
C’est également condamner l’intégration de notre fils dans une société qui ne peut s’embellir que de la diversité, de la mixité.
Notre fils. Qui est bien là. Et qui heureusement est trop petit encore pour comprendre vos slogans.
Mon fils… auquel j’attribue parfois, incroyablement, une ressemblance avec mon beau-père.
Qui aurait été un grand-père parfait.

Substitution. Nom masculin (latin substitus, mis à la place) :
– Personne chargée de remplir les fonctions de celui à qui elles sont dévolues, en cas d’absence ou d’empêchement de ce dernier.
– Ce qui peut remplacer quelque chose en jouant le même rôle.

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