Des parents entre guillemets?

C’était entre le fromage et le dessert, une phrase maladroite, une façon de dire qu’ils étaient ouverts, à leur manière. « Moi je ne suis pas contre l’homoparentalité, je pense même qu’il vaut mieux avoir des parents homosexuels que des parents alcooliques ou qui leur cognent dessus ». Vlan. J’aurais peut être dû lui répondre avec le même détachement : ‘Merci. Je pense aussi que votre fils est mieux dans cette famille qu’avec des parents drogués ou incestueux » juste pour lui renvoyer sa bêtise à la tête.

C’est vrai quoi? M’aurait-on caché une forme de classe parentale dont je n’aurais pas connaissance? Bonjour je suis la maman de L.A issue de la middle class parentale, à mi chemin entre les parents hétéros et ceux dont les gamins devraient être confiés à la Dass. Ces personnes qui gardent nos enfants la semaine, nous côtoient quotidiennement, nous voient rire, jouer avec elle ont elles conscience des énormités auxquelles elles nous soumettent parfois?

Prenez le cas d’un couple hétérosexuel suivis en PMA* qui aurait recours à un donneur.

Oseriez-vous leur dire que la nature a voulu que monsieur n’ait pas de « petites graines » et qu’on ne peut pas aller contre elle et la défier en jouant au petit chimiste? Leur reprocheriez-vous cet égoïsme qui les poussent à avoir un enfant à tout prix, lui qui n’a pas demandé à subir cette interrogation sur une partie de ses origines? Que vous voulez bien qu’ils s’aiment mais que pour avoir des enfants en bénéficiant d’un don il faudrait d’abord demander aux gens de voter pour savoir s’ils sont d’accord?

Quand ils vous confieront leurs espoirs et leurs doutes, leur affirmerez-vous que cette décision ne comblera jamais ce fantasme de faire un enfant à deux? Que biologiquement il ne sera que l’enfant de l’un d’eux, comme si l’enfant n’était que le fruit d’ une association de gènes?

Lorsque l’enfant sera là, que monsieur le consolera, lui apprendra à marcher, se lèvera la nuit pour changer ses couches, le fera rire aux éclats, l’accompagnera à sa première rentrée des classes, oseriez vous penser qu’il joue un rôle de parent mais qu’il n’est pas son père, son « vrai père »? Demanderez vous à la maman comment est le « vrai papa », la couleur de ses yeux, s’il est grand et son origine? S’ils l’ont choisi sur catalogue et la place qu’il tiendra un jour dans la vie de leur enfant?

Avant d’être des parents homosexuels, nous sommes des parents tout courts. Juste deux personnes qui se sont rencontrées, aimées et qui ont eu l’envie plus que tout de fonder une famille, leur famille. De la voir s’agrandir et s’épanouir. De lui transmettre ses valeurs. Que vous ne soyez pas en phase, je peux le comprendre. Mais votre « ouverture d’esprit » m’a blessée ce soir.

*Procréation médicalement assistée

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