Au nom de la Protection de l’Enfance

En 2012, le budget alloué à la Protection des enfants et des familles a été réduit de 3,3%.

Clairement, il est de plus en plus difficile de financer la protection et l’éducation des enfants « placés ». Notamment les jeunes majeurs, parce que c’est là où la collectivité peut se désengager pour dépenser un peu moins d’argent.

Concrètement, un gamin placé pour maltraitance ou autre verra sa prise en charge s’arrêter à 18 ans s’il n’est pas en capacité de signer un Contrat Jeune Majeur. Et ce fameux contrat se corse à mesure que les budgets fondent.

Ainsi, un jeune de 18 ans, s’il suit une scolarité sans trop poser de problème pourra rester là où il a été placé, jusqu’à 21 ans maximum. Ca, c’est dans le meilleur des cas. Vous allez me dire qu’un enfant carencé, notamment en matière d’éducation aura du mal à être autonome à 21 ans. Oui, c’est la réalité. Et ça, je le répète, c’est le meilleur des cas.

Prenons l’exemple d’un enfant maltraité, psychologiquement un peu cassé. Ces gamins là, une bonne partie parvient difficilement à avoir un niveau CM2 lorsqu’ils arrivent à l’âge de 15 ans. L’estime qu’ils ont d’eux-mêmes les amène fréquemment à vivre des échecs successifs. S’ils ne sont pas capables, le jour de leur majorité, ne serait-ce que par manque d’assurance, de s’engager dans un cursus scolaire ou professionnel stable, s’ils n’ont pas réglé la plupart de leurs troubles du comportement, alors le Contrat n’est pas signé, ou se rompt si le jeune ne répond pas aux exigences du dit contrat.

Et je vous épargne le récit des pires situations.

Ce qui est intéressant, c’est que quand on a été éduc au sein de la Protection de l’Enfance, et qu’on change de boulot pour aller bosser avec les SDF, ben on a la chance de croiser certains gamins qui vous avaient marquée. Les plus cassés souvent.

Au sein de la Protection de l’Enfance, il y a de moins en moins de budget. Ainsi, seuls les plus psychologiquement fragiles peuvent bénéficier d’un complément budgétaire pour un suivi psy, « en ville ». Les autres peuvent bien sûr être suivis au sein de Centres Médico Psychologique. Faudra juste attendre quelques mois avant d’avoir un RDV et ne pas avoir besoin d’un suivi trop soutenu.

J’ai vu personne dans les rues cette année pour dénoncer cette baisse des budgets, qui envoie directement dans la rue les enfants les plus faibles.

Au sein de la protection de l’enfance, on partage aussi un bout de chemin avec ces gamins qui viennent du bout du monde sur des embarcations de fortune (ceux qui ont survécu hein, bien entendu), pour échapper à la faim ou à la guerre. Pour la plupart, on les renverra dans leurs pays dès leur majorité atteinte. Peu importe ce qui leur arrivera alors.

L’asile politique, vous avez déjà vu comment on fait pour la demander ? On attend bien sagement devant la préfecture, dès l’aube, voire depuis la veille pour certains départements. A 10h, on est entre 50 et 100 à attendre qu’un gentil monsieur en appelle 12 à passer. « Les autres, revenez demain ». Faut être plutôt costaux pour faire partie des 12.

Depuis l’ère Sarko, le droit d’asile en a pris un coup, et ça concerne aussi les enfants.

Mais là non plus, on a pas vu 100.000 personnes arpenter les rues de France pour crier au scandale, au nom de la Protection de l’Enfance.

Par contre, quand il s’agit, au nom de cette même Protection de l’Enfance, de descendre dans la rue en suivant les pas d’une catho d’extrême droite, pour dénoncer un projet de loi qui protégera entre 150.000 et 200.000 enfants, sous prétexte que leurs parents sont homosexuels, donc incapables d’assurer leur bonheur, là y a du monde !

Mais c’est au nom de la Protection de l’Enfance, et puis c’est aussi contre l’homophobie, alors tout va bien.

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