Mon exil belge à moi

brussel

ll y a de ses sujets, qui font de l’actualité une ironie amère… un exil belge qui fait tant jaser quand dans la rue des centaines d’autres ne demandent que l’inverse qu’on s’entête à leur refuser.

Mon exil belge à moi a commencé il y a 10 ans.
Quand ma meilleure amie m’a dit  « Allez viens on change d’air, on va manger des frites chez Popo, ça te changera les idées« . A cette époque je me noyais dans des cours de médecine imbuvables et une vie sentimentale totally fucked up.

La belgique a été mon premier pas vers ma nouvelle vie… je l’ai toujours su sans en savoir encore combien ce pays allait changer ma vie. Et puis Popo nous a trouvé les meilleurs frites du monde. Et puis après on s’est perdu.

Mais j’ai découvert l’accueil des belges… qui va beaucoup plus loin qu’une simple fiscalité avantageuse… la cosmopolite Brussels où j’ai mangé la meilleure bouffe grecque de ma vie et participer à l’euphorie autour de l’équipe de Turquie pendant la coupe du monde 2002. Les speculos, les bandes dessinées et la bière, bien sur. D’abord le bière pour fille comme ils nous disaient, et puis les autres..

Des années plus tard c’était un week end girly power, pour changer les idées des copines cette fois, avec Zazie en live, des Mojito matinaux à 2 euros et une gastro… Suffisemment unique au monde pour moi pour la rendre memorable. Mais surtout quand fatiguée, pendant une sieste dans les parc du roi Baudouin je lui ai dit « Je veux un enfant avec toi, on reviendra… »

Il y a 5 ans, quand je séchais mes larmes contre la vitre d’un RER parisien, parceque je n’aimais pas le sens que prenais mon pays, j’ai pensé à l’exil, le vrai. Parceque de l’autre coté de cette frontiere, certes il pleut parfois, mais jaurais pu vivre ma vie, sans à peu près, me marier, faire des enfants et manger des bières et des gaufres toute l’année.

J’y ai pensé, sérieusement. Et puis nous avons decidé de rester, dans notre à peu près francais.. Mais nos exils ont continué, plusieurs fois, des bouffées d’air belge, au parfum de malt et de tolerance, pour former la famille que nous sommes aujourd’hui.  
Alors oui bien sur on a galéré, on a couru, on a pleuré, on a payé..

Galerer pour s’organiser, quitter son boulot du jour au lendemain pour traverser l’Europe, sauter dans un avion à l’aube, sprinter jusqu’à la porte parcequ’on a mal estimé le temps de trajet, dechiffrer le menu de la cafet de l’hopital en flamand, montrer ses fesses au grand professeur, à la sage-femme, l’etudiante et à la traductrice à coté tant qu’à faire, rester les jambes en l’air 5mn puis dans le bus, puis au ciné, puis dans le train, sans jamais avoir l’air ridicule bien sur, recourir pour rentrer bosser le lendemain ou le soir meme parfois tout en se disant « faut que je me détente, faut que je me détende » pour que ce petit grain de lardon belge s’accroche…

Bien sur que j’aurais preféré que mon pays m’accepte, moi, ma vie, mon oeuvre, mes fesses, ma femme et mes fils. Qu’il aurait été plus facile d’aller à la maternité d’à coté qu’à l’etranger, bien sur, bien sur..

Mais nous n’avions pas le choix. Et visiblement nous ne l’aurons toujours pas dans les années à venir…

Alors on continuera…
On s’exilera là bas, quelques kilometres au loin de l’hypocrisie francaise qui n’est pas homophobe non du tout, et qui envisage que des enfants puissent grandir dans des familles homoparentales, mais seulement s’ils sont été auparavant conçus ailleurs, ou par la volonté du saint esprit je sais pas. Personnellement, je trouve qu’il est plutôt là le « minable » dans l’histoire non?

J’emmenerais mes fils sur nos traces belges, je leur ferais gouter le Waterzooi de la brasserie rétro que j’adore près de la Grand Place, ils rigoleront comme des andouilles devant le Manneken Pis forcément et se barbouilleront le nez des montagnes de chantilly qui surmontent les gaufres liégoises. On continuera de courir pour sauter dans le vol EasyJet de 5h55 et à parler à nos uterus dans le vol du soir pour encourager les swimmers.

On s’exilera en belgique encore et encore s’il le faut, on sera fatiguées, stressées, ruinées aussi un peu, mais tant pis. On sera nous.  
Et si vous voulez m’appelez Gerard, vraiment… je m’en fous.

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