Coupable !

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Il paraît que le sentiment de culpabilité des femmes est universel. Il paraît que cela remonterait à Marie Madeleine et la Vierge Marie qui au fond ne seraient que les deux faces d’une même personne.
D’une même femme.
D’un côté l’immaculée conception, de l’autre la putain.
Nous aurions tellement de difficultés à nous détacher de notre culture judeo-chrétienne qu’à notre époque encore, nous serions victimes de cet écartèlement permanent entre notre instinct maternel et notre instinct de femme libre ou indépendante.
Personnellement, j’ai toujours refusé de choisir. De porter ce choix cornélien, cette petite schizophrénie que la société me propose.
Malheureusement, malgré mes convictions, je sens que depuis ma maternité, un mot s’est insinué dans ma vie : coupable !
Le lait maternel garantit au bébé de plus grandes défenses naturelles, plus vite, plus longtemps.
Bon, alors allaitons.
Oui mais l’allaitement tend à asservir la femme et la cantonner dans un rôle réducteur de mère nourricière.
Bon, alors, n’allaitons plus.
La tétine ? Coupable !
Le téton ? Coupable !
Un bébé ne commence à faire de caprices qu’aux environs de huit mois.
Bon, alors soyons cool et prenons-le au bras dès qu’il pleure.
Oui mais, il faut montrer à l’enfant des limites dès son plus jeune âge.
Alors laissons-le pleurer, il finira bien par s’arrêter.
Fusionnelle ? Coupable !
Distanciée ? Coupable !
Un enfant peut rapidement faire un blocage si on le force à faire quelque chose.
Ok, alors mange ce que tu veux.
Oui mais naturellement, un enfant préfèrera aller vers les aliments qui flattent son palais au détriment de la découverte de nouveaux goûts.
Alors, ouvre la bouche parce qu’un bout de pain et une olive, ça ne suffit pas.
Mère Poulard : coupable !
Mère fouettard : coupable !
Depuis un an, je me sens coupable pour tout : pour la décision que je prends, pour celle que je ne prends pas. Pour le fait de déposer mon fils chez la nounou comme pour le fait de vouloir souffler sans lui.
Je m’en veux de vouloir à tout prix qu’il mange et transformer peu à peu le moment du dîner en camp retranché où volent les cuillères de carottes, les cris et les « utain de ci, utain de ça » comme dirait Forest Gump.
Je m’en veux de ne pas réussir à lui administrer son médicament contre la fièvre quand il est malade sans devoir le faire ressembler à une oie qu’on gave (et j’en profite pour avoir ici une pensée pour Circé).
Je me sens coupable pour un oui.
Pour un non.
Parce qu’il est patent que je lui ai génétiquement transmis une fragilité des sinus.
Parce que je prends sur mon temps professionnel pour lui. Parce que je n’ai pas envie de sacrifier mon job pour lui.
Coupable je vous dis.
Et il faudrait en plus que je me sente coupable d’aimer une femme ?
D’avoir eu envie de fonder une famille avec elle ?
Il faudrait que je culpabilise de ne pas avoir donné à mon fils un papa ?
Je crois que je vais me contenter de ma culpabilité de mère.
N’en déplaise à nos détracteurs.

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